‹ Les viveurs de Paris (volume 2)Chapitre 35 sur 53 · LB8 VITBUBS DB PARIS · texte numérisé non relu

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Sar cette carte étaient gravés ces mots :

AGÉSILAS LOMBAGO,

Huissier près les tribunaux.

René, parfaitement convaincu qu'il ne devait rien à qui que ce fût, ne comprit point cette visite d*huîssier et ne s'en préoccupa que médiocrement.

Le lendemain matin, arriva un papier timbré, — sons enveloppe.

Envoyer des actes de procédure, -^sous enveloppe, — est, de la part d'un huissier, un acte de haute cour-, toisie vis-à*vis d'un débiteur. — Âgésilas Lombago était un homme sachant vivre, et traitait René avec une politesse exceptionnelle. — Le papier timbré contenait une signiûcation de protêt et une assignation à huitaine pardevant les Juges consulaires siégeant an tribunal de commerce. — René déchiffra de son mieux ce grimoire inattendu. — Qu'on se figure qu'elle fut sa profonde stupeur quand il finit par comprendre de quoi il était question.

La somme -à lui réclamée par ministère d'huissier, ne montait à rien moins qu'au chiffre énorme de deux CENT QUARANTE mille fraucs, montant de plusieurs lettres de change tirées sur lui par mademoiselle Suzanne Rigaud, dûment acceptées et enregistrées, et passées à l'ordre d'une demi-douzaine de tiers-porteurs successifs.

Dans le premier moment, René crut à quelque faux gigantesque. — Il ignorait que Camélia se nommait Suzanne Rigaud. — Il ne se souvenait qu'à peine d'avoir

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remis jadis à la pécheresse des acceptations en blanc.

— Et, d'ailleurs, il avait la conviction d'avoir vu brûler devant lui ces lettres de change. — Bref, il y avait au fond de tout cela un mystère qu'il s'agissait d'éclaircir.

René fit venir un homme d'affaires et le consulta.

— L'homme d'affaires alla chez l'huissier. — L'huissier, interrogé, répondit que mademoiselle Rigaud n'était autre que la célèbre pécheresse Camélia. — Notons en passant que, depuis qu'il était cloué sur son lit, monsieur de Savenay n'avait plus entendu parler de cette dernière.

Il la fit prier de passer chez lui. -«- Camélia annonça sa visite pour le lendemain, vers midi. — A l'heure dite, la jeune femme arriva, leste, pimpante et éblouissante de parure et de beauté.

— Ah ! pauvre ami, — s'écria-t-elle en entrant, — mon Dieu que je suis donc désolée de te voir édopé de cette façon-là I..

— Ma chère, — demanda René, —que se passe-t-il donc?..

Camélia prit un air étonné.

— A quel propos? — fit-elle ensuite

René lui montra le papier timbré posé sur la table de nuit. — Camélia le parcourut du regard.

— Ah ! je sais... je sais... — dit-elle.

— Eh bien?

— Eh bien ! — reprit la jeune femme d'un ton dégagé, -r j'ai eu un pressant besoin d'argent, mon pauvre ami, et je me suis servie des petits billets que j'avais...

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Il sembla à René qu'il recevait un coup de massue au beau milieu du crâne.

— Est-ce que, par hasard, cela te contrarierait?..

— poursuivit Camélia.

René ne répondit point d'abord.

— Mais. . — murmura-t-il ensuite, — fl me semblait t'avoir vu brûler devant moi ces lettres de change...

— C'avait été mon projet d'abord, mais je me suis ravisée et j'ai brûlé du papier blanc... — Je t'aimais follement, vois-tu, et j'étais bien aise de pouvoir te faire mettre à Clichy si tu me trompais...

— Ainsi, c'est par jalousie que tu as fait usage de ces billets ?. .

— Oh I non, pas le moins du monde. .. — Maintenant je ne t'aime plus, que d'amitié, bien entendu...

— Mais, alors, pourquoi?..

— Dame ! . je te le répète, j'ai eu besoin d'argent...

— C'est un insigne abus de confiance I . . — s'écria René.

Camélia regarda le jeune homme dans le blanc des yeux.

— Je crois, monsieur le baron, — dit-elle ensuite,

— je crois que vous parlez d'abus de confiance !..

— Certes !

— Est-ce que je vous ai volé ces billets, par hasard ?. .

— Je ne dis pas cela...

-— • Je ne vous les avais pas même demandés !.. — vous les avez signés sans me consulter I . . — votre in-

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tention était donc ie jouer avec moi une ignoble co^ médie?.. tranchons le mot, de me voler?..

— Non, — fit René, — mais.. .

— Hais, quoi?..

— Je croyais ces billets détruits...

— Qu'importe, puisqu'ils ne le sont pas ?

— Ainsi, vous en exigerez le payement?..

— Non pas moi, mais ceux qui m'en ont remis le montant.

— Vous êtes décidée à laisser aller les choses ?..

— Oh I parfaitement.

— Eh bien ! je ne payerai pas !

— On vous y forcera, monsieur le baron.

— Je plaiderai.

— Soitl.. — Nous verrons qui remportera... — Nous verrons s'il suffit, pour éteindre une dette, de dire : Je ne veux pas payer !.. — Nous verrons si les fils de famille d'aujourd'hui ont le droit de flouer leurs maîtresses, non pas par de belles paroles, mais par de belles lettres de change !.. — Monsieur le baron René de Savenay, permettez-moi de vous le dire en des ter* mes fort nets, vous êtes une fraache canaille I.;

Et Camélia sortit, après avoir souffleté René de cette même injure que, peu de jours auparavant, Esther lui avait jetée à la tête à elle-même.

Monsieur de-Savenay ne se tint point pour battu. — Il remit sa cause aux mains de l'un des premiers avocats de Paris. — On plaida.

De part et d'autre les plaidoiries furent brillantes et scandaleuses, — de part et d'autre on se prodigua les épigrammes et les injures. — Il y eut à ce propos,

dans les journaux judiciaires, un supplément spécial.

René perdit.

Le jugement déclara que mademoiselle Rigaud était une coquine, mais que les tiers-porteurs devaient être supposés de bonne foi.

Bref, monsieur de Savenay fut condamué à payer par toutes voies de droit, et même par corps, la somme de detix cent quarante mille francs, plus les frais.

— Signification, — commandement, — contrainte, — se succédèrent rapidement. — Au bout d*une quinzaine de jours, un garde du commerce se présentait aa logis de René avec ses recors, et le jeune homme était, non point conduit, mais transporté à Clichy, où ou rinstalla à Tinfirmerie.

Il fallait payer. — René emprunta sur hypothèque,

— paya et acquit le droit de se faire retransporter chez lui. — Au bout de deux mois et demi sa couvAlescence était assez avancée pour qu'il pût sortir à pied.

— Sa première visite fut pour Camélia, qu'il voulait traiter selon ses mérites. — Il lui fut répondu que înadame avait fait un héritage important et qu'elle voyageait pour son plaisir.

Nous retrouverons bientôt René.

Quant à Camélia, nous engageons ceux de nos lecteurs qui désirent ne point perdre de vue cette personne intéressante, à lire, le roman : les valets de

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