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chez Camélia. — La pécheresse donnait encore, — du moins à ce que soutenait la femme de chambre.
— Eveillez-la, — répondit René, d'un ton si péremptoire que la soubrette ne put se dispenser d*obéir à celai qu'elle regardait un peu c<Hnme son maître.
Au bout de trois minutes, le viveur était introduit dans la chambre de son ex-maîtresse, et cette dernière, se soulevant sur son coude et fixant sur René ses yeux encore gros de sommeil, lui disait :
— Elh bien I mon cher, il se passe donc des choses inouïes, que tu viens ainsi m'éveiller à des heures impossibles... surtout quand tu sais que j*ai dansé toute la nuit...
— Oui, — fit René, — lu as dit le mot... il se passe des choses inouïes...
— Ah !. , — s'écria la pédberesse, — alors tu as bien fait de venir...
— M'écoutes-tu?..
— De toutes mes oreilles... — Mais, mon pauvre ami, comme te voilà pâle et défait I..
— On le serait à moins, murmura' René.
— Il s'agit de la comtesse, n'est-ce pas?.. -Oui.
— Tes affaires vont malî..
— Tout est perdu !..
— Tu crois?..
— Jeu suis sûr.
— Il faudra voir.
— Je te répète que tout est perdu!
— Oh! d'abord, toi, tu jettes toujours le manche après la cognée!..
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— Et toi, tu ne désespères jamais de rien.
— Dans tous les cas « l'un vaut mieux que Tautre.
— Non — quand les résultats sont les mêmes...
— Enfin, raconte, je jugerai.
— Eh bien! comme je savais que monsieur de Croï soupait la nuit dernière avec quelques-uns de nos amis du club qui m'avaient promis de le griser, j'ai envoyé hier à la comtesse la fameuse lettre anonyme que nous avons composée ensemble...
— Et qui lui promettait de lui faire toucher du doigt l'indigne conduite de son mari, dans la petite maison de l'allée des Veuves?..
— ^ Précisément.
— Eh bien ! est-ce que par hasard 1» comtesse aurait soupçonné le piège et ne serait pas venue ?..
— Elle n'a rien soupçonné... elle est arrivée sans défiance...
— Alors je ne vois pas trop de quoi tu te plains... Et, à moins qu'elle ne se soit fait accompagner de quelque chevalier...
— Elle était seule. .
— Je n'y comprends plus rien... — Continue. . René continua en effet. — Il raconta dans tous ses
détails la scène à laquelle nous avons fait assister nos lecteurs. — Il n'oublia rien, ni un mot, ni un geste, ni même Tacceul de madame de Croï, qui donnait aux paroles qu'elleprononçait une âpreté nouvelle. — Camélia écoutait.
 grand'peine parvenait-elle à dissimuler le sourire dédaigneux et railleur qui soulevait les coins de sa bouche, à mesure que René avançait dans son récit.
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— Ahl — murmiirait-elle en ellensiéine, — quel triste champion j'ai choisi là> pour défendre les intérêts de ma vengeance I . .
Quand monsieur de Savenay ent raconté le départ de Berthe, il se tut. — Camélia jouait silencieusement avec une des longues tresses de ses cheveux noirs et faisait la moue. — Il y eut un instant de silence.
Ce silence pesait sans. doute à René, car il se hftta de le rompre.
Eh bieni —^ demanda- t-il, —^ maintenant que* tu sais tout, qtt*«n dis-tu?..
— Faut-il être franche?
— Oui, certes !..
— Je vais te blesser...
^ Qu'importe !
— Eh bien I mon cber, }a t'es conduit comme un sot.
— < Moi I .. — s'écria le jeupç^ homme. «
— Oui h toi.
— Ety ea quoi?..
— En toutl..
— Que fallait-il donc faire?..
— Précisément le contraire de ce que tu as fait. — Dans tout le commencement de ton tête-à-tôte avec la comtesse, tu n'as point agi et tu as beaucoup parlé. — Il fallait ne point parler et beaucoup agir. — Tu com prends, mon cher, que rien n*est plus absurde, quand on désire une femme et quand les circonstances noui ont rendu pour deux heures ou pour une nuit le maître absolu de celte femme, que de passer son temps à lui
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parler d*an amoar qu'on peat lui prouver d'une façon bien autrement énergique ! . .
.René voulut interrompre la pécheresse.
Mais elle ne lui en laissa pas le temps.
— Quant à la seconde partie de la scène, — reprit-elle vivement, — il fallait y couper court aussitôt. ' — La petite personne est plus rouée que toi, mon cher, — elle savait bien-ce qu'elle faisait quand elle a cherché à provoquer ta colère par ses mépris simulés que tu prenais pour argent comptant I.. — Que deviendrait le grand art de la guerre, si, quand on attaque une ville, on se laissait intimider par une canonnade inoffensive au lieu de monter bravement et lestement à l'assaut... — Les femmes ressemblent aux villes, souviens-toi de cela, mon bon ami : — quand elles ne capitulent point librement et de bonne volonté, on n'en vient à bout que de deux façons, — par surprise ou par escalade. . — il fallait escalader, mon pauvre René. — Cette chère comtesse en aurait été enchantée après I.. — Au lieu de -cela, elle doit, à Theure qu'il est, se moquer de toi de la façon la plus déplorable I
René baissait la tète et mordait sa moustache. — Camélia, trompée dans ses espérances, riait- — d'un rire un peu contraint. — Cette fois, le silence des deux interlocuteurs dura tout au moins trois minutes.
— Eh bieni — dit enfin M. de Savénay, — prétends^tu toujours que rien n'est perdu?
— Dieu m'en garde!., tu m'as convertie à ton opinion. — Tout est fini — bien fini — complètement fini!.. — il ne 'te reste qu'à commander un convoi de
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première classe pour tes espérances anieareuses à Tendroit de madame de Croï et à envoyer des lettres de faire part à tous tes amis. . .
— Ahl — fit René — ce n'est pas généreux !.. au lieu de me remonter, tu me railles.
— C*est qu'il y a de quoi, mon cher 1 . . — il m'est impossible de te le cacher, tu es ridicule.
René se leva et mit son chapeau sur sa tête.
— C'est bien, — dit-il, — je vais renvoyer son bracelet à la comtesse et partir pour l'Italie.
— Hein? — s'écria Camélia — tu dis?
René répéta sa phrase.
— Son bracelet? — demanda vivement la pécheresse, — Quel bracelet?
— Celui-ci.
— II appartient à madame de Croï?
— Oui.
-t D'où te vieut-il?
— C'est une autre histoire.
— Ah çal je ne sais donc pas tout?
— Tout, excepté cela qui n'a pas d'importance.
— Plus que tu ne le crois, peut-être.
— Alors, écoute; ce n*est pas long.
— Parle vite.
René compléta son récit en initiant Camélia aux détails de son entretien avec le cocher de citadine.
— Et tu prétends que cela n'a pas d'importance?.» s'écria la jeune femme quand il eut terminé.
— Mais... il me semble...
— Il te semble mal,.^ — Tu n'as pas le sens commun... ce qui d'ailleurs est ton habitude,
— Enfin, explique-moi.
— Ce bracelet, mon cher, et la façon dont il est arrivé entre tes mains, changent ta situation du tout au tout. — Si tu veux maiutenaut, abdiquer pour quelques jours ton libre arbitre et ne te conduire que d'après mes conseils, je ne regarde plus comme désespérée cette partie que, tout à l'heure encore, je croyais si bien perdue.
— Soit, — fit René, — je t'obéirai aveaglément.
— Me le promets-tu?
— Jeté le jure.
— Quoi que je demande?
— Oui.
— Quoi que je t'ordonne?
— Toujours oui.
— Eh bien l mon cher, à mon tour, je te fais une promesse — c'est celle d'une revanche — d'une revanche prochaine et digne de ta défaite de cette nuit — d'une revanche complète, absolue, éclatante!
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Bbcom le bracelet
Madame d^ Groï, nous le savons, s*éta^ endormie d*un sommeil lourd et profond.
Pent-ê^re quelques-uns de nos lecteurs s'étonnentils qu'après ce qui venait de se passer, la jeune fenmie ait pu dormir.
Rien ne s'explique mieux, cependant.
Le corps et Tâme de. la pauvre Berthe étaient brisés, on, le comprend. — Un repos réparateur, et surtout immédiat, leur devenait indispensable pour les ranimer et les retremper. — N'a-t-on pas vu, daus certains, cas, des sentinelles s'endcfrmir en face de la gueule béante d'un canon prêt à faire feu? — Le repos de Bertbe fut. d'ailleurs loin d'être complet.— Des visions de f&cheux augure — un sinistre cauchemar vinrent s'asseoir au chevet de sa couche, et ne disparurent qu'aux premi^res clartés de l'aube.
Quand Berthe s'éveilla, le souvenir des événements
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de la veille au soir lui apparut d'abord comme un mauvais rêve, à travers une sorte de brume. — Peu à peu, cette biume se dissi[>a. — Ses souvenirs devinrent plus distincts. — Elle se, rappela tout, et elle comprit qu*elie n*avait point fait un songe. — Berthe frissonna de tout son corps en se remettant par la pensée face à face avec cette situation de laquelle elle était sortie saine et sauve par un miracle de la protection du ciel.
— *0h ! — pensa-t-elle avec épouvante, — si cet homme, avait accompli ses projets infâmes, à Theure qu'il est je serais morte I
Et elle remercia Dieu de nouveau. — Ensuite elle sonna. — La femme de chambre accourut prendre ses ordres. — Berthe s'informa de M. de Croï. — Il était rentré vers les quatre heures du matin.
Berthe demanda pourquoi l'on n'avait point obéi à ses ordres en venant l'éveiller sur-le-champ.
La camériste répondit que, si l'on avait désobéi aux ordres. de Madame, c'était afin de se conformer à ceux de Monsieur, la première parole du comte ayant été pour défendre, d*iine façon absolue, qu'on troublât le repos de sa fen^me.
Berthe n'insista point. — Elle demanda seulement si le comte était réveillé. — Il lui fut répondu qu'il n'avait point encore sonné, et que, selon toute probabilité, il dormait. — Madame de Croï se leva et se fit habiller. — Elle ressentait un malaise extrême, et elle comptait sur le grand air pour le dissiper.
La femme de chambre, après avoir mis la dernière main à la toilette du matin de sa maîtresse, se mit i