IV
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inquiétude, fat frappée par une attaqoe d'apc^lexie foudroyante. — Elle ne succomba point, cependant, à cette crise terrible , mais , quand elle revint à ellemême, son corps était entièrement paralysé et son inteUigence à peu près éteinte. — Sa pensée, — cette pensée si noble , si pure , si généreuse, — ne brillait plus que par éclairs. — Le reste du temps, madame Hermann semblait en enfance , et sa langue alourdie bégayait des paroles sans suite et qui n'offraient aucun sens dislinct.
9 Ma protectrice n'avait que des parents éloignés, qu'elle aimait peu sans doute , car elle ne les voyait guère. — Aussitôt que la nouvelle de la catastrophe fût connue, ces parents, sous prétexte de donner des soins à madame Hermann, envahirent la maison. — Au bout de quelques jours, apprenant par les médecins que le mal était sans remède, ils ne se donnaient plus la peine de dissimuler leurs véritables sentiments. — Ils se repaissaient de l'espoir que , frappée à Timproviste, leur parente n'avait pas fait de testament, et que sa fortune qu'ils convoitaient arriverait ainsi entre leurs mains.
■ Us ne cherchaient point à cacher qu'ils me soupçonnaient d'avoir capté par d'hypocrites démonstrations l'affection de ma protectrice, et de m'ètre assuré ses bonnes grâces à leur détriment. — lis me témoignaient une défiance continue et humiliante. — lis affectaient de me traiter comme une intrigante, comme une aventurièfB^ , et les domestiques, mis sans doute dans leurs intérêts par quelques cadeaux ou par quelques promesses, m'accablaient d'une sourde persécu*
LB Fil. D*AllIitt. 496
tion qu'il me fallait souffrir en silence. — Et ce n'était pasàmoi seulequeles misérables s'attaquaient, hélas!. , c'était encore à ma pauvre petite Marie.,. — une enfant de cinq ans!..
» Oh ! les lâches !.. les lâches I . .
» Combien j'aurais souhaité pouvoir fuir ces l>eux qui, a^jrès avoir été pour moi un riant oasis parmi les misères de ma vie, étaient devenus un enfer ! — Mais j'étais clouée dans cette maison par l'affection et la reconnaissance. Je ne pouvais ni ne voulais abandonner madame Hermann, dont j'étais, à mon tour, devenue la seule protectrice.
■ Lassés d'attendre, et trouvant que madame Hermann vivait trop longtemps au gré de leur impatience, les pareùts demandèrent aux tribunaux d'interdire la paralytique et de leur remettre l'administration de sa fortune. — Je ne sais s'ils auraient gagné cette cause infâme. — Leur avidité n'eut pas besoin, pour se satisfaire, d'attendre les résultats du procès. — Une seconde attaque envoya madame Hermann auprès de Dieu. 4
» Le cadavre de ma protectrice était à peine refroidi, que déjà les gens de loi s'emparaient de la maison, mettant les scellés et remplissaient je ne sais quelles autres formalités judiciaires. — Les parents voulaient me chasser. — Les gens de loi, moins inhumains, s'y opposèrent. — On me laissa 'en possession de l'appartement que j'occupais avec ma fille.
» Quelques jours après, on leva lesiAcellés et l'on procédai la recherche d'un testament. — Les parents espéraient qu'il n'y en avait pas. -" Leur espoir fut
I}6 us TITBUR8.DB PARIS.
déçu, — Le testament existait, — régulier, — inattaquable, et remontant déjà à deux années de date.
» D fut ouvert et lu avec toutes les formalités requises.
» Madame Hermann laissait une partie de sa fortune à des établissements de charité, — Jine autre partie à ces mêmes parents qui convoitaient si ardemment le tout,^ — enfin, elle me donnait, à moi, cette chaamiëre dans Laquelle nous sommes en ce moment, et un eapital dont les revenus devaient être suffisants pour que nous nous trouvassions, ma fille et moi, non-seulement au-dessus du besoin, mais encore dans Taisance.
» Je pris immédiatement possession de cette humble demeure que, certes, les héritiers naturels m'auraient disputée s*îls avaient cru pouvoir le faire avec quelque chance de succès.
» A partir de ce moment, je ne vécus plus que pour ma fille, et je me donnai corps et âme à son éducation morale et physique.
» Quatorze années s'écoulèrent .
» Une seule émotion violente marqua dans ma vie pendant ces quatorze années*
» Ce fut l'annonce d'un événement déjà ancien qui causa cette émotion. ^ J'appris votre mariage avec Marguerite.
Maxime tressaillit.
— Mon mariage avec Marguerite! — s'éeria-t-il, — au nom du ciel! Marie, que voulez-vous dire?
La mourante regarda M. de Bracy avec étonnement.
Ll FIL D*ÀlIAini« 417
— Harguerîle SirooD, — demanda-t-elle ensaite, — n'est-elle point deyeuue votre femme?
— Non-seblement elle n*est point ma femme, — répondit Maxime, — mais j'ignorais même qu'elle vécûi encore! *- Lorsque, quelque temps après la nuit fatale de notre entrevue, je retournai à la demeure de madame Simon, la maison était déserte et abandonnée. — J'appris que Marguerite et sa mère avaient quitté le pays pour n'y plus revenir, et toutes mes re~ cherches avaient été inutiles jusqu'à ce jour pour me mettre sur votre trace et sur la sienne...
— Âhl — murmura Marie.
— Hais, — reprit Maxime, — oe n'est pas sans raison que vous parliez ainsi tout à l'heure? — Vous aviez un motif pour supposer (pie j'avais ^usé Marguerite?
— Sans doute.
— Lequel?
— Le hasard me fit rencontrer un jour, sur les bords du lac, un paysan des montagnes de Franche- Comté que ses affaires avaient amené en Suisse.
« Je le reconnus aussitôt, quoique lui ne me reconnût pas. — Maintes fois je l'avais vu venir chez madame Simon. — Je le questionnai au sujet de Marguerite. — Il me dit, ainsi que vous venez de me le dire, qu'elle dvait quitté le pays avec sa mère. — Mais il ajouta que, depuis, il l'avait revue. — Elle était mariée,— ajouta-t-il à un gentilhomme franc- comtois, — un riche propriétaire dont il avait oublié le nom, et elle avait un petit enfant.
498 us TITVDBS W PUIS.
— Ah! — balbntia Maxime, — an enfant !.. le mien... sans doute.
Marie reprit :
— Ce paysan, la voyant grande dame, n*osa point loi parler, quoiqu*il fût bien sûr qu'il ne se trompait point, et qu'elle était la fille de madame Simon.
» D'après ce que je savais, Maxime, je devais conclure, et je conclus en effet que ce mari de Marguerite c'était vouç. — Je vois que je m'étais trompée.
-^ Oui, — balbutia Maxime, préoccupé an plus haut point dé cette pensée que Marguerite vivait encore sans doute, qu'elle était mariée et qu'elle avait un enfant.
Une voix intérieure lui criait que cet enfant c'était le sien.
La mourante reprit aussitôt, comme si, jalouse encore du pass'é, elle voulait éloigner de Marguerite la pensée de Maxime :
— Marie avait grandi, — fit-elle, — elle avait grandi en grftce, en intelligence, en beauté. — L'enfant était devenue jeune fille. — Tout ce que m'avaient fait apprendre en cinq années les tendres soins de madame Hermann, je le lui avais appris moi-n^ême, et je m'étais efforcée de former son cœur en même temps que son esprit.
» Puisqu'un hasard qui ressemble à un décret de la Providence a jeté notre enfant dans vos bras, Maxime, puisque vous la connaissez, vous avez dû voir si j'avais réussi.
M. de Bracy n'eut pas la force de répondre.
Il inclina la tète en signe d'assentiment.
LE HL l>*ABlAlfl. 499
Marie poursuivit :
— Vous savez que notre fille est belle, — bien plus belle que je ne Tai jamais été. — De plus, grâce au .testament de ma bienfaitrice, la somme que je possède, augmentée encore de mes économies depuis quatorze ans, dépasse cent mille francs. — Certes, xe n'est pas une fortune, mais, pour une jeune fille d'une condition modeste, dans ce pays, c'est une dot, et on savait bien que si je mariais mon enfant, je lui donnerais, le jour du mariage, tout ce que je possédais, ne réservant rien pour moi. — Ajoutez à cela qu'on ignore absolument, je vous l'ai déjà dit, Tillégitimité de la naissance de la pauvre Marie.
» Les prétendants ne lui manquèrent point. — Sa beauté tournait la tète aux jeunes gens. — Les cent mille francs de sa dot souriaient aux parents. — Bref, tous les fils des propriétaires aisés des environs se mettaient sur les rangs pour obtenir sa main. — Moi, je la laissais absolument maîtresse de son cboix, car il me semblait que son cœur ne pouvait se donner qu'à quelqu'un qui fût digne d'elle.
» Marie n'était ni coquette ni dédaigneuse. — Cependant elle ne jiouyait se décider à favoriser l'un de ses adorateurs au détriment des autres.
• — Aucun ne me déplaît, — disait-elle, -^ mais aucun ne me plaît.
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BsMil Uitenr.
— Ainsi que vous ayez pa tous en assurer par vos propres yeux , — continua la mourante , — ce village se trouve dans une situation magnifique.
« Pendant tes beaux jours de Tété et de l'automne, beaucoup de touristes anglais et français s'y arrêtent et y passent deux ou trois jours, quelquefois plus.
» Autant que cela dépendait de moi , j'avais soin de soustraire Marie aux regards de ces étrangers.
» Pavais remarqué que sa rare beauté attirait l'attention plus que je ne l'aurais désiré, et j'aurais mieux aimé mourir que d'exposer ma ûlle aux basards d'une séduction I.. — Il m'était impossible, cependant, de cacber Marie à tous les yeux , le dimancbe surtout où nous devions traverser le village entier pour aller assister aux offices dans notre petite église. — Il fallait subir cette nécessité, et rien, jusqu'alors , n'avait paru Justifier mes vagues apprébensions.
tôt U8 flflims BB PAUS.
> Un jour, ^^ilyadnqmois deoda, — jeTÎsiin eommissioniMire apporter quelques bagages an chalet qui se troove à quelques centaines de pas de celoi-d.
p Un étranger, qni me sembla jeene, le suivait. — Je compris que le dialet voiait d*étre looé à cet étranger, sans doate pour la saison entière. — Cela arrivait chaque année, car le propriétaire de oette maisonnette Tavait disposée pour la louer meublée.
» Trois on quatre jours après, je faisais avee Marie notre promenade de chaque soir. — Nous avions gravi lentement Tun de ces sentiers sinueux et étroits qui sillonnent les flancs de la montagne et dominent le lac •7- Assises sur un banc de mousse au pied d*UDe roche énorme, nous avions assisté au coucher du soleil — La çoirée était magnifique. — Un parfum vagoe et pénétrant, échappé du calice des fleurs prêtes à s*enâonnir, flottait dans Tair et montait jusqu'à nous , en même temps que mille murmures indistincts , clapotement des rames dans les eaux du lac, chants des bei^ers et clochettes des troupeaux , formant une harmonie con* fuse et charmante.
» — Oh ! — me disait Marie en me prenant les mains avec une e£fùsion de jeunesse et de sève, — oh I maman, qu'il fait bon vivre!., que Dieu est grandi., que la nature est belle I..
■ Je souriais à cet enthousiasme, et je me disais qu'il fallait que Dieu m'eût bien complètement pardonné, car il me rendait une bien heureuse mère !.. . Cependant la soirée s'avançait et nous étions loin de notre demeure. — Nous quittâmes le banc de mousse et nous nous remîmes à marcher dans la direction du
Ll PIL D'ARIAHB* SOS
village. — Nous ne tardâmes guère à atteindre nn endroit où, pendant un espace de cent pas , à peu près , le sentier, extrêmement rétréci , est bordé d'un côté par des rochers taillés à pic et, de Tautre, par un précipice qui descend jusqu'au lac.
» En cet endroit , deux personnes ne sauraient passer de front
» Au mon)ent où nous arrivions, un jeune homme, venant du côté opposé , s'était engagé déjà dans le sentier. — Aussitôt qu'il nous vit il retourna en arrière, afin de nous laisser le passage libre et il attendit que nous eussions franchi le défilé périlleux. — Je ne saià si mon instinct maternel me prévint que ce jeune homme jouerait un grand rôle dans la vie de ma fille et dans la mienne , mais il attira invinciblement toute mon attention. '
» Tandis que nous passions devant lui, il nous salua avec la plus extrême politesse. — Tout en lui rendant son salut je le regardai, et sa vue me frappa tellement que son image resta gravée dans mon esprit...
— Marie... — interrompit Maxime, — voulez-vous me décrire ce jeune homme?. .
— Il était de taille moyenne , — répondit la mourante.
— Plutôt petit que grand , n'est-ce pas?..
— Oui , — son visage un peu pâle et d'une blancheur mate, entouré de beaux cheveux blonds , avait presque l'air d'un visage déjeune fille... — Ses yeux, très-grands et d'un bleu sombre, semblaient devoir refléter une âme candide et d'une angélique pureté. -^ L'expression de cette charmante figure était timide ,
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— les lèvres souriaient doucement et. avec une sorte de mélancolie — Quel ige avait ce gracieux adolescent?.. — Il m'eût été difficile de le dire tout d*abord.
— Était-ce encore un enfant?. . — Ëtait-ce déjà un jeune homme?.. — J'eusse penché vers la première de ces deux suppositions si une légère et soyeuse moustache blonde, estompant de son duvet les contours de la lèvre supérieure, n'eût corrigé ce qu^il y avait peut-être de trop efféminé dans les traits de ce visage. — Mais ce n'est rien de tout cela qui me frappa, Maxime.
» J'aurais pas^^é, indifférente et distraite devant ce jeune homme, quelle que fût sa beauté, si mon attention n'avait été attirée impérieusement par une ressemblance inouïe, surnaturelle... ^
— Une ressemblance !.. — s'écria Maxime.
— Oui.
— Laquelle?..
— En voyant ce jeune homme, il me semblait revoir Marguerite...
— Oh! — murmura Maxime, — c'est cela !.. c*est bien cela!..
— Il était vêtu , — reprit Marie, — d'une façon extrêmement simple que relevait l'élégance innée de sa tournure et de sa démarche. — Quand nous l'eûmes dépassé, je me retournai pour le revoir. — Il était toujours debout , immobile à la même place , et il nous suivait des yeux. — J'éprouvais une émotion étrange.
» -^ Maman, à quoi pensez-vous donc?.. — me demanda au bout d'un instant Marie que mon silence inaccoutumé étonnait.
• — Je pense à ce jeune homme. .. — répondls-je.
Ll PIL D*1R1ARB. 20$
» — Gelai qui était deboat, là-bôà, à rentrée du sentier?..
» — Oaî. — C!omment le trouves-tu T..
» — Je ne sais... je ne pourrais vous dire*..
» — Tu l'as vu, cependant?..
ji — Oui, je Tai vu, mais je ne Tai pas regardé.
» Cette parole dissipa les appréhensions qui s'étaient emparées de moi sans cause apparente. — Je me dis que j'étais folle de me frapper ainsi et que, sans doute, cette ressemblance que j'avais cru remarquer n'existait que dans mon imagination.
» Le lendemain était un dimanche. — Le matin, comme de coutume , nous allâmes entendre la messe. — Gomme nous passions devant la porte du chalet nouvellement habité, je vis sur le seuil ce même jeune homme. — Il nous salua aussi profondément que la veille. — C'est ainsi que j'appris que c'étdt lui que nous avions pour voisin. — Je l'aperçus encore à réglise... — Il s'était agenouillé à quelques pas de nous et semblait prier avec recueillement. — Tant que dura l'office, il ne leva pas les yeux de dessus son livre.
» Je fus touchée de cette ferveur. — Il me sembla que le pâle visage de l'inconnu décelait quelque grande souffrance, et je me sentis attirée vers lui par une sorte de compassion maternelle.
» A la sortie de l'église il était encore sur notre passage et il nous présenta de l'eàu bénite. .
» Je regardai Marie tandis que ses doigts touchaient le bout de ceux du jeune homqie. — Il me parut évident , tant ses traits restaient calmes et empreints de froideur, qu'elle ne le reconnaissait m&ne pas. — Mais,
%0ê LIS fltlUKS HB PAft».
en même temps, je ne pouvais guère douter que cet inconnu ne désirât vivement entrer en rapport avec nous , et, à quel motif attribuer ce désir, si œ n*est à la beauté de Marie?
» A partir du moment où cette conviction fut entrée dans mon esprit , je chercbai à obtenir quelques renseignements qui ne pouvaient être que bien vagues...
» Notre voisin n*avait pas de domestique. — Une villageoise faisait son service, tenait le cbalet en ordre et préparait les repas. — Je fis causer cette femme et j'appris tout ce qu'elle savait, — ce qui était bien peu de chose. — ^'étranger était Français. — U se nommait Raoul Latour. — Il semblait jouir de quelque fortune , car il ne marchandait jamais rien et payait largement les moindres services. — Des cartons remplis de dessins, — un chevalet et une boîte à couleurs, semblaient indiquer clairement qu'il était artiste. — Son caractère, 4oujour»au direiie la paysanne, était très-doux et très-égal. — Enfin, cette bonne femme ne tarissait pas sur son éloge.
» — Ah ! madame MuUer, — ajouta-t-jplle, — il me parle joliment souvent de vous, allez...
* — De moi?.. — m'écriai-je,
» — Oui, devons et de mademoiselle Marie...
» — Et, que peut-il vous dire?., il ne nous connaît pas...
3 — Par exemple!.. — il vous connaît très-bien au contraire. . .— et, si j'osais vous dire ce que j'imagine. ..
» — Dites, dites ..
« • — Eh bien 1 je parierais volontiers qu'il est amoureux comme un fou de mademoiselle Marie,,,
Ll PIL D^ABIAHB. Wl
» — Et, qui VOUS fait supposer cela?..
» — D*abord, rien que quand il prononce le nom de
mademoiselle Marie, 11 a l'air si ému que les larmes lui
en viennent presqu'aux yeux.. . — ensuite, quand vous
s#rtez, il est toujours aux aguets pourvoir de quel
côté vous allez, afin de vous suivre de loin, et, enfin,
pas plus loin qu*avant hier, quand vous avez pris le
petit bateau de Siméon pour aller vous promener sur
le lac, il ne vous a pas perdues de vue un seul instant
avec une grande lunette qu*il a dans un étui, et, dans
des moments, je le voyais sourire, ce qui prouve que
dans ces moments-là mamzelle Marie souriait aussi...
— Allez, allez, madame MuUer, je m'y connais bien ,
il est amotireux, et, croyez-moi, ce sera un bon mari,
j'en répondrais de tout mon cœurl..
La première lettre.
Eu écoutant le récit de la mouraute, Maxime demeurait stupéfait et comme pétrifié par l'étonnement.
Raoul Lalour et René de Savenay, — il n'en pouvait douter, — n'étaient qu'une seule et même personne!..
René lui apparaissait sous un jour tout nouveau.
Il le savait vicieux, — égoïste, — libertin. — Il savait qu'il n'avait ni cœur ni âme et que la corde sensuelle vibrait seule en lui. — Mais il ne le croyait capable ni d'une rouerie aussi raffinée, ni d'une hypocrisie aussi détestable !
— Ah I serpent !.. — murmurait-il en lui-même, — serpent que j'ai aimé, que j'ai réchauffé dans mon sein!.. — bourreau de mon enfant!.. — bourreau de mon dernier bonheur, comme je t'écraserai la tête !..
Madame Muller continua :
— Au bout d'un certain temps il ne m'était pas pos-
tv. U
!I40 LIS TirBims ht paus.
sible de douter de la violente passion qne ressentait monsieur Latour pour ma fille. — J'avais observé, et tous les dires de la paysanne s'étaient trouvés confir* mes par le témoignage de mes yeux. — Mais je ne pouvais ni m'irriter, ni m'offènser d'un amour aussi discret, aussi respectueux, que Tétait celui du jeune artiste français.
» Cet amour, il semblait prendre à tftcbe de le cacher à tous les regards et de l'envelopper de voiles épais, impénétrables. — Ni une action, ni une démarche imprudente, ne venaient le trahir. — Il fallait les yeux d'une mère pour deviner un secret si bien caché.
» Marie elle-même, Marie ne se doutait de rien, et aucun nuage, aucune préoccupation, ne venaient jeter leur ombre sur la virginale sérénité de Kon jeune front.
» Deux mois s'écoulèrent ainsi. — La situation restait la même. — Monsieur Latour ne cherchait point à la faire marcher en avant. — C'est tout au plus s'il se trouvait plus souvent sur notre passage, et jamais, dans ces rencontres, il n'avait même cherché à nous adresser la parole.
» Il se bornait à nous saluer respectueusement.
» Enfin, un jour...
Ici, madame Huiler s'interrompit.
— Maxime, — dit-elle, — retournez-vous».. Le comte obéit.
— Vous voyez, — poursuivit la mourante, — vous voyez ce bahut de chêne qui se trouve dans un angle
i la chambre T
— Oui.
Li fUs d'ariari. S4I
— Prenez sur mon chevet une clef...
Maxime fit ce que lui disidt Marie.
— C'est celle du bahut, — reprit celle dernière^ — mettez-la dans la serrure.. .
— L'y voilà.
•— Oavrcft,
— C'est fait.
— Tirez à vous le premier tiroir, à droite.
— Ensuite T
— Qu'y a-l-il dans ce tiroir T..
— Un portefeuille do cuir noir.
— Apportez-moi ce portefeuille...
— Le voici.
Madame Muller le prît d'une main défaillante et rouvrit. — Elle en tira un papier plié en quatre. — Puis elle reprit, en tendant ce papier à Maxime :
— Un jour je reçus cette lettre... lisez-la... Et elle se laissa retomber sur l'oreiller. Monsieur de Bracy déploya le papier.
— Ah l — marmura-t-il après y avoir jeté un seul regard, — son écriture!.. — s'il m'avait été permis de conserver encore un doute, il faudrait bien, maintenant, me rendre à l'évidence!..
Puis il lut tout haut :
• Madame,
» Je n'ai point l'honneur d'être connu de vous.
» C'esl avec un trouble extrême et avec une appréhension légitime que j'ose vous supplier de m'accorder une faveur bien précieuse...
» Cette faveur, Madame, c'est une entrevue de quelques minutes avec* vous.
t42 US ?ITBUU Dl PABI8.
» Je VOUS conjure de ne point me refuser cette grftce, de laquelle dépend, à coup sûr, le bonheur de la vie entière,
1^ Du plus respectueux de vos serviteurs,
» Raoul Latour. b
Maxime replia cette lettre.
Seulement, au lieu de la remettre dans le portefeuille, il la glissa dans sa poche.
Madame Muller ne sembla pas s'en apercevoir.
— Eh bieni — fit-elle, — vous avez lu Y..
— Oui.
— Cette lettre m'avait ^té apportée par la paysanne dont je vous ai déjà parlé. — Je répondis verbalement que j'attendrais monsieur Latour à huit heures du soir, le même jour.
» — Ahl madame Muller, — s'écria la paysanne,
— il va vous faire la demande en mariage pour sûr !..
— dépêchez- vous bien vite de lui donnez mamzelle Marie... — Mon Dieu, Seigneur, ça fera-t-il un assez beau jeune joli couple!.. — Si vous le faisiez trop attendre, voyez-vous, le pauvre cher monsieur, il serait capable d'en mourir!., avec ça que, déjà, il changea vue d'oeil !..
» — Vous êtes folle ! — répondis-je.
» — Folle 1 . ahl pas si folle [.. — un peu de patience, madame Huiler, et l'on verra bien si j'ai tort ou raison... foUel.. moi !.. Oh! que nennil..
» Je voulais me trouver seule à la maison pour le moment de l'entrevue que je venais d'accorder à monsieur Latour. — Aussitôt après le dtaier, je pris un
LB m d'abiàrk. 243
prétexte pour envoyer Marie faire sa promenade du soir seule avec une domestique, et j'attendis.
» Le jeune Français fut exact. — Comme huit heures sonnaient, î* franchissait le seuil de la porte. — Il était entièrement vêtu de noir. — Ce sombre costume rendait plus frappante la pâleur de son visage, sur lequel se lisaient les symptômes d'une extrême émotion. — En s'inclinant devant moi, il murmura :
» — Comment vous remercier. Madame, de ce que vous avez bien voulu m'accueillir... moi qui, & aucun titre, ne pouvais espérer une si, haute faveur ?. .
» La voix de monsieur Latour /quoique tremblante, me parut extrêmement douce. •
« Chose étrange !.. — Ce jeune h«)mme avait la voix de Marguerite, comme il en avait le visage...
» Je l'amenai dans cette même chambre où nous sommes.
» — Monsieur,. — lui dis-je, — vous avez désiré un entretien avec moi... — me voici, et, je vous l'affirme, toute prête à vous entendre avec bienveillance.
» — Madame, — répondit monsieur Latour, — votre air de bonté... cette bienveillance que vous daignez me promettre... m'encouragent à vous dire nettement et sans préambules toute la vérité... j'aime mademoiselle votre fille...
» Je m'attendais à ces paroles. — Mais je ne les attendais pas si brusquement. — La présence d'esprit me manqua d'abord.
» Monsieur Latour vint à mon aide,.
» — Oh ! — dît-il vivement, — je comprends bien que vous ne puissiez me répondre... — vous ne me connaissez pas, — vous ignorez si je sais digne da bonheur que j*ambitionne... — c'est pour cela que je viens à vous, Madame, franchement, loyalement... — c'est afin que tous appréciiez qui je suis, ce que je suis, et que connaissant le but unique de ma vie, vous soyez à même de me permettre ou de me défendre d'espérer...
t Maximç, sans doute je suis une mère abandonnée de Dieu, comme j'ai été une fille coupable... une fille maudite par son père!.. — Dieu, sans doute, m*a refusé cet instinct maternel qui déjoue tous les pièges et devine tous les dangers. — Je n'eus pas un soupçon I — Les paroles que je venais d'entendre allèrent droit . à mon cœur. — Jamais, non jamais, Maxime, la franchise et la loyauté n'avaient parlé d'une façon plus simple et plus digne, avec un plus pur et plus calme regard. — Je tendis la main h moifsieur Latour et je lui répondis :
» — Je serai confiante avec vous comme vous l'avez été avec moi... — vous avez aimé ma fille .. — Eh bien ! s'il m'est prouvé que vous êtes digne d'elle et que vous ferez son bonheur, pourquoi ne seriezvous pas mon fils?..
» Le jeune français mit un genou en terre, et c'est dans cette position qu'il porta à ses lèvres la main que je lui tendais. — Tout son visage rayonnait d'enthousiasme. — Puis il se releva, et il dit :
» — Étranger ici. Madame, sans un parent, sans un ami, je suis forcé de me présenter à vous moi-
Ll PIL d'abiasi. 245
même... — Je vais /aire de mon mieux... — Vous ne connaissez de moi que mon nom, c'est-à-dire rien. — Ma famille était parfaitement honorable... quand j'en avais une. — Car, hélas ! . je n'en ai plus...
» — Quoil — m'écriai-je, — plus de famille!..
» — Non, Madame... — Je n'ai jamais connu mon père... et j'ai eu le malheur, il y a deux ans, de perdre ma pauvre mère... ma bonne et sainte mère...
— Vous voyez que je porte encore son deuil dans mes vêtements... — Je le porterai toujours dans mon cœur...
c Monsieur Latour avait prononcé ces derniers mots, d'une voix que l'émotion rendait à peine distincte.
• Il s'interrompit pendant un instant, comme pour se donner le temps de se remettre de cette émotion.
— Puis il reprit :
» — Je n'ai pas de profession .. — J'aime les arts et je les cultivée, mais ce n'est point afin d'en faire une ressource... — Ma fortune, trop considérable pour moi seul, est au moins suffisante pour deux. — Je possède trois cent mille francs, en rentes sur l'Ëtat, immédiatement réalisables...
La mère et la fille.
— Mes goûts sont simples, — poursuivit monsieur Latour. — Je n'aime ni les plaisirs coûteux» ni la yieJjruyante de Paris...
» Vivre sur les bords de ce beau lac, parmi les merveilles de cette splendide nature, auprès d'une femme adorée, me semblerait le comble d'un bonbeur si grand que c'est à peine si j'ose le rêver.
«. Qui m'empècberait, si ma rechercbe était agréée par vous, de réaliser ma fortune, et d'acheter, ici même ou dans les environs, quelque propriété ravissante ?
« Passer là toute une existence pleine des calmes et chastes joies dç la famille... — La passer entre deux anges tels que vous et votre fille, car jamais la pensée ne me viendrait de vous séparer. — Oh! dites-moi, Madame, n'est-ce pas un rêve enchanteur?..
t48 LIS TITBimS DB PARIS.
» Le jenne homme se tat. — Il semblait attendre une réponse. — Qae pouvais-je lai dire? — S*il avait résolu de pousser jusqu'à Tenthousiasme la sympathie vague qu'il m'inspirait dès le principe, certes il réussissait an delà de ses souhaits. . . — Sa simplicité, son désintéressement, cette tendresse ardente dont il ne parlait point mais qui se devinait au fond de ses discours, tout cela m'exhaltait, m'enivrait, me rendait folle. — Volontiers je me serais jetée aux genoux de cet étranger qui féalfl^aH Pidéal que, dans mes moments d'ambition maternelle, j'osais rêver pour Marie.
• Raoul Latour ne réunissait-il pas, en effet, la beauté, la jeunesse, l'esprK, «la fortune et Tamour?.. — Étais-je en droit d'espérer tout cela?..
» Sans doute il lut ce qui se passait dans mon âme... -^ Sans doute il interpréta favorablement mon silence, car il reprit, sans insister, pour avoir une réponse à ce qu'il m'avait dit d'abord :
» — Je n'ignore point, Madame, que, dans votre sagesse et dans votre prudence, vous ne pouvez ajouter une créance aveugle à des assertions qui, pour vous, ne reposent que sur la parole d'un inconnu.
c J'aurai l'honneur de vous désigner un grand nombre de personnes parfaitement honorables auprès desquelles vous pourriez vous renseigner pour tout ce qui touche à ma famille et à ma moralité. — Quant à ma fortune, cela est plus simple encore. — J*ai, ici même, les inscriptions de rentes au porteur qui la constituent toute entière. — Il suffirait de faire vérifier ces titres par votre notaire, par votre avoué, par
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un banquier quelconque... — D'ailleurs, je vous le répète, je puis réaliser en huit jours. — Je ne sais si vous êtes riche, Madame, — je ne sais si mademoiselle votre fille recevra de vous une dot. . . — Oh I ne me répondez pas à ce sujet avant d'avoir entendu ce que je veux ajouter : — s'il m'arrivaît cet insigne bonheur d'avoir le droit de vous nomoier ma mère, jo n'accepterais rien de vous, car, je vous le répète, je me trouve assez riche pour deux... ,
f Dé quelques paroles prononcées par vous au début de cet entrelien, je crois pouvoir conclure que mademoiselle votre fille est libre, et qu'elle n'a pas encore disposé d'elle-même d'une façon que vous ayez ratifiée. .
t Ilien au monde, Madame, ne blesse les intérêts de mon cœur autant que ces trois mots : — Mariage de convenance,
• A deux êtres qui doivent marcher l'un à côté de l'autre jusqu'au terme du voyage, dans le chemin de la vie, il faut de l'amour, beaucoup d'amour, parce que la route alors paraît courte et fleurie...
t Si donc ma recherche était agréée par vous, — je voudrais qu'elle le fût aussi par mademoiselle votre fille... c'est-à-dire, je voudrais qu'en méttie temps que sa main elle me donn&t son cœur. . .
» Or, à l'heure qu'il est. elle ne m'a remarqué qu'à peine, et, à coup sûr, elle ne m*aime pas... — Peutêtre ne m'aimera-t-elle jamais... — Si j'en avais la certitude, j'aurais l'héroïque courage de renoncer, le cœur brisé, à un bonheur qu'elle ne pourrait point partager absolument. . .
» Cest afin de m'évUer la plus atroce de tontes les déceptions que je vons supplierai. Madame, — dans le cas ou les obstacles i la réalisation de mes vœux ne Tiendraient pas de vous, — de me permettre de devenir un hôte assidu de votre maison, afin de me montrer à inademoiselle votre fille tel que je suis, et de tâcher de m*en faire aimer... — Mamtenant, Madame, vous savez tout... — Ma vie et mon avenir sont entre vos mains. — Décidez...
» Lejeune homme se tut.
» J'étais attendrie à ce point que je sentais mes yeux tout humides de larmes. — Je pris entre mes deux mains la tète blonde de Raoul Latour et j'appuyai mes lèvres sur son front pftle.
» — Eh bien! — mon enfant, — lui répondis-je, — à partir de cette heure,|regardez ma maison comme la vôtre, et croyez qu'il ne dépendra pas de moi que je remplace bientôt pour vous la mère que vous avez perdue...
» — Oh ! — s'écria-t-il en se jetant à mon cou et en me serrant 4ans ses bras avec une adorable expansion presque enfantine, — oh I c'est trop, c'est trop de bonheur !..
• Marie allait bientôt revenir.
» Je voulais la préparer à l'entrevue qui devait avoir lieu entre elle et celui que je considérais collime son fiancé.
c Je congédiai donc monsieur Latour, en lui disant de revenir quand il voudrait.
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» — Oh ! merci, mon Dieu, — balbutiai-je après son départ, dans un élan de reconnaissance, — merci, mon Dieu I ... le bonheur est entré ici ce soir.
» Je me trompais I — C'était le malheur qui venait de franchir le seuil de ma demeure.
— Oui, —pensa Maxime, — le malheur !.. le malheur et la mort!..
Madame Muller reprit :
— Marie ne tarda guère à rentrer. — Après m'a- ▼oir embrassée, elle me dit :
» — Maman, comme la promenade nfa paru triste sans vous... — où je ne vous vois pas, je trouve le désert.. .— et vous, qu'avez-vous fait?.. —Vous vous êtes ennuyée, n'est-ce pas?
» — Mais non, — j'ai eu une distraction inaccoutumée.
» — Une distraction?
» — Oui,
» — De quel genre?
» — Une visite.
» Marie tressaillit. — Puis elle demanda :
» — Une visite... — et laquelle?
» — Notre voisin.
» — Cet étranger?... — ce jeune homme qui de* meure dans l'autre chalet ?
• —, Lui-même.
» -;- Maman, ne trouvez- vous pas cela singulier?
» — Pourquoi donc?
» — Parce qu'il me semble que ce jeune homme, ne vous connaissant pas, ne devait rien avoir à vous dire...
SSS LES TIYBtm^ M TkM$.
• — Quoi ^e plus naturel, entre voisins, qu'une visite de pure politesse?
h — Sans doute, mais cependant, avant cette an- • née, beaucoup d'étrangers ont babité successivement le cbalet... aucun n*est venu ..
» — Eb bien! celui-là n*agit pas comme les autres, voilà tout.
» — Est-ce qu'il reviendra?
» — Mais, sans doute* . — du moins je le pense.
» — Quand?
» — Demain^ peut-être.
» — Et, faudra-t-il faire des frais de toilette... m'babiUer autrement qu'à Tordinaire?
» — Pas le moins du monde.,, — tu es fort bien comme te voilà, obère enfant.
» — A la bonne heure... — alo'rs qu'il vienne s'il le veut... ce jeune bomme. -^ Du moment oi les coquetteries sont inutiles, ça m'est égal.
» Je souris.
» — Abt ça. Maman, -^ reprit Marie, «««• il a donc fait complètement votre conquête?
» — Complètement ^ -
» — Et, d'où lui vient ce rare bon* ir?
t -^ D'abord, il est charmant
» — Oh! ce n'est pas une raison, cela; vous m'avez dit cent fois que la beauté, même chez unefemmci était un bien frêle avantage.. .Ce n'est donc point parce que ce jeune bomme est beau qu'il vous platt.
» — Sans doute, mais la beauté ne gâte rien quand elle est l'indice d'une flme également belle.
Ll riL D ARIÀin. fiZ
» — Et vous croyez que votre nouvelle connaissance se trouve dans ce cas?
> — Oui, je le crois.
» — «lomment avez-vous fait, bonj^e mère, pour le jager en si peu de temps?
» — C'est une de ces natures franches qui n'ont rien à cacher, — Tàme de ce jeune homme est comme une source d*eau vive. . . d*un seul regard on voit jusqu'au fond, à travers un cristal transparent.
> — Vous avez causé avec lui? — reprit Marie. » — Sans doute.
» — A-t-il de l'esprit?
> — Oui, certes, il en a.. . et du cœur et de la raison.
» Marie se mit à rire.
• — Mais alors, — dit-elle ensuite, — ce n'est ni plus ni moins que le phœuix!.. Je crois que je deviens curieuse de^voir de près cette merveille.
» — Mon enfant, — murmurai-je d'un ton de doux reproche, — je ne te reconnais plus... on dirait que tu as quelque chose contre monsieur Latour.
» — Oui, vraiment, j'ai quelque chose.
» — Quoi donc?
» — Vous parlez de lui avec un tel enthousiasme qu3 j'en vais devenir jalouse.
» — 0 ma fille! — répcr:dls-je en l'embrassant, — tu sais bien qu'il n'y a que toi au iffonde que je puisse aimer comme je t'aime I
— Le lendemain, monsieur Latour profita de la permission que je lui avais donnée.
» Il vint à la maison un instant avant Theure où, chaque soir, j'avais coutume de sortir avec ma fille.
» Je compris à merveille qu'il désirait partager notre promenade. — Je le présentai à Marie. ^- Il ne lui dit que quelques mots bien simples, d'une voix si tremblante qu'il me 'sembla que cette voix devait, pour les oreilles de Marie, déceler le secret de la ten-^ dresse de Raoul.
» Elle baissa les yeux, — elle sembla troublée et lie répondit qu'à peine.
» — Monsieur Latour,-* dis-je alors, — vous m'avez demandé, hier, de vous traiter en ami. — Je mettrai donc, avec vous, toute cérémonie de côté.— Nous avons l'habitude de faire, après notre dtner, une promenade dans la campagne ou sur les bords du lac. — Voulez- vous venir avec nous?