‹ Les viveurs de Paris (volume 3)Chapitre 10 sur 14 · SOS LIS YIVBURS DB PAR · texte numérisé non relu

SOS LIS YIVBURS DB PAR

tactes et parfaitement empaquetées, dans Tarmoiri glace de Camélia. René s*avoua à lui-même que la pécheresse était un ange et méritait d'être adorée.

Blondine, en recevant le billet de rupture dont nous avons parlé plus haut, en prit d'abord très-philosophiquement son parti. René Tavait mise à la mode, — René lui avait donné un mobilier, des bijoux, une nombreuse garde-robe, — tout ceci la consolait fort de Tabandon immérité du jeune homme. Nous disons immérité, car, malgré les insinuations perfides de la somnambule, docile auxiliaire des plans de Camélia, il est de fait t}ue Blondine avait pratiqué à Tendroitàe son amant une fidélité qui n'est point dans les mœurs habituelles de ces demoiselles de rOpéra.

— Bah!.. — pensa-t-elle, — il reviendra!., et puis, d'ailleurs, un de perdu, dix de retrouvés !, . Et elle ne s'en préoccupa point davantage.

Mais, au bout d'une semaine, la liaison de René et de Camélia ne fut plus un mystère pour personne dans la bohème élégante des viveurs et des pécheresses. Les bonnes amies de la gentille Blondine, et Albine avant toutes les autres, vinrent lui faire Tune après l'autre ces hypocrites compliments de condoléance, où, sous les formules banales d'un affectueux intérêt, se cachent si mal les griffes acérées d'une satisfaction ironique.

— Il faut en vérité que ce petit fat de René n'ait pas beaucoup de goût, pour vous sacrifier à unç Caméiia !,.

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— lui disait-on sur tous les tous, — on prétend qu'il en est fou, — qu'il fait pour elle des dépenses incroyables et qu'il l'entretient sur un pied quasi-royal!.. — Pauvre Blondine, ce n'est pas vous qu'on accusera de l'avoir ruiné!... — Vous êtes un cœur d'or!... — Vous ne savez jamais tirer parti de vos amants ! ..

Toutes ces- choses, et bien d'autres encore que nous passons sous silence, aigrirent la jeune femme ; elle se souvint de ce qui s'était passé au Club des Hirondelles ; elle se souvint de ce regard haineux que Camélia lui avait lancé sous le vestibule du théâtre des Variétés, et elle se dit qu'à coup sûr sa rivale heureuse avait agi dans un but de vengeance, et avait mis en oeuvre, pour lui enlever son amant, quelque manège odieux et quelque rouerie déloyale ; cette pensée l'exaspéra, elle résolut de se venger à son tour, — non point de René, — duquel, après tout, elle n'avait pas à se plaindre, mais de Camélia en qui elle devenait bien une ennemie implacable. Seulement, de quelle façon s'y prendre pour arriver à cette vengeance?.. Blondine n'en savait pas le premier mot. A force de chercher dans ses souvenirs, Blondine se souvint que jadis elle avait lu un roman et vu représenter un vaudeville. Dans le roman, mesdames de Nesles et de Polignac se disputaient, l'épée à la main, le cœur du duc de Richelieu. Dans le vaudeville, deux femmes plus ou moins historiques, (nous ne savons trop lesquelles) se battaient pour un amant à coups de pistolet. L'idée du duel sourit à Blondine qui avait, — ainsi qu'on le dit vulgairement, — la tête assez près du bon-net; elle envoya proposer à Camélia un cartel dans toutes les règles.

t40 jju nvuou Ms rAu$.

Camélia n'était aullement bdlKiiieuse ; elle trouva la provocaitoQ iMHiâbnne, — elle en ht beaueottp et elle fefiisa, de la façon la plus absolue, d'aller sur k tenraiu.

— Abl c'est ainsi 1.. — s'éeria Tex^inaUresse de Biéoé. -^ Ekl ))Jea, je lui prouverai, nm, à eette cnéa-* ture, qu'on ne se flioqi^e pas impuoéHieintde Bloadinel.. — £t séance tenAote^ Ja ieuioe fenune eavaya eherdier un tailleur.

£lle se f t prendre «esuf^ du costupe d'honme le pJius sftignoti et le plus coquet qu'il fut possii^ d'iina^ giner : pantalon gris perte, gilet blaac, redingote Mire ; ctie «ni^ea que le tout ini fut livré «eus trois jours, et, pendant ces trois jours, elle passa ebaque matin quatue ou cioq heures «u ssanége de la me du faubow^ Montmartre ; le tailleur fut exact ; Blondine se revftllt de sa toilette masGutine qu'elle «compléta par un étroHe cravate noire, un ehapeau gris, des bottines à ^rons, et, en se regardant dans une glaoe, il lui fut iinpossible de ne pas convenir qu'elle était le plus cbarmMit oavalier du mofide, — un cavalier 4 faire touraer les têtes de toutes les filles d'Eve. Deux heures' après, la jeune femme, métftfflorpfao^ en joli garçon ainsi que nous venons de . le voir, et armée d'une eravadie à pommeau d'argent, montait à cheval et prenait au grand trot le chemin des Ghamps-Êlysées. Il faisait un temps magniâque et la grande avenue qui monte à l'arc de TËtoile était presque «ussi encombrée de monde que le jour, où, pour la première fois, nous y avons conduit nos lecteurs. — Or, parmi tous les cavaliers, Blondine faisait sensation ; — die maniait son cheval avec grftce et dextérité, — on la trouvait trop jeune et trop jûlie pour un

homine, — on soupçonnait bien qu'elle était une femme, mais personne ne la reconnaissait. Les promeneurs des contre-allées montaient sur des chaises pour la voir passer. Blondine allait toujours, — s'inquiétant fort peu de l'effet produit par elle, et cherchant quelqu'un qu'elle ne trouvait pas. Ce quelqu'un, c'était Camélia. Enfîa ejje l'aperçut, étendue avec une nonchalance affectée dans une merveilleuse calèche découverte de Herler, que M. de Savenay lui avait donnée avec un attelage de chevaux anglais gris pommelés. Elle aussi faisait sensation par sa beauté, — et surtout par le luxe de son équipage, — par l'éclat de sa toilette, — par sa pose prétentieuse — et par l'impertinence audacieuse de son lorgnon. René l'escortait à cheval. Blondine les laissa passer et les suivit à une distance de quelques pas. Elle attendait que M. de Savenay s'éloignât de sa maîtresse, ce qui, du reste, ne tarda pas beaucoup. Il rencontra trois ou quatre de ses amis avec lesquels il se mit à causer, et il demeura un peu en arrière. Blondine alors éperonna son cheval, — rejoignit la calèche et prit la place que René venait de quitter. Camélia la regarda avec étonnement. Blondine se pencha vers l'intérieur de la calèche.

— Me reconnaissez- vous? — demanda-t-elle à s{i rivale.

— Non, — répondit sèchement Camélia.

— Alors, je vais vous dire mon nom...

— Je n'en ai que faire...

— Je suis Blondine.

— Ah 1 vous êtes Blondine... — eh! bien, après?...

— Nous avons un compte à régler ensemble, madame..

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— Je ne crois pas... — murmura la pécheresse peu rassurée.

Et en même temps elle cria à son cocher :

— Jean, tournez bride et brûlez le pavé...

Mais, avaijt que le cocher ait eu le temps d'obéir, Blondine avait répliqué :

— Vous m'avez débarrassée d'un amant qui m'ennuyait, — je vous dois de la reconnaissance et je veux m'acquitter, — tenez, maintenant nous sommes quittes !.. Et Blondine, après avoir cinglé d'un coup de cravache la figure de Camélia, lança son cheval au galop et disparut dans la foule.

Camélia poussa un grand cri ; elle porta son mouchoir k son visage et elle le retira ensanglanté, elle se crut défigurée et elle s'évanouit.

René arriva, — il fit revenir sa maîtresse à elle-même en lui mouillant les tempes avec quelques gouttes de vhiaigre qu'il alla chercher dans un des cabarets qui bordent l'avenue de l'autre côté du rond-point. Le coup de cravache n'avait fait qu'entamer légèrement le menton. Camélia se sentit un peu consolée en l'apprenant. Cependant elle porta plainte.

Lorsque l'afi'aire se jugea en police correctionnelle, Blondine était en Allemagne avec un riche Anglais ; elle fut condamnée, par défaut, à huit jours de prison et cinquante francs d'amende. Nous la retrouverons plus tard.

Quant à René, il était enchanté de tout cela. Deux rivales se disputant son cœur à coups de cravache, offraient à son orgueil un triomphe bien doux et donnaient un éclat magique aux rayons de son auréole.

rx

L'Op«ra.

Nous voici revenus, après un détour peut-être trop long, au point de départ de cette seconde partie, c'està-dire à la fin du mois d'octobre de Tan de grâce 1849. René était toujours i'anîant de Camélia. — Mais cette flamme si vive dont nous l'avons vu brûler semblait depuis longtemps près de s'éteindre. Et, de fait, elle n'avait guère survécu aux premiers enivrements de la lune de miel. Le jeune homme, inconstant par tempérament et par caractère, s'était blasé bien vite sur les bonheurs de cette possession tant souhaitée. Maintenant il ne tenait plus à Camélia que par ces mêmes liens de rhabitude qui l'avaient, dans l'origine, attaché à Blondine. Et puis, comme dans les premiers jours de sa fougue amoureuse il avait dépensé énormément d'argent pour sa nouvelle maîtresse, son orgueil trouvait une agréable pâture dans le luxe dont il l'avait entourée et il était bien aise de jouir des bénéfices de ce luxe, aussi ne pensait-il point à se séparer de Camélia, mais chaque

jour il s'applaudissait intérieurement d'avoir vu réduire en cendres, sous ses propres yeux, les deux cent quarante mille francs de traites qu'il avait si imprudemment souscrites. Camélia, de son oôté, s'appercevait bien que son empire sur René diminuait à vue d'œil, et elle s'en irritait sourdement; elle s'en irritait d'autant plus qu'il lui avait fallu déployer des prodiges de rouerie transcendante pour amener dans ses filets cette belle proie qui allait lui échapper, — non pas, toutefois, sans laisser entre ses mains, comme nous le savons, une forte plume de son aile. Cependant elle ne désespérait point, et, — pour remettre René sous le joug, — elle comptait sur son habileté, — sur le hasard et sur son étoile. Ses deux amies et alliées, — jusqu'à cette heure inutiles, — Esther et Sydonie, — lui disaient souvent ^vec une impatience croissante et mal dissimulée :

— Enfin, Camélia, quand feras-tu pour nous tout ce que tu nous as promis?. . Et toujours elle leur répondait :

— Patience!..

Cependant il s'opérait dans les sentiments de René un revirement naturel et facile à prévoir, — un véritable mouvement de bascule ( — qu'on nous pardonne cette expression). A mesure que l'image de Camélia s'effaçait dans son cœur, celle de Berthe de Croï y reparaissait plus lumineuse. A mesure qu'il était moins assidu au logis de la rue de Provence, il se montrait davantage chez madame de Luzy, où il entendait souvent parler de la jeune comtesse. Enfin, Henry de Croï et sa femme revinrent & Paris.

Riéné, dev^u en quelque sorte le coouuensal de la «ONirdu marquis à'Audival, fut adnûs à voir Berlhe^ fresque dès Le jour de aon arrivée, car il se trouvait daez Henriette de Luzy le jour où madame de Croï lui vint rendre sa pnemière visite.

Berthe, toujours radieuse de bonheur et d^amour, étak plus jolie encore que lors du voyage à Paris pendant lequel elle «Ytit assisté à la fête de la duchesse de €hauœont-Landry.

Henriette présenta René à son amie.

Cette dernière ne contint qu*à grand peine un lé^r jsourire gui vint plisser sa lèvre en reconnaissant son timide et muet danseur du bal de Tété précédent. Et, quand Henriette lui eut dit tout bas que ce même jeune honune étoanait Paris par le faste de ses dépenses et par le scandale de ses amours, elle ne put s'empêcher de le regarder avec de grands yeux étonnés. Du reste, elle se montra charmante, elle le pria de considérer sa maison comme lui étant ouverte et elle l'invita, une fois pour toutes, aux soirées qu'elle donnerait. M. de Savenay rayonnait de plaisir et d'enthousiasme. Cet enthousiasme, d'ailleurs, ne tarda guère à se modifier quand notre héros eut vu de près ce couple charmant qu'il s'était juré de désunir. Chacune de ses visites au comte de Croï et à sa femme, — et elles furent fréquentes, — faisait éprouver au jeune homme le supplice de Tantale.

Henry 'et Berthe s'aimaient tant, — ils s'aimaient d'un amoiu* si naïf, — si profond, — si exclusif, — si ingéuu, — qu'ils ressemblaient bien plus à deux amants

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follement épris l'un de l'autre qu'à des époux dont l'a- ^mour remontait à deux ans bientôt. Cette tendresse mu* tuelle, cet amour partagé, établissaient autour de la jeune femme une barrière qui devait sembler et qui semblait en effet infranchissable à René. Or, il est vraisemblable qu'il aurait renoncé, non-seulement à conduire à bien, mais même à tenter une entreprise hérissée de tant d'impossibilités, si l'intervention d'un mauvais génie n'était venue lui ouvrir tout d'un coup de nouveaux horizons. Voici ce qui se passa :

C'était un soir, — à l'Opéra. — On jouait le Pivphète et la salle était comble. — Rien, par parenthèse, n*est plus curieux à observer que la salle de l'Opéra, un jour de brillante représentation. Bien souvent ce n'est pas sur la scène qu'est tout l'intérêt du spectacle. Que de drames d'amour , — aux dénouement joyeux ou sombres, — s'ébauchent ou se poursuivent dans ces loges, qui resplendissent du triple éclat du gaz. des diamants et des beaux yeux. Que de frissons de plaisir ou d'angoisse passent sur de blanches épaules, à propos de deux regards qui se croisent ou de deux sourires qui s'échangent. Enfin, ainsi que l'a chanté monsieur Scribe dans l'un de ses opéras-comiques ;

Que ces murs coquets, S'ils n'étaient discrets.

Diraient de secrets!...

Les indifférents, — les gens superficiels, et ceux qui jouissent du bonheur de n'être pas, comme nous, observateurs par état, — ignorent les mille et une significations de la télégraphie par gestes, si fort usitée dans les

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salles de spectacle de Paris en général, et dans celle de rOpéra en particulier. Combien s'établissent ainsi de muettes correspondances entre les loges et l'orchestre,^ sous les yeux des maris et des jaloux qui n'y voient littéralement que du feu. Je ferais cinquante yolumes avec la moitié des petits mystères dont j'ai, moi qui vous parle, saisi la clef au passage, et ces volumes seraient charmants. — Je les ferai peut-être un jour. — Un bouquet posé sur le rebord d'une loge, — un gant ôté et remis, — un éventail ouvert et fermé deux fois de suite, — une main blanche et fine caressant des cheveux blonds ou bruns, sous le prétexte menteur de réparer un désordre qui n'existe pas, — contiennent bien de tendres serments, — bien d'amoureuses paroles, — bien des promesses de bonheur. Enfin, nous le répétons, ce n'est pas toujours sur la scène qu'il faut, à rOpéra, chercher l'intérêt du spectacle. Tout ce qui précMe est destiné par nous à servir en quelque sorte d'introduction à ce qui va suivre.

Ce soir-là, nous l'avons dit, on jouait le Prophète, — La musique de Meyerbeer et le talent de ses interprètes attiraient la foule, et l'immense vaisseau de TOpéra était rempli à déborder. A dififérents endroits de la salle, et parfaitement isolés les uns des autres, se trouvaient placés quelques-uns des principaux personnages de notre récit. Dans une baignoire du côté gauche on voyait ou plutôt on devinait Camélia, fort contrariée de se sentir si peu en vue et d'être condamnée à une demi-obscurité. Mais, quand elle avait envoyé au bureau de location, il ne

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restait de disponible que cette baignoire. Forée lai a^ait donc été de s'en contenter. René occupait k rorcbestro son fauteuil habitud. Et, enfin, dans une loge de la ga* lerie, du côté droit et du premier rang, se trouvaient le comte de Groi et sa femme. L*éMouissante beauté de Berthe servait de point de mire à toutes les lorgnettes, et cbacun se demandait le nom de cette merveille encore inconnue.

L'liiteiTOt«tolre*

La jeune femme portait ce soir-là une toilette déliciense de simplicité et de bon goût. Cette toilette consistait en une robe de gros de Naples blanc, dont le corsage un peu décolleté laissait entrevoir la naissance de ses épaules fermes et satinées et de sa gorge de marbre grec. Les longues boucles de ses cbeveux blonds semblaient caresser amoureusement les contours de cette gorge ^charmante. A côté d'elle, mais un peu en arrière, était son mari, qui la regardait avec une adoration passionnée. Presqu'à cbaque minute, Berthe se retournait pour sourire à Henry, et, par instants, elle lui tendait furtivement sa main qu'il serrait à la dérobée. Le cbaste et saint amour de ces beureux époux goûtait ainsi sans scrupule et sans remords tous les plaisirs de Tamour clandestin.

Nous avons dit déjà que madame de Croï, avec sa beauté si jeune, si fraîche, si éclatante et en quelque sorte si naïve, servait de point de mire à toutes les lor-

gnettes de la salle. Mais, parmi cette multitude de spectateurs dont les yeux se tournaient incessamment du côté de sa loge, il y avait surtout deux personnes qui, de deux points différents, la regardaient avec une fixité pareille, mais avec une expression bien dissemblable. — L'une de ces personnes était René. — Nos lecteurs l'ont déjà deviné sans doute. — Sa pensée et son regard ne se détachaient point de Berthe, et, certes, son attention était bien loin des harmonies un peu sauvages de l'opéra de Meyerber. ■— L'autre personne était Camélia.

A partir du moment où la comtesse de Groï était entrée dans sa loge, la pécheresse, qui avait tressailli à son aspect et dont la jumelle d'ivoire ne s'était plus détournée du radieux visage de la jeune femme, semblait en proie à une émotion violente et indéfinissable. On eût dit que sa main tremblait et que des éclairs jaillissaient de ses yeux à travers les doubles canons de sa lorgnette.

Aussitôt après la fin du second acte, René, sans s'occnper de Camélia, quitta sa stalle, gagna le couloir du premier étage et se fit ouvrir la porte de la loge (Je Berthe. Henry de Croïlui tendit cordialement la main. Il salua la jeune comtesse, échangea avec elle et avec son mari quelques-uns de ces lieux-communs insignifiants qui sont la menue monnaie des conversations du monde, puis, après cinq minutes ainsi employées, il se relira.

Camélia, en le voyant entrer dans cette loge, n'avait pu contenir un mouvement de surprise manifeste. L!expression de son visage changea de nouveau, — elle parut presque joyeuse. On eût dit qu'elle se sentait soulagée et qu'elle allait enfin savoir le mot d'une énigme,

loiïgtemps et irâhteiàiBnt cfeertMé. Peur la première fois depuis le commencement du spectacle elle ^epla^a Sa lorgnette sur le rebord de la baignoire et elle ap{)roeha de ses narines roses son botiquet de camélias roiigeà et blancs. Quelques minutes se passèrent ainsi. La jeiiine femûie Se ristournait fréquemment let elle ne taitia pss à d«mner des signes non équivofques d'impàtiërieé. Sànâ doute elle attendait quelqu'un qui ne Venait pftô, et Camélia n'aimait point à attendre. Enfin M pdtïè de la baignoîfe s'(mVrit et Réfié entra

— Bonsoir, ma chère, — dit-il d'un (ôrt léger et cavalier... — Et il 8'âSsH derrière Sa lïiâîtf^sèe.

Camélia lui répondit par une ptetite moiie.

— Qu'est-ce que vous avez donc? -^ demanda René,

— Qu'est-ce que vous voulez que j'aie?..

—^ Si je le savais, je ne vous lé demanderais pas.

— Eh bienl je n'ai rien.

— Alors, tant mieux, — en vous voyant l'air si maussade, je craignais que vous ne fussiez ^ouffMnte.

— J'ai donc l'air maussade?..

— Dam! un peu...

— Ce que vous me dites là est d'autant moins gracieux que je suis souffrante en effet, et que c'est vous qui en êtes cause...

— Moi!..

— Vous-même.

— Par exemple!..

— Mon chfer René, croyez-vous que vous me fassiez «ne vie bien gale itaaintenant?. .

-* Mais il me semble. . . — coiômençà René.

Camélia l'interrompit :

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— Aujourd'hui, par exemple, — dit-elle, — pensezvous que j*aie beaucoup à me louer de vous?

— Qu'ai-jefait?..

— Vous ne vous en doutez pas?..

— Non, en vérité.

— D'abord, vous m'aviez promis de venir me prendre pour me conduire au bois.. .

— J'en ai été empêché...

— Par quoi?

— Maxime de Bracy m'a mené voir des chevaux qa*on veut lui* vendre...

— C'est cela, vos amis passent avant moi I. .

— Vous ne le croyez pas. ..

— Je fais mieux que le croire, j'en suis parfaitement sùrel.. et, ce soir encore, vous me laissez toute seule dans ma loge et vous allez faire des visites dans la salle, sans être seulement venu me dire deux paroles...

— De quelles visites parlez-vous? — demanda René.

— Ohl mon Dieu, tout bonnement de ces gens qui sont là, en face de moi...

Et Camélia désigna Henry de Croï et Berthe.

— Bon! j'y suis!.. — pensa René, — Camélia est jalouse de m'avoir vu parler à une femme plus jolie qu'elle, et voilà pourquoi elle me reçoit si mal...

Nous ne tarderons pas beaucoup à savoir combien le pauvre garçon se trompait.

La pécheresse reprit ;

— Je croyais presque que vous ne me feriez pas l'honneur aujourd'hui de me venir souhaiter le bonsoir. . .

— Vous voyez bien que vous vous étiez trompée...

— C'est vrai, et je vous en remercie...

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