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de conserver la connaissance et la parole jusqu'au deniier niomenf...
Maxime regarda sa montre...
Elle indiquait quatre heures de Taprès midi
— Allons l... — murmura-t-il , — ce sera pour dix heures du soir... — Tâchons, du moins, qu'elle meure en paix et sans savoir la vérité !. .
Monsieur de Bracy rentra dans la chambre de Marie.
Cette dernière l'attendait avec une impatience et une anxiété qu'il est plus facile de comprendre que de décrire.
— Prenez une chaise. . . — mon ami. . — lui dit-elle, — et venez auprès tie mon lit. . tout près... car ma voix est bien faible...
Maxime obéit.
— Donnez-moi votre main... — reprit Marie, — je veux la presser, pendant que vous allez me parler
d*ELLE...
Monsieur de Bracy s'efforçait d'étouffer ses sanglots.
— Vous savez, — poursuivit la mourante, — vous savez qu'elle s'appelle Marie, comme moi...
Maxime fit un signe affirmatif.
— Mais, — dit tout à coup madame Huiler, changeant brusquement le sujet de l'entretien, — qa*aviezvous donc à demander au docteur?
— Je voulais savoir ce qu'il pensait de votre état...
— Et, il vous a répondu qu'il n'y avait aucun espoir, n'est-ce pas?..
— Au contraire , ■— il m'a affirmé que vous vous exagériez beaucoup votre position, et qu'il serait facile,
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avec des soins et de la prudence, de vous rendre à la vie et à la santé...
— Il vous a dit cela, Maxime?..
— Oui, sans doute.
— Bien vrai?..
— Oh! bien vrai.
— C'est étrange , il me semblait cependant que je sentais la mort venir à moi, et, de minute en minute, se rapprocher davantage...
— Vous savez, chère Marie, qu'un malade ne peut jamais juger lui-même de la situation dans laquelle il se trouve...
— Peut-être avez-vous raison...
— N'en doutez pas!..
— Ëh'bien! tant mieux... — au moins, aiilsi, je serai sûre de la revoir..-, car je la reverrai, vous me l'avez dit, Maxime...
— Oui, certes, vous la reverrez!..
— Bientôt î
— Oui , bientôt.
— Pourquoi ne l'avez- vous pas amenée avec vous?. . il me semble que sa vue m'aurait guérie...
— C'était impossible, chère Marie...
— Pourquoi donc?..
— Elle craignait...
— Ma colère peut-être?.. —Hélas I ne devait -elle pas être bien sûre qu'une mère pardonne toujours. . . — et, d'ailleurs. . . — ajouta Marie à voix basse — est-ce que j'ai, moi, le droit de ne point pardonner !..
Il y eut un nouveau silence. — Puis la mourante reprit :
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— Gomment l'avez-vous trouvée, notre fille, Maxime?..
^ Belle!., oh! bien belle!..
— N'est-ce pas!.. — et, quand vous la connaîtrez mieux, vous verrez ce qu*est son cœur... — pauvre enfant, elle en n trop!., elle ne sera guère' heureuse en ce monde!., et, pourtant, maintenant... maintenant qu'elle a retrouvé son père , il me semble que je puis espérer pour elle du bonheur...
Marie s'interrompit brusquement.
— Maxime, — dit-elle avec une sorte d'épouvante, — pourquoi donc pleurez-vous ainsi?..
— Ah ! — balbutia le comte, — parce que je pense au passé... à tout ce que vous avez souffert par ma faute... et que les reproches que je m'adresse sont bien amers. .
— C'est que j'avais peur, — voyez-vous, Maxime, qu'il ne fût arrivé quelque chose à ma fille... — il ne lui est rien arrivé, n'ost-ce pas?..
— Non... non.. . — répondit monsieur de Bracy, en s'efforçant d'assurer sa voix, ~- rien«*« rien...
— Vous mêle jurez, Maxime?..
— Je vous le jure
. — Sur votre honneur?..
— Oui , sur mon honneur.
— Âh ! c'est que, mon ami , ^- si j'avais encore à trembler pour la vie de moi enfant, comme je tremblais avant votre arrivée, mon jgonie deviendrait horrible..
— Pauvre Marie, rt^surez-vous... notre fille est heureuse .. elle le sera toujours maintenant...
— Me voilà tranquille... — mais vous ne m'avez pas
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encore dit, Maxtme, comment vous l'aviez devluée...
— A sa ressemblance avec vous...
— Âh ! c'est vrai.. . elle me ressemble d*uue façon prodigieuse... du moins à ce que j'étais quand j'avais son âge .. — Mais elle est encore plus belle que moi.. . bien plus belle , n'est-ce pas?..
— Non pas plus, mais autant...
•— Oh! plus belle, Maxime... plus belle, je vous assure... Hais, quel est le hasard, quel est le miracle, qui vous ont fait la rencontrer?..
— C'est tout une histoire, chère Marie, une.longue histoire... plus tard, bientôt, je vous la raconterai... quant à présent, qu'il vous suffise de savoir que j'ai vu notre enfant , ce dont vous ne pouvez douter, puisque c'est elle qui m'envoie auprès de vous... — qu'elle est heureuse, que vous ne tarderez guère à la voir et que vous n'aurez,alors, ni l'une ni l'autre, plus rien à désirer...
— C'est vrai, — dit la mourante, — cela me suffit en effet... seulement apprenez-moi une chose... une seule...
— Laquelle?
— Où est ma fille?..
— A Paris.
— Si loin !.. — ainsi^ vous retournerez la chercher pour la ramener auprès de moi ?.•
— Non, Marie, c'est moi, au contraire, qui vous conduirai auprès d'elle. .•
— Ohl pourvu que nous soyons ensemble... peu m'importe*. • —dit la mourante...
SoiiTClilrf dl*inw nuit.
— Oh I pourvu que nous soyons ensemble, peu m'importe I s'était écriée Marie MuUer avec plus de force et d*énergie qu*on ne devait s'attendre à en trouver dans ce corps affaibli par la souffrance.
Maxime ressentit un éclair de joie.
— La science humaine ji des bornes !.. — pensa-t-il, — qui sait srce médecin ne s'est pas trompé?..
Hais la réflexion vint aussitôt glacer cette joie, car la réflexion lui cria :
— Oh I quand bien même l'espoir d'embrasser encore sa fille ferait un miracle et ressusciterait cette mourante, ~ ne faudrait-il pas toujours, un peu plus tôt ou un peu plus tard, qu'elle apprît que sa fille n'est plus, et alors cette terrible nouvelle ne la tuerait -elle pas aussi sûrement qu'un coup de couteau ?
— Non 1 — murmura Maxime en courbant la tète, — * il ne reste aucun espoir, et ma t&che doit se borner à
170 LUS VlVBUnS DE PARIS.
adoucir l'agonie de celle à qui j*al fait tant de mal... En même temps, et comme pour confirmer celle triste pensée, madame Huiler se laissa retomber en arrière et balbutia de nouveau, mais d'une voix éteinte et presque indistincte :
— Oui... qu'importe... qu'importe!., pourvu que nous soyons ensemble...
Maxime, effrayé, approcha des lèvres de la mourante une cuillère remplie du cordial ordonné par le médecin.
Après avoir avalé cçtte potion, Marie Muller. se trouva ranimé sur-le-cbamp et elle put se soulever en s'appuyant sur ses coudes, ainsi qu'elle le faisait un iqstant auparavant.
Le comte de Bracy ne comprenait que trop bien que, dans cette situation suprême, it ne fallait perdre ni une heure, ni une minute, ni une seconde, sous peine de voir le temps lui manquer pour obtenir de ta mourante les révélations qu'il en attendait.
— Chère Marie, — ^t-il en s'efforçant de dominer son émotion, tâche difâcile, car sous l'étreinte d'une poignante douleur morale il sentait sa gorge se contracter, et, en même temps que chaque parolei il craignait de laisser échapper un sanglot ; — chère Marie, je vous ai apporté une nouvelle consolante, qui sera pour vous la vie, la santé, peut-être le bonheur... Je vous ai dit : — « Notre enfant est vivante et vous la reverrez... »
— Et pour cette parole,— interrompit la mourante, — je vous ai pardonné les souffrances de toute ma ie...
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— Maintenant, — continua Maxime, — parlez-moi ô*elle. — Racontez-moi votre vie à toutes deux, — dites -moi les causes du malheur et de la fuite de cette pauvre et chère enfant. ..
— Les ignorez-vous donc?— demanda madame Muller.
— Oui.
— Ainsi, vous n'avez pas interrogé ma... notre fille?
— A peine,
— Et, pourquoi?
— Je ne l'ai pas osé... — un senjtiment d'impérieuse délicatesse m'en faisait la loi, — il est des secrets, sungez-y, qu'on ne révèle ni à un homme, ni à un père, et, quoique son père, j'étais presque inconnu pour elle...
— Oui... un inconnu... murmura madame Muller, non sans un peu d'amertume, — un iucoimu. — C'est vrai... vous avez raison Maxime .. — eh bien! ce que vous voulez savoir, je vous le dirai ..
— Oh ! — s'écria monsieur de Bracy avidement, -— j'écoule.
— Mais, non pas maintenant... — poursuivit la mourante, — plus tard... demain...
— Qui vous empêche de parler aujourd'hui ?
— Aujourd'hui je soufifre... aujourd'hui je suis faible... — demain j'irai mieux sans doute...
— Oh'I — ût Maxime d'une voix f uppliante, — ayez pitié de mon impatience... — Au nom du ciel, ne remettez pas à demain ce que vous pouvez faire sur-lechamp...
Madame Muller fixa sur monsieur de Bracy un long et profond regard, comme si elle eût voulu fouiller jusque dans les derniers replis de son cœur et de sa pensée.
— Maxime, murmura-t-elle ensuite, — savez-vous que votre insistance est de mauvais augure... — savezvous que vous me pressez comme si le temps allait nous manquer .. comme si j'allais mourir...
Monsieur de Bracy frisonna depuis la plante des pieds jusqu'à la racine des cheveux. — Cette mourante le devinait!..
— Que faire?.. — En face de cet étrange instinct, insister de nouveau était une action cruelle! — Remettre aa lendemain, c'était ne rien savoir!
Maxime hésitait. — Heureusement son indécision fut de courte durée. — Ce fut la mourante elle-mènie qui trancha le nœud gordien.
— Enfin, — murmura-t-elle, — que ce soit ce motif ou tout autre qui vous fasse agir en ce moment, votre impatience est légitime et j'y vais satisfaire... — Mais d'abord, donnez-moi encore quelques gouttes de cette liqueur qui me ranime , car mon récit sera long, et, pour le mener jusqu'au bout, aussi bien que pour toucher à certains souvenirs, j'ai besoin de toute ma force...
Maxime fit ce que lui demandait madame Muller.— Il arrangea derrière elle les oreillers, de façon à ce qu'elle se trouvât assise sur son lit d'une façon plus commode, et il prêta l'oreille avec une attention haletante aux paroles qui allaient s'échapper lentement et une à une de ses lèvres pâlies.
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— Vous vous souvenez, — fit Marie , — vous vous souvenez de cette nuit sinistre où nous nous sommes vus pour la dernière fois... — J'avais deviné qu'une Fencontre sanglante allait avoir lieu entre vous et monsieur Paul.. — Je vous avais suivi hors de la maison à travers les ténèbres .. — Je vous avais rejoint... — Je vous avais prié, — supplié — de ne point aller jouer une vie qui ne vous appartenait plus, car je portais dans mon sein un enfant dont vous étiez le père... — Tout avait été inutile .. — Vous m'aviez échappé.. . — Et, tandis que vous couriez à votre sanglant rendez-vous, mes pas s'égaraient dans une direction opposée. — Je continuais cependant ma course insensée à votre poursuite. — Les ronces déchiraient mes mains et mes vêtements — Les branches des arbres me fouettaient au visage. — Par înstant, je m'arrêtais pour vous appeler... r- Mais, sans doute , vous n'entendiez même pas ma voix haletante et brisée... — Puis, je me remettais à courir. — Certes, si en ce moment un abîme se fût ti^ouvé devant moi, je me serais brisée en ln'y précipitant .. et, qui sait si ce n'eût point été pour moi un bonheur...
Marie s'interrompit pendant un instant.
Maxime s'était presque agenouillé auprès du lit. — Il courbait la tête, comme un criminel écoutant la lecture de sa sentence. — Une grosse larme coulait sur sa joue.
La mourante reprit :
— Le hasard m'avait conduite à quelques centaines de pas de la Fosse-aux-Loups... •— je dis le hasard, car je ne savais ni où j'étais, ni où j'allais... — Tout
à coup je vis quelque chose de semblable à an double éclair rayer Tobscurilé... — J'entendis deux coups de feu.. — A ces détonations succéda le bruit sourd et lugubre d*uQ corps bumain qui roulait dans le gouffre.
— Je compris que, vous et monsieur Paul, vous veniez de tirer l'un sur l'autre... — Je compris que l'un de vous deux était mort .. — Je me persuadai que c'était vous... — Je poussai un cri terrible, qui peut-être est venu jusqu*à vous... — Puis il me sembla que le ciel noir devenait couleur de sang. . — La terre manqua sous mes pieds... — Je m'évanouis. — Quand je revins à moi-même, tout était silencieux autour de moi...
— Je crus d'abord que je venais de faire un rêve horrible, mais bientôt les souvenirs me revinrent en foule et il ne me fut plus permis de douter. . — Alors une seule pensée, un unique désir, s'emparèrent de tout mou être : c'était de savoir lequel de monsieur Paul et de vous était vivant encore... — Je courus jusqu'aux bords de la Fosse-atix-Loups. . — Dix fois je fis le tour de l'abîme... - Mais l'abîme était muet comme une tombe... — Aucun Indice ne s'offrait à moi. — Je repris le chemin de la maison en me disant :
— Peut-être, en arrivant, vais-je le trouver debout sur le seuil.
« Le seuil était désert.
« — Peut-être, — murmurai-je intérieurement, — peut-être est-il dans sa chambre...
« Et je montai l'escalier en me soutenant à la rampe.
« J'avais vingt ans alors, — et cependant, — Dieu
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Tn*en est témoin , — en ce moment je souffrais plus et je me sentais plus mourante et plus brisée qu*aujourd*hui sur ce lit qui, peut-être, est un lit d*agonie. — J'arrivai .. — La porte était fermée, mais par une large fente on voyait filtrer une faible lueur. — Cette lueur me disait que vous viviez encort;. .. — Mon cœur cessa de battre. — Au moment de pousser la porte et d'entrer, il me sembla que j'entendais un murmure de voix étouffées. — Mon cœur aussitôt bondit.
» — Qui donc est là? — me demandai-je.
» Et, mordue au cœur par un soupçon jaloux, j'appliquai mon œil au trou delà serrure...
Ici Marie interrompit soudain son récit et cacha sa tète dans ses mains.
Maxime tremblait de tout son corps.
— Ainsi, — murmura-t-ii d'une voix sourde, — ainsi, vous avez vu?..
— Oui...
— Ah ! pauvre enfant!.. — s'écria M. de Bracy.
— Une seule victime ne vous avait point suffi !.. — reprit lentement Marie. — Vous aviez apporté dans cette humble maison un double déiyhonneur. . — Mar> guérite était perdue comme moi !..
llAII«t|t.
— Hélas! — marmura Maxime, ces reproches qiie vous m'adressez, il y a vingt ans que njfi conscience me les fait!.. — vin^t ans gué j'expie!. . — vingt ans qae le cbercbe l'occasion de réparer d'irréparables fautes !..
Après un instant de silencet la mourante reprit son. récit,
— Comment se, peut-il, — j^it-ell^, — ijue je ne sois .pas tombée foudroyée, en voyant Margtierite^ daifs vos bras,?.. — je IJigfnoi^... — I|ieu jne résçfvait sans doute pour d'autres douleurs !.. — La peusée de faire un éclat ne me vint même pas. — Pour me.vep^er 4e vous, Jl fallut perdre Mar^neçite que je regardais presque cpmm^ ma sœur et que j'aimais. — Je me dis avec amertume que Marguerite a'était pas, comme moi, servante dans un&maison étrangère... — Je me dis que vous ne rougiriez pas d'elle..', que vous
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répoaserieZf-et qu*il ne me restait plas qii*à monrir... — Je m'enfuis. — J*allais du côté de la Lys. — C'est mi torrent rapide qui roule entre des blocs de rochers ses eaux profondes et écumanles, et qui, dit-on, ne rend jamais sa proie. — J'arrivai sur les bords. — Je m'agenouillai. — Je demandai pardon k Dieu de mourir si jeune... — Je détachai de mon cou cette petite croix d'or qui me venait de vous et je la laissai sur la rive, espérant que celui qui la trouverait, sachant qu'elle m'avait appartenu et devinant qu'elle avait été ma fin, ferait dire des messes pour le repos de mon âme...
— Cette croix fut trouvée en effet, — interrompit Maxime, — et cette découverte me donna la triste certitude de votre mort...
— J*essayai, — poursuivit Marie, — j'essayai de ne plus* penser à rien qu'au profond repos que j'allais goûter en échappant aux angoisses qui me torturaient, et je me précipitai, tête baissée dans le torrent. — Sans doute alors, — et je ne me l'explique pas encore bien à moi-même, — sans doute l'instinct de la conservation reprit le dessus... — Je me mis à me débattre contre la mort que j'avais cherchée et qui semblait inévitable. — J'eus le dessus dans cette lutte inouïe. — Au moment où mes forces s'épuisaient et où je me sentais perdue, mon pied toucha contre un rocher. —Je n'avais plus de l'eau que jusqu'aux épaules. -^j^lMviolence du courant m'avait poussée vers l'autre rive. — Une fois sauvée, je regrettai de me retrouvei* vivante encore... — Mais le courage me manqua pour essayer un nouveau suicide. — Je me mis à marcher
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tout droit devant moi et sans savoir où j'allais. — Quand Taube se leva, je me trouvai sur le sommet d'une haute montagne, d'où la vue s'étend sur un paysage d'une immense étendue. — Je jetai mes regards au-dessous de moi et je vis que j'avais fait beaucoup de chemin. — La demeure de madame Simon ne m'apparaissait plus que comme un point blanc dans l'espace.
» — Où aller? — me demandai-je, — et que devenir?..
» Je ne pouvais songer à retourner dans cette demeure que j'abandonnais. — Il ne me restait donc qu'un seul parti à prendre, — c'était d'aller retrouver mon père qui vivait de son travail dans l'un des faubourgs de Lausanne. — J'étais sans argent, — presque sans vêlements, — car les ronces avaient.déchiré les miens qui ruisselaient de l'eau du torrent. — Cependant je me mis en marche.
» Je n'avais pas un sou pour acheter du pain... — pas un sou pour payer l'hospitalité sur ma route. — Mais je rencontrai de bonnes âmes... — On me fit l*aumône d'un peu de nourriture... — On me [permit de passer la nuit dans des granges...
Maxime ne put contenir plus longtemps la poignante émotion qui débordait dans son âme.
Il se jeta à genoux à cdté du lit de Marie, et il s*é- ;ria d*une voix entrecoupée par les sanglots : i >^V
— Ob! pardonnez-moi!., pardonnez-moi !.. --»
— Je vous ai déjà dit, — répliqua la mourante, — ^n*au moment où vous m'avez annoncé que notre en-
..clSbk
410 LBS 91Vg«M M PABIS.
fant vivait encore. j*avais loxilpuàormé .. j'avais tout oublié J..
Puis elle \«prit :
— J'arrivai le quatrième jour. — Mon père ne s'attendait poiot à me voir. — C'était un de ces borames dont la vertu rigide ae peut point comprendre ce^ taines lanèes el qui jregardeut l'iadulgence -comme nu honteuse faiblesse. — Il m'interrogea. — Il voulut savoir quels molits m'avaient déterminée à, quiUer brusquement, et sans autorisation de sa part, celle à qui il m'avait confiée. — J'essayai de meutir, ou, da moins, de répondre ffune mBnlfere évasive. — Ni l'un ni Vautre ne me Tut possible. — IHou père allait droît/iu but. -— Rien au monde ne pouvait détourner ses questions de TinBexible logique de la vérité. — Je metraliis moi-même. — Ua rougeur et mes larmes, mon trouble, mon agitation, lui révêlèrent que Jetais coupable. —Pauvre père!.. — il crut être jn^e!.. — Peut-être ne fut-il que crueT!.. — Du Tond fln cœm* je lui partfomie I . .
» "f- Jetfài plus ffenfant I — murmura-t-iU
» flt'fl me chassa en me trrauâfrssflmt...
Warie, %ptwsée de fatigue -cît éTémoîitm «e *tet pendant quelques secotidcfs.
ttsMime pieor&tt «itencieiiBemeiit.
Chacune des punies «de luffnounamewi^rBitffea -pfaûe iMEigDatfte'qai Hécbiifait rsoAiNeur..
Marie fit unigeste. ^ Efletdésignait à -M. 'deScat^' la potion dont -chaque ouiltorée ^r^diHBftit diee elle uu effet rapide^ jiuisaant*. — J^ussitAt.i|près4LVoiribiJU elle r^rit «:
lÈ nt ly^AâfiiKi:. fff
^ h È&fU9 de 1« itmitfon ât ttotr père (}ue je ne devais plus revoir vivant. — La douleur que lui csftfsra la honte (fe $af ffife'fe toften qne}()ue^ semaines.
j» Les fefrmesf m'aoTaîenl soutagée- saiw doute, — mais je souffrais trop pour pleurer. — Je souffrais phrs qti'on ne sot^re k l'agonie, mais commef dans uir rêve et dans at oîr Id conscience dfrstincte de ce qui renait de se passer et âe h* situation dans laquelle' je tue ffoifvais. -^ le marchais droh deraiif moi, — pile, — les jetML §xes et secs... — Je n*âffais nuHe part... *— où serais-je aïïée ? — Une pefffe voiinre, attelée d^ern sfeuf ehetaïf, s'^rréna aerprSs de moi dtos lie drMÉ» (|ué je suirais et qof côtoyait fes bords chi lae. — ïïfte femtae éèjk âgée dtescendrf de cette
9 — Stm enfant, — tae drt-eile d^mie rofic frèsdouee, -* vders êtes bien pâle... tmis sembfez malade... ofr al'fez-^ôttd arnsi?..
I» C'est à peine s* j'eniéftdié ces parâtes, et, ^ je vous les rapporte attjourd'bof, e^est qit'tm me les a répétées depuis. — Je regardai cette fanme qui ne me connaissait pas et qui cependant me parfail! avec bonté, eî iene loi rtpondid rien -^ Ce silencer ne la découragea point, car elle reprit ;
» — Étes-vousdecepays?.. — niMïefrfenr.
» Je fis signe que oui.
» — Vous souffrea, w'esl^ce pas?..
» — Ah ! — m'écriai-je, — si je sotrifrcf..
» — Il vou» est arrké^uttlqneDMk^hear terrible?., irréparable?..
n — Oui... oui... terrible!.. irréptraUe!..
48i LIS TiyBDRS DB PàRtS.
» — Voas ayez perdu. . . quelqu'un. .. qui vous était cher. . .
• Je ne répondis pas. — Elle poursuivit :
» — Cependant il vous reste une famille, sans doute...
» Je secouai la tête, et dans ce moment Texpression de mou visage fut si désespérée que cette femme excellente se sentit touchée profondément.
» — Oh! — murmura-t-elle, — personnel., vous n'avez pas de mèrel.. vous n'avez plus de père !..
9 Ce dernier mot produisit sur moi le même effet que si quelqu'un avait pris mon cœur dans ma poitrine et l'avait serré jusqu'à le broyer. — J'éprouvai une douleur [atroce. — Puis, immédiatement après, j'éclatai en sanglots convulsifs. — La source des larmes s'était rouverte. — Je pouvais enfin pleurer! . .
» La dame qui m'interrogeait laissa passer cette crise, elle me demanda ensuite pour la seconde fois, toujours avec son ineffable douceur :
— Ma pauvre enfant, où allez-vous?..
— Je ne sais.
— Comment?..
— Oui, — repris-je, — car je ne vais nulle part...
— Cherchez- vous quelqu'un?..
— Non.
— Quelqu'un vous attend-il?..
Je fis un signe négatif.
— t>pendant, vous avez un asile?..
— Oui.
>* — Lequel?
LE PiL o'ariarb. 483
» — La tombe.
» Celle qui me parlait poassa un faible cri.
1 — Halbeureuse enfant, — murmura-t-elle ensuite, — en êtes-vous là, mon Dieul.. si jeune et vouloir mourir l,. — C'est le ciel qui m'a envoyée sur votre route pour vous consoler.... pour vous sauver...
» Je la regardais avec étonnement.
i Je ne concevais pas que quelqu'un pût s'intéresser à une fille maudite par son père.
» Ma protectrice reprit :
» — Comment vous appelez-vous, mon enfant?
»■ Je répondis : » — Marie.
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f -=r Eu BWIf F HMIf, 9tê (ftuilAiM ciêlm (pi ptffCfif , fOtiléf-vous fiifffr ^èé nM?f
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grande pitié, me répondit en me nonMiM lêftiêgê 6tt tKfiS ft)flMSé8.
• Mais, que pouvais-je faire, éf, A^ KjMkfiSiMfA
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