‹ Les viveurs de Paris (volume 2)Chapitre 47 sur 53 · IV. f · texte numérisé non relu

IV. f

5U2 Lift Trmmft m nus.

sans m*ayoir dit adieu!.. |>artie pour ne plos revenir !..

» Elle n'avait rien emporté !..

» Elle n'avait d'antre aident qne quelques louis, humble trésor lentement amassé et provenant des petits présents que je lui faisais de temps en temps, à sa (Ste, par exemple, et au jour de l'an... — Dans un coin, sur le plancher, se trouvait une Fettre- firoissée convulsivement et mouillée de larmes. — L'enveloppe portait cette suscription :

» Monsieur le baron René de Savenay,

« A*** {près Lausanne).

» (Suisse.) POSTE BESTANTE.

» Cette lettre était celle que, devant moi, le matin de ce même jour, Marie avait ramassée précipitamment et cachée dans son sein. — La voici...

Et la mourante, fouillant de nouveau dans le portefeuille qui était resté sur son lit, y prit une lettre qu'elle tendit à Maxime et que ce dernier lut tout bas.

Nous la reproduisons :

» Paris, le ***

» Ma foi, mon cher René, quand je vous voyais lancer Blondine, faire de Camélia un astre éblouissant, devenir le très-heureux amant de la très-belle comtesse Berthe, etc., etc. et trois pages à' et casterUj je ne me doutais guère que vous iriez vous ensevelir champestrement et tout vivant dans je ne sais

u riL d'àriàsi. 243

quel paysannerie suisse, et filer le parfait amour avec uue jeune bergère des Alpes.

» Est-ce réellement cette ridicule histoire de duel au bâton qui vous empêche de revenir à Paris?

% Allons donc!..

» C'est oublié!., archi-onbliél.. on n'y pense pas plus aujourd'hui qu'à la république ou qu'aux lorettes d'il y a dix ans.

» Vous pouvez donc sans nul inconvénient revenir de votre exil volontaire.

9 D'ailleurs, si quelque malavisé s'avisait, en vous regardant, de sourire d'une façon qui ne vous semblât point correcte, vous lui donneriez un fort joli coup d'épée tout au travers du corps et personne ne sourirait plus.

» Revenez donc. . . — à moins, cependant, que le cœur ne soit pris là-bas tout à fait, ce que je ne suppose guère à en juger du moins par le ton avec lequel vous me parlez de cette champêtre intrigue.

» Si le portrait que vous me tracez de la jeune héroïne de ce roman n'est point un peu retouché par les pinceaux de votre imagination, l'intéressante enfaiit doit être bien jolie et ce serait une bonne action que de l'amener à Paris pour la lancer dans la circulation. — Vos amis vous en sauçaient un gré infini.

V Moi, tout le premier, je m'inscrirais pour vous succéder dans ses bonnes grâces.

» Il y a là une mère qui doit être réjouissante !. .

m J'ai ri aux larmes de la scène que vous me racontez, et dans laquelle cette vénérable personne

211 LES ffftim Dr PAMS.

vous avoue que sa IHc c«t le rés^îlal d*iRie errear d«

jeunesse.

B Vous âevks être superbe eft véiNBiteit aveeemthousiasDie et attendrisaeflieitt :

» — J*épouse tout de même ! . .

» Eh pardiettU. de ceUe façoa*là nous épouserions la fiUe du diaUe, — si U ûUe du diable était jolie et ne sentait pas trop le roussi I .

» Cela m*affluserak outre mesure de vous voir débuter triomphalement, comme vous le faites, dans le rôle des jeunes premiers amoureux du Gymnase^

i Ettssiez-vorfs doue été uu grand comédien, par hasard, si la nature ne vous avait créé fils de famille, et si le hasard ne vous eût affligé de soixante mille

livres de rentes ?

» Pour ma part, j'ai toujours cru que, nous autres gentilshommes, nous étions capables, sans avoir rien appris, de faire toutes choses mieux que tous les gens dont c'est le métier. ,

» Bref, j'irais bien vous voir à l'œuvre, mais ie ne puis m'absenter en ce moment,

» Je fais courir dimanche prochain à Lamarche deux de mes chevaux, Fortunio, fils de Black-Nicl et de Desdemone, et Rédemption, fille de Tippo-Saib et de Cligne-Musette.

» Je compte énormément 'sur For tunio et je tiendrai des paris considérables.

» Ne m'avez-vous point parlé, pour cet automne, de chasser à courre à votre terre de Savenay ?

» Dîtes-mei si je l'ai rêvé, parce que^ idans le eas ^ ok la partie tlemlniit toujours, je n'accepterais pas

d'antres eogageioeats et tous pourriez coufder sur moi.

» Aa moment où vous m'écriviez votre dernière 1 .'ttre, c'est-à-dire il y a huit jours, vous touchiez à une solution, — votre pastourelle allait laissé sa fenêtre ouverte.

» L'heure du berger doit être sonnée depuis la nuit suivante, j'inoAgine.

» Racontei^mm, «'il vous plaît, votre triomphe.

» Des détails snrtoat, mon cher René, des détails I

> Tle vous donnez pas la peine de gazer. — je ne vous en saurais aucun gré.

» Vous nMgnorez point que je ne fais en aucune façon profession de pruderie et que je lis assez volontiers de temps à autre un cihapltre de Mademoiselle de Maupin ou des Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt.

• DonCj encore une fois, beaucoup de détails et point de gaze.

• Ne manquez pas de nie dire comment vous comptez vous y prendre pour couper court à ce vaudeville sentimental, quand vous en aurez assez.

|1 » A votre place, moi. je ne dénouerais pas le nœud gordien, — je le trancherais.

» En d'autres termes, un beau matin, après une nuit bien employée, je m'envolerais sans dire gare, et j'aurais déjà fait vingt-cinq lieues avant qu'on se doute que je suis parti.

fis LES tmOBS DE PARU.

i Sur ce, mon cher René, au reToir, — k bientôt, 4 j'espère.

» Votre bien dévoaé,

« Vicomte Louis DE RiANGY. »

• Je rouvre ma lettre.

» Comme je passais, il y a deux heures, dans la rue Lafitte, je sens un bras se passer sous le mien. » Je me retourne et je vois, qui?

• Blondinel

» — Bah ! — m'écriai-je, — je vous croyais en Italie, ma belle petite.

» — J'en arrive, — c'est-à-dire depuis on mois.

» — Et d'où venez-vous conmie çaT

» — Du numéro 17 de la rue Saint-Lazare.

» — De chez René î

» — Juste.

» — Il n'est pas à Paris.

» — C'est ce que m'a dit son Pipelet (sic), et ça me contrarie beaucoup. .

» — Qu'est-ce que vous lui vouliez donc? - N'ètes-vous pas brouillés ?

» — Séparés, oui, — brouillés, non. — D'ailleurs, dans^l'affaire en question, il ne me refuserait certainement pas sa protection...

» — Sa protection!..

» — Oui.

» — Et pourquoi faire?.. — Est-ce que vous sollicitez le prix de vertu, et serait-il chargé de faire uu rapport sur cet objet ?. .

. LB FIL D'àIUIIB. Ii7

k — C'est toot bonnement pour qu*U m'évite d*ètf e condamné en police correctionnelle...

» — Condamnée I.. vous!..

» — Hélas!

» — Et sous quel prétexte?..

» — Voies de fait en un lieu public.

» — Auriez-vous, comme Lola Montés, rossé un garde municipal?..

» — Ëhl non. — J'ai simplement donné des coups de cravache à Camélia aux Champs-Elysées, il y a plus d'un an...

» — Aie! aie!., je me souviens^ l'affaire a f^âtdu bruit dans le temps.

» — Un bruit horrible. — Je suis partie tout de suite après. — Eu revenant, j'ai trouvé chez moi un papier qui m'apprenait que la drôlesse m'avait fait condamner à de la prison, nne amende et cent horreurs par défaut. — J'en ai appelé. — On me jugera dans quinze jours, et comme j^ai su que René avait en beaucoup à se plaindre de cette coquine de Camélfs, j'ai pensé qu'il tâcherait de m'étre utile. — Voici une lettre que j'avais préparée pour lui expliquer tout cela si je ne le trouvais pas chez lui. — Mais, puisqu'il est à deux cents lieues d'ici, à quoi bon l'envoyer, cette lettre?

» — Voulez- vous mêla donner?

» — Qu'en ferez-vous?

» — Je lui écris aujourd'hui — Il la recevra dans la mienne.

» — Il ne comprendra pas ce que cela veut dire ; je lui parle comme si j'allais le voir ce soir. — Je lui

%êB LU flftSM M PAnu.

dto 91e )6 Kcttendril <lm mm , 4e mfcmtt à dix benres da matin.

• — Je lui raconterai en post-seriptum notre eonyersation, et il regrettera, j*en suis sûr, la Jtonne fortune que son absence lui fait perdre.

• — Alors, ¥oioi ma lettre, faites^^n des choux et des raves {rie).

1 Voilà, mon cher René, pourquoi tous troa?ei sous cette emreloppe ane épttre de mademoiselle Blondioe, adressée, 17, rue Saint-Lasare.

> Cette petite m*a paru plus jolie eneofe qn^avant son départ pour lltalie.

• Elle a dans l'œil et dans la tournure un Je ne sais quoi de provoquant qui vous monte à la tète et vous grise comme du vin de Champagne.

9 Bref, j'ai grande envie d'aller prendre ee «oir, chez elle, la place qu'elle vous réservait.

.» A vous,

• h. deR. •

xvra

— Vous avez luf — demanda la mourante, s'apercevant que les yenx de M. de Bracy s'étaient détacb^s de la lettre pour s*élever vers le ciel.

— Oui, — répondit Maxime, — j'ai lu.

— Alors, vous savez tout. — Vous avez tout compris, et je n'ai plus rien à ajouter.

Maxime fit de la tète un signe afflrmatff.

Hélas ! il avait compris, avant même de savoir les trâtes détails de la vérité.

•^ Maintenanl, *<- reprit MaâaMd MaUer, — naintenant c'ef^t à vous de m» paitar i& Marie... de notre enfant.

•^ Et j6 vais le faire, ^ dit Maxime, ^ Mais, d'abord, comment vous trouvez-vou0, paavro amiel

— *- Faible, bien faible, ^«^ mais cette faiblesse ne in'iofttiièle pas, ^Voieid^i longtemps que je pirk...

t50 LB$ TITEURS Dl- PARIS.

j'ai rouvert toates les blessures qui saignent dans mon cœur, et je me sens épuisée de fatigue.

— Alors, avant de m*enlendre, reposez-vous un instant, — tâchez de dormir une heure.

— Non!., non!., une seule chose peut me soulager .. me calmer... me guérir... c'est de vous entendre me parler de Marie. — Songez donc, Maxime, que je ne sais rien encore de la façon dont vous l'avez rencontrée, reconnue. .. ni de ce qui s'est j[)assé entre elle et vous. — Songez à cela et comprenez mon impatience. — D'ailleurs, la perte de mon enfant m'avait couchée sur ce lit d'agonie... l'assurance que je vais bientôt la revoir me ressuscitera, n'en doutez pas. — Seulement ma gorge est haletante et ma poitrine est en feu. — Maxime, donnez-moi à boire.

M. de Bracy se pencha vers le chevet de Marie MuUer, et versa sur ses lèvres les dernières gouttes de la polion.

Hais, soit que la dose fût trop faible, soit que les derniers ressorts de la vie fussent usés et détendus, la liqueur bienfaisante ne produisit point cette fois son effet accoutumé.

Au lieu de se sentir ranimée par une surexcitation fébrile, la mourante retomba en arrière. — Une mortelle pâleur envahit son visage. — Tous ses traits semblèrent se décomposer subitement. — Ses yeux s'enfoncèrent dans leurs orbites démesurément agrandis. — Le regard devint vague et inexpressif — Les lèvres s'entr'ouvrirent tremblantes, pour ne plus se rapprocher. — Les gouttelettes de la sueur de l'agonie

Ll FIL d'àriàiii. 251

perlèrent sur le front de Marie et à la racine de ses cheveux.

Maxime sentit que Theure suprême était arrivée. — Il devina que lorsque quelques minutes se seraient écoulées, il n'aurait plus en face de lui qu*un cadavre.

Alors il s*agenouilla de nouveau auprès du lit et il se mit à prier avec cette ferveur ardente qui se retrouve presque toujours au fond des ftmes les plus sceptiques, quand quelque grande douleur vient les assaillir, et surtout en présence de l'agonie d'un être aimé. — Soudain, il entendit un profond soupir.

— Allons !.. — pensa-t-il — tout est fini... — la pauvre mère a cessé de souffrir.

Et il se leva pour fermer les yeux de Marie.

Mais Marie vivait encore.

Une dernière et faible lueur s'était rallumée dans son regard. — Ses lèvres ébauchaH^nt une sorte de sourire inachevé.

— Maxime... — balbutia-t-elle — Maxime... je crois que. . vous m'avez trompée. . . — sans doute pour... ne pas me tuer... à force... de joie... — Je crois... que je suis... plus près de la revoir... que TOUS ne me l'avez dit. .

Les lai;mes suffoquaient Maxime qui ne répondit pas.

La mourante souleva ses mains et les promena sur la couverture de son lit, comme si elle cherchait quelque chose.

— Marie... chère fille... — reprit -elle, mais si bas que c'est à peine si ses paroles arrivèrent k l'oreille de Maxime — approche un peu plus.. . je veux poser mes mains sur tes beaux cheveux noirs..'. — oh!., qu'il

SM Lit YIVBlWl PS PAAtS.

e8tboD...IeboiiDieo...quji*eii<L .une fiUeàsa mère. Je savais bien... moi... que je la reverrais avant la nuit... tu es là... là... près de moi... et cependant la nuit est venue bien vite aujourd'hui.. . — Maxime. .. je vous en prie... donnez-nous des lumières... je veux... avant de m*endormir. ., voir le doux visage d£ ma fille... notre fille... Maxime... et... il... fait... si sombre... que je... ne la vois pas...

Après un silence très-court, la mourante reprit :

-^ Marie... tu m'appelles .. je viens.», me vo«ci...

Ces mots furent les derniers.

Dans un suprême eflfbrt de Tamour maternel, la tête de l'agonisante s'était soulevée et ses bras s'étaient étendus. — Sa tête retomba.

Ses bras s'affaissèrent.

Elle était morte.

Maxime appuya respectueusement ses lèvres aur le front pftle et déjà presque glacé de celle dont il avait causé tous les malheurs. — Il ferma les paupières de ses yeux sann regards. — Il ramena les draps da Ut sur le visage décomposé. — Il prit un petit crucifix suspendu à la muraille et il le plaça snr la poitrine de la morte. — Puis il se remit à prier.

M. de Bracy ne quitta la cbambne mortuaire que pour aéder la place aux ensevelisseuses d'abord, pois au prêtre qui, quelques heures auparavant, avait reçu la conSession de Marie

LE PIL D^ABIANB. 153

Brisé de fatigue et d'émotion , il dut aller chercher à son hôtel un peu de repos.

Le lendemain matin , il accompagnait à la chapelle et au cimetière le cercueil qui renfermait la dépouille mortelle de l'un des deux amours de sa jeunesse.

Le soir de ce même jour, il faisait recouvrir la terre fraîchement remuée de la tombe d'une pierre modeste, sur laquelle, au-dessous d'une croix, étaient gravés ces mots :

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