‹ Les viveurs de Paris (volume 4)Chapitre 14 sur 21 · RUE TA1TB013T · texte numérisé non relu

RUE TA1TB013T

Dès le lendemain de son arrivée et vers les onze heures du matin René monta dans un de ces petits coupés qui encombrent la cour de l'hôtel des Princes, et il se fit conduire à la rue Taitbout.

L'heure choisie par le jeune homme pour faire sa première visite à Maxime nous prouve jusqu'à l'évidence qu'il était encore provincial jusqu'au bout des ongles malgré les savants conseils de M. de Villiers, et que son éducation élégante était notablement incomplète..

Nous avons dit au commencement de ce volume que Maxime de Bracy occupait un appartement au second étage.

René sonna.

— Monsieur le comte est-il chez lui ? — demanda-t-il au valet de chambre qui vint lui ouvrir la porte.

Ce dernier regarda de la tête aux pieds

DE f»ARlS. â2S

ce visiteur matinal qu'il n'avait jamais vu venir chez son maître.

Et comme cet examen le convainquit que René était a coup sûr un homme du monde, il répondit poliment :

— Oui, monsieur, monsieur lecomteest chez lui, mais il est rentré très-tard cette nuit et je ne crois pas qu'il soit visible...

— Remetlei-lui, je vous prie, ceci, — fit René en présentant au domestique une carte de visite et la lettre du chevalier, — vous lui direz en même temps que je reviendrai à une heure plus convenable...

— Monsieur le comte sort rarement

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avant deux heures, — répondit le valet de chambre.

— Alors veuillez le prévenir que je me présenterai chez lui, demain, à une heure.

— Oui, monsieur.

Tout ce qui précède s'était dit dans Tantichambre.

René sortit et le valet referma la porte.

Monsieur de Savenay descendit lentement. s,jau6iji

Il atteignait la dernière marche de l'escalier quand il entendit derrière lui le bruit d'un pas rapide cl d'une respiration haletante.

Il se retourna.

Le valet de chambre était sur ses talons.

— Est-ce à moi que vous en avet, mon ami ? — demanda René.

— Oui, monsieur... — répondit le domestique en s' efforçant de reprendre haleine, — monsieur le comte, à qui j'ai remis sur-le-champ votre carte et la lettre que vous apportiez, m'a enjoint de courir après vous et de vous dire que, si vous vouliez bien vous donner la peine de remonter, il aurait l'honneur de vous recevoir immédiatement.

— Bon ! — pensa René, — le chevalier

ne s'était point trompé sur l'effet que sa lettre devait produire...

Et il ajouta tout haut :

— C'est bien, — je vous suis...

Ln instant après il entrait dans un petit salon où l'attendait Maxime, qui venait de se jeter en bas de son lit et qui n'avait pris que le temps de passer une légère robe de chambre de toile perse, et unpantalon du matin.

Ce petit salon, d'un goût exquis et d'une simplicité merveilleuse, était tendu en velours brun et n'avait pour tout ornement que deux ou trois tableaux de prix et quatre statuettes de marbre blanc ^soutenues par des socles d'ébène.

Quelques chauffeuses et un large divan recouverts en velours pareil à celui de la tenture formaient tout le mobilier de ce salon.

Mais le tapis sortait de la manufacture royale d'Aubusson, et Barye avait fouillé de son burin magistral le bronze verdâtre de la pendule et des candélabres.

Du premier coup d'œil René comprit ce luxe si grandiose et si peu voyant qui le remplit d'admiration.

Les draperies de velours, abaissées à demi devant l'unique fenêtre, pe laissaient pénétrer qu'une lumière affaiblie et voilée et, dans le premier moment, René ne dis-

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tingaa pas bien le visage de son hôle.

A peine avait-il franchi le seuil du petit salon que monsieur de Bracy alla à lui, lui prit la main et lui dit du ton de la plus cordiale bienveillance :

— Soyez le bien venu, monsieur, et permettez-moi de vous serrer la main, comme à un ami que vous serez pour moi j'espère...

— Un pareil titre me sera bien précieux, monsieur le comte, si vous me faites rhonneur de me l'accorder.... — répondit René.

— Il vous est acquis, — dit Maxime, — cl dès ce moment, je vous en sup-

plie, regardez- vous ici comme chez vous.

— Monsieur le comte, — fit le jeune homme mis complètement à son aise par ce charmant accueil, — voulez-vous me permettre de vous adresser une prière?...

— Dix plutôt qu'une.

— Eh bien, parlez-moi franchement...

— Je vous le promets... — répondit Maxime un peu étonné de ce début.

— Convenez avec moi, — poursuivît

René, — que je suis venu beaucoup trop

matin, — que vous vous êtes levé fort mal

à propos pour me recevoir et que je vous

dérange énormément?.,.

— Je ne conviendrai de rien de tout cela — répondit Maxime en souriant.

— Pourquoi donc ?

— Parce que rien de ce que tous supposez n'est vrai. — Je me levais quand on m'a remis la lettre du chevalier, mon vieil ami, — je suis enchanté de vous avoir

-jj'eçu et mon seul regret est que vous vous soyez à mon insu donné la peine de monter deux fois. . .

René s'inclina.

— Ainsi, celte lettre de monsieur de Villiers, vous Viwei lue?... - — demanda- Ml.

' — Très-impaiTaitement, — dit Maxime, — à peine ai-je eu le temps de la parcourjr, — mais il me suffisait de savoir votre nom pour que ma porte vous fût ouverte et pour que ma main se tendît vers la vôtre...

— En vérité, monsieur le comte, je ne sais comment vous remercier... — balbutia René.

— Me remercier !... — dit Maxime, — * y pensez-vous?... — est-ce qu'il n'y a pas une véritable parenté morale entre deux gentilshommes, enfants de la même province, car vous savez sans doute que je suis Franc-Comtois comme vous? — Est-ce qu'un Savenay et un Bracy ne doivent

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