IV
tfi us vifnms M FÀKis.
aussilAt le soo dair ei rttenlissaiit d'une dodie. - Qodqncs secondes se passèrent — Pois on homme, en oostame dé jardiuier, vint ouvrir une petite porte qui se trouTail i côté de la grille.
— Tiens. c*est toos, Joseph, dit ranbei^îsle.
— Oui, monsieur Nicod, — qu'est-ce qu*il y a encore pour Totrc service?..
— Cest ce Monsieur qui vient d'arriver chez moi, en chaise de poste, et qui demande à voir monsieur le baron...
— Où est-il, ce Monsieur?..
— Ile void, — répondit Maxime. '
— Eh bien I — dit alors le jardinier en ôtant sa casquette, — si Monsieur veut avoir la complaisance de venir avec moi, je vais le conduira au château .
— Dans ce cas, vous n*avez plus besoin de moi, el je m'en retourne, - fit faubergiste, qui cependant n*aurait pas mieux demandé que d'aller plus loin.
Mais, sur l'assurance de Maxime qu'eu effet il pouvait maintenant se passer de lui , Jean Nîtod dut reprendre le chemin du village, tandis que le comte s'engageait dans l'avenue avec le jvdinier.
A mesure que les deux hommes s'approchaient du château, Maxime s'apercevait que quelques-unes des fenêtres du rez-de-chaussée étaient ardemment éclairées, comme les fenêtres d'un hôtel de Paris une nuit de t>al. — En même temps arrivaient jusqu'à loi le bruit de joyeuses-exclamations, dénslesqnenesse distinguait facilement le timbre argenté de voix féminines.
Involontairement Maixime peAsa qu'il allait appa-
pattre au içjlieu de cette bruyai^e orgie, x^me le apectre de Baoquo au souper. , de jijady Macl)eth.
— Ahl — ip.urmujpa-t-il, — dap&;in ias^tanti la pâleur de l'effroi remplacera le rire....— au lieu 4ci vin répandu, il y aura du sang versé !.. — Comment Dieu permet-il que le vice et le cripae spient auçsi jqyeux quand ils se croient surs de Timpunité!..
Cependant le comte et le jardinier avaient achevé de franchir l'avenue et se trouvaient dans une vaste cour sablée et orrjée ^'orangers grands cominp des arbres, dans leurs caisses gigauteaques.
L'une des croisées de la salle à man^r était ^ntr'ouverte, et l'on entendait distinctement le refrain d'une ronde populaire empruntée au dernier drame de. mon ami Eugène Grange.
Maxime reconnut la voix de Blondine.
. Uû perron de huit marches, couvert de géraniums en JOiCurs dans des vases du Japon, conduisait aux trois larges portes cintrées qui donnaient accès dans .le vestibule.
A travers les vitrages de ces certes, .on voyait des ^ox»estiqueç aller et venir.
.— Eh! Georges... — cria le jardinier, — viens un peu ici...
L'un des domestiques s'approcha.
— Mon ami, — lui dit Maxime, — je désirerais j)arler à votre maître...
— C'est que Monsieur, — répondit le valet d'un air \jin peu embarrassé, — monsieur le baron eçt à table. . .
— r Peu importe... — : l'épliqu^ le comte ^ — votre maître m'attend...
276 LBS VITBURS DE PARIS.
— Ohl alors, Monsieur, c'est fort bien.. — Si Monsieur voulait avoir la bonté de me dire son nom?..
— Le comte Maxime de Bracy.. .
Le domestique s*inclina, ouvrit une porte latérale et disparut.
Maxime, qui Tavait suivi à une distance de quelques pa;s, l'entendit prononcer la phrase suivante :
— Monsieur le laron veut-il recevoir monsieur le comte de Bracy?
— Si je veux le recevoir?.. — Oui, certes !.. qu'il entre ! . . qu'il entre I . . . — s'écria René.
— Ahl — fit Blondine avec explosion, — ce cher Maxime!., quel bonheur!., il paraît, que, décidément, c'est bien lui!..
En même temps la porte s'ouvrit.
Monsieur de Bracy put alors envisager d'un seul coup d'œil l'aspect de la salle à manger, éclairée splendidement par six candélabres supportant chacun douze bougies.
Les convives étaient au nombre de quatre, — deux hommes et deux femmes , — nous le savons déjà. — René, et son ami le vicomte Louis de Riancy . — Blondine et la maîtresse du vicomte, — celte même Sydonie dont nous nous sommes occupés antérieurement.
René venait de se lever et accourait au-devanl de Maxime. — Ce dernier entra.
— Ah I cher ami, ^ dit vivement monsieur de Savenay en s'avançant les mains étendues pour saisir celles de Maxime, — ah ! cher ami, que je suis heureux de vous recevoir enfin chez moi , et quelle charaïaute surprise vous me ménagiez...
LB riL D*ÀaiÀifE. S7T
Ici, le baron s'arrêta court.
Il venait de remarquer combien était sombre la physionomie de son h6te, qui, d'ailleurs, n'étendait point la main pour prendre et serrer la sienne.
— Mon Dieu L . — murmura-t-il , — mon Dieu, qu'y a-t-il donc?..
— Il y a, que je ne viens point ici comme ami , — répondit lentement le comte.
— Vous!.. Maxime!..
— Oui, — moi-même, — monsieur le baron de Savenay.
— Venez- vous donc en ennemi?..
— Je viens en vengeur.
— Que voulez-vous dire î. .
— Je m'expliquerai
— Faites-le donc!., faites-le sur-le-champ!.. — s'écria René en qui l'irritation commençait à succéder à l'étonnement.
— La présence dé ces dames ne me semble point convenable pour une explication de la nature de celle que nous devons avoir ensemble...
— Ell6 me paraît, à moi , parfaitement convenable au contraire. — Vous n'avez rien à me dire et je n'ai rien à entendre dont je doive rougir, — vous pouvez donc parler devant toutes les personnes qui se trouvent chez moi...
— Vous le voulez, monsieur de Savenay? — Soit I . . — que la honte en retombe sur vous...
— La honte!,. Monsieur!.. — Songez-vous à ce que vous dites?
— Oui, certes !.. et le mot n'est pas assez fort, car
tft' LIS vifitiniii M r^n.
les actions in Ames entnAiéfit pHis 'qoèf^^deia hérite après elles!..
— Mtfnsîcirf de Bracylj. mdnsfetfr de Bracy !.. — articula René devenu pâle, les dents serrées, et mon* trant enfin siHr son 'visage tdos les syAifptffiiies d'nne naissante colère, — prenez garde!..
— A qoMl-ddné? -^ dem^tfdn Maxime. •
— Prenez garde de me faire oublier que Yoa£? éKiis mon hôte... Car, alors, je ne me s(HivieDârai^ que d*Dné setlle chose, c^^st que vous^ ne' 'venez point chez moi comme ami, et que vous m*insultez!..
— Assez de puéi^les discussions snrle^ mois , — interrompit Maxime, — nous avons & régler 'easiBmble un terrible compte !.. Attendes qu'ilseit réglé;^ avant déparier si haut...
— Eh 1 — cria Rénéj —• -pâirlez dofl^ ! ..
Monteur 'de*Riancy et' lés deux pécheresses assis^ taient à celte scène avec une stupeur dont il est facile de se reridre compte.
René frappait du pied comme un enfant colère.
A toutes les issues de la salle à manger les domestiques écoutaient, poussés par cette curiosité^mâl veillante qui distingua toujours la valetaille de toasles temps et de tous les pays,
Maxime^ avec un 6ang«^oid*>bien autrement ioipo^ sant que la fureur de René, — avec un calme pareil à celui de la mer qui couvre des abtmes sans fonds, — prit dans -la poche de c6té de çon paletot de'voyage un portefeuille qu'il ouvrit.
Il en tira ces lettres fatales dont il s*était emparé pendant le>long récit-de ManetMuller agonisante. .
lai présentant, — reconnaissez- vous cela?..*
— Parfaitement, — répondit .RADé.ai»rèakaT«0»r jeté un coup d'ceii sar< ces lettres^
— Ainsi, ces lignes isignées Raoul Latour, c'est bien vous qui les avez écrites? "— . Ce billet, du., vicomte Louis de Riancy, c'est bien. à ivou^ qu'il était adressé?. .
— Oui, certes I ^ — je ne faî^ aucune difficulté de reconnaître tout cela. — Seulement je ne puis deviner comment ces paperasses se trouvent entre vos mains...
— Patience, monsieur de Savenay, patience !.. vous le saurez dans un instant!...' — répliqua Maxime.
— Ahl je devine, — s'écria René en ricanant, — vous venez sans doute de voyager en Suissç. — vous m'aurez succédé dans le cœur de ma Jolie Ariane des bords du Léman, et c'est sans doute à cause de ma trahisqtik son endroit que vousr venez icj pour jouer le mélodrame et ,vous poser en vengeur, comme vous dites...
Un regard de Maxinie, aussi acéré qu'une laipe de stylet, fif presque regretter à René, maigre son impudence, d'avoir prononcé ces paroles. — Monsieur de Bracy, cependant, ne les releva pas. — Il prit dans son portefeuille un nouveau papier et il le tendit à René, ainsi qu'il lui avait tendu les autres.
Ce papier, dont les caractères seniblaient à demieffacés conmie s'ils eussent été longten^ps mouillés^
280 LB8 TIYBORS DB FARIS.
était la lettre trouvée par Maxime dans la robe de la jeane morte.
— Lisez, Monsieur, — dit- il, — lisez.
René parcourut du regard les lignes désolées et touchantes que nous avons reproduites en leur temps et que nous allons. répéter.
Voici ce qu'il lut :
t Une pauvre créature qui va chercher dans la mort un repos qu'elle ne pouvait plus trouver en ce monde, supplie à deux genoux ceux entre les mains de qui tombera son corps défiguré, de respecter sa volonté dernière.
» Cette volonté, ou plutôt cet ardent désir, est qu'on ne fasse aucune démarche pour savoir qui j'ai été et quel nom je portais, alors que j'avais un nom...
» D'ailleurs, toutes les recherches seraient inutiles.
» Je suis étrangère. — C'est le désespoir qui m'a conduite à Paris, où je n'ai ni famille, ni amis, «* or personne ne me connaît.
» Personne n'a donc d'intérêt à rechercher les mo-
tifs qui m'ont amenée, de douleurs en douleurs, jusqu'au suicide.
» Je meurs sans remords, car j'ai tant souffert que Dieu, je le crois fermement, sera indulgent pour le crime de ma mort à cause du martyre de ma vie...
» Je pardonne du fond de l'âme à celui qui m'a fait tant de mal, à celui qui ne m'a pris mon cœur que pour le fouler sous ses pieds, — à celui qui m'a infligé la honte et la torture d'un amour plus cruel que la haine la plus archarnée.
LB m d'aruni. 284
» Je prie Dieu de lai pardonner aussi, » Je souhaite qu'il n'apprenne jamais quelle a été ma fiu, car, si endurcie que soit son âme, un pâle fantome qui prendrait ma figure viendrait peut-être visiter ses nuits d'insomnie, — et mieux*vaut qu'il m*oublle tout à fait.
9 Encore une fois, vous qui trouvez mon corps, soyez généreux, — ne fouillez point un passé sombre et lugubre, — rendez à la terre cette dépouille qui fut l*enveloppe d'un cœur brisé, et qu'âne humble croix appelle les prières sur la tombe de l'inconnue...
» 0 ma mère... ma mère... adieu !.. »
Des larmes coulaient une à une sur les joues pftles de Maxime.
René avait lu jusqu'au bout.
— Je ne comprends pasi — dit-il.
— Vous ne comprenez pas!.. — répéta monsieur de Bracy d'une voix indignée.
— Non, — et quoique le mot de cet énigme n'ait pas grand intérêt pour moi, je vous prie de me le donner...
Maxime éleva ses mains et ses yeux vers le ciel.
— Ahl misérable!.. — murmura-t-il, comme si sa juste fureur, poussée en dehors de toutes bornes, allait enfin éclater.
Mais il se calma aussitôt.