IV
98 LES TIVEDRS DK PARIS.
Pendant au moins une minute Maxime chercha. — i Au bout de ce temps il seutit que la respiralion lui manquait, et il donna un coup de talon pour rémonter. ^ Soudain , il lui sembla que quelque chose d^opaque interceptait le jour au-dessus de sa tête. — Presque en même temps ses mains se sentirent embarrassées dans des linges humides — Il essaya de se dégager, mais il ne pouvait en venir à bout. — Malgré lui il respira, et, au lieu d'air, il avala une énorme quantité d'eau.
Il comprit alors que le corps humain qu'il cherdiait s'était trouvé précisément au-dessus de lui au moment où il avait voulu remonter. — Il comprit aussi qu'il était en train de se noyer, et l'instinct de la conservation reprenant le dessus au moment suprême, il se mit à se débattre contre la mort. *
Ses mouvements précipités ne firent d'abord qu'aggraver sa situation. — Sa tête et ses deux bras s'engageaient de plus en plus dans les pHs de ses vêtements flottants, qui l'enlaçaient comme des serpents humides. — Enfin, un dernier et plus violent effort lui permit de dégager sa tête et de sortir de l'eau. — Maxime respira. — Une seule gorgée d'air lui rendit un peu de force et de présence d'esprit. — Il battit l'eau, afiii de. se soutenir, car ses mouvements n'avaient plus assez de régularité pour lui permettre de nager. — En même temps, ses lèvres s'entr'ouvrirenl et, machinalement, il cria de toute la force de ses poumons haletants et de sa voix brisée :
^ Au secours!., au secours !..|
La retMnriUADee.
A cet appel de détresse et d'agonie répondifent des voiiE qui crièrent :
— Nous voici ! . . nous voici I . . courage ! . . Maxime entendit.
Il secoua la tète pour écarter les cheveux ruisselants qui se collaient sur ses yeux et il regarda en arrière.
Un petit batelet monté par deux hommes descendait la rivière à force d'avirons et venait de son côté. — Et les deux hommes répétaient :
— Nous voici I . . nous voici ! . . courage ! . .
La vitesse d'impulsion du bateau était d'ailleurs si grande qu'en moins d'une minute il devait rejoindre Maxime.
La certitude d'être secouru ranima de plus en plus M. de Bracy. — De la main gauche il saisit les vête* ments flottants qui venaient de le mettre en si grand
péril et, de la main droite, il continua à se soutenir sur Teau. — LMnstant d*après, le batelet s'arrêtait à côté de lui.
— Il était temps, — murmura Maxime en tendant la main aux deux hommes qui le soulevèrent et rétendirent au fond du bateau, côte à côte avec le corps inanimé dont son autre main crispée n'avait point lâché les vêtements.
Tout aussitôt les bateliers reprirent leurs rames et conduisirent Tesquif à cet endroit de la rive où étaient restés les habits et le chapeau du comte de Bracy.
Ce ne fut pas sans un immense sentiment de plaisir que cet homme qui, cinq minutes auparavant, était disposé à mourir, sentit son pied toucher le sol.
— Ma foi, Messieurs, — dit-il à ses sauveurs, dont l'apparence était celle des ouvriers des ports de Paris, — vous êtes arrivés fort à point, et le hasard, en vous envoyant à mon aide, a bien fait les choses...
— Ah! répondit un des ouvriers en riaut, ce n'est pas l'hasard, mon bourgeois...
— Comment?..
— Nous sommes venus là tout exprès...
— Pour moi?..
— Pour vous et pour l'autre...
— Quel autre?
— Cette personne qui est encore là, dans le bateau.
— Vous cherchiez donc aussi ce corps ?
— Dame! oui.
— Depuis longtemps?
— Depuis un quart d'heure.
— Vous Tavlez vu passer?..