‹ Les viveurs de Paris (volume 4)Chapitre 15 sur 21 · S2 LES VIVEURS · texte numérisé non relu

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pas, quand ils se rencontrent, s*appu)er l'un sur l'autre?... — Nous sommes frères, monsieur, ou plutôt, comme j'ai par malheur plus du double de votre âge, nous sommes le père et le fils...

René écoutait ces chaleureuses paroles qui décelaient l'homme de cœur autant que l'homme du monde, et il s'étonnait de rencontrer chez un viveur aussi célèbre que l'était Maxime de Bracy de pareils sentiments exprimés d'une semblable façon.

Le comte changea de ton et ajouta presqu'aussitôt :

— Voulez-vous me permettre d'ache-

ver de lire la lettre de notre ami commun ?...

Et il montrait l'enveloppe carrée qu'il tenait à la main.

— Vous gênez- vous donc avec moi ?. . . — demanda René, — il me semble que ce serait mal. . .

— Vous avez raison.... — répondit Maxime, — à partir de cette minute agissons l'un avec l'autre, sans façon. . . — je vais vous en donner l'exemple.

Le comte s'approcha de la fenêtre.

Il fit glisser sur leur bâton d'ébène les anneaux de la draperie de velours et une vive clarté pénétra dans le salon.

René, jusqu'à ce moment, n'avait fait qu'entrevoir Maxime, sans qu'il lui fût possible de bien distinguer ses traits.

Il profita de ce que le CÔrtite lisait auprès de la fenêtre, pour examiner avec attention les traits vigoureusement éclairés de cette belle tète de gentilhomme.

L'intelligence et la distinction se lisaient sur ce visage énergique et régulier et René comprit à merveille la supériorité morale de cet homme et l'ascendant qu'il devait exercer sur tous ceux qui l'approchaient.

Cependant Maxime acheva sa lecture.

Il remit la lettre dans sa puch^ et se

tourna vers René dont, lui aussi, voyait distinctement le visage pour la première fois.

L'effet du regard qu'il jeta sur le jeune honnne fut subit et en quelque sorte foudroyant.

Il ouvrait la bouche pour parler.

Mais ses lèvres tremblantes ne purent articuler aucun son.

Une sorte d'égarement se peignit dans son regard.

Il devint très-pâle, — pâle comme un homme qui va mourir, — et il serait tombé à la renverse si René ne s'était

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I élancé près de lui pour le soutenir et ne

l'avait conduit au divan sur lequel il Tassit.

Cette défaillance ne dura qu'un instant.

Peu à peu la pâleur de monsieur de

Bracy diminua.

Son regard devint plus calme, mais ne cessa point de s'attacher avec une fixité étrange sur le visage de René.

— Mon Dieu!... — s'écria ce dernier avec inquiétude, — mon Dieu, monsieur le comte, qu'a vez- vous ?...

Les lèvres de Maxime s'entr'onvrirenl dans un pâle sourire.

— Ce n'est rien, — répondil-il, —rien absolument...

— Cependant , — poursuivit le jeune homme, — tous souffrez?..

— Un peu... — murmura Maxime, — mais voici que cela se passe...

En effet toute pâleur avait presque disparu , et la figure du comte reprenait son expression habituelle.

Il quitta le divan et fit à grands pas deux ou trois tours dans le salon.

— Est-ce que vous êtes sujet à ces défaillances, monsieur le comte?... — demanda René.

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— Heureusement non , — répliqua Maxime.

— Pardonnez- moi, je vous en prie, une question peut-être indiscrète, — poursuivit le jeune homme, — mais il m'a semblé, tout-à-l'heure, que vous aviei changé de visage en me regardant...

C'est vrai, — dit monsieur de Bracy avec une sorte d'effort.

— Aurais-je eu le malheur de vous déplaire à ce point?... — s'écria René.

— Vous ne le pense» pas... — répondit le comte avec un sourire presqu'aussi triste que le [)remier.

~ Maisi alors, pourquoi ce trouble?..

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— Vos traits m'ont douloureusement frappé . — une étrange ressemblance entre vous et une personne... qui n'est plus..* est venue remuer dans mon cœur des souvenirs... des regrets... des remords.. — Je n'ai pas été le maître de mon émotion.. — Il m'a semblé... j'ai cru... — Mais à quoi bon vous dire toutes les idées folles, toutes les visions insensées qui, pendant un instant, ont traversé mon cerveau troublé ?. C'est fini... bien fini... n'en parlons plus.

Maxime appuya sa main sur son front et il ajouta en lui-même :

— Et, surtout, tâchons de n*}' plus penser!... — Mais sera-ce possible maintenant i*. , . — Que n'ai-je pas fait pour chasser

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cette pensée amère?. .. j'ijvnis presque réussi... et voici que ce souvenir implacable, ce souvenir qui me tue, prend une forme vivante et vient se placer en face de moi I...

Maxime s'était laissé retomber sur le di- "van.

Il avait oublié la présence de son visiteur et sa tête se cacbait dans .ses deux noains.

René crut comprendre que sa visite en ce moment était complètement inopportune.

— Monsieur le rouilr, — dil-il prosiju'à voix basse, — vous soullVcz encore, je le

vois... permettez- moi de me retirer...

J'aurai l'honneur de vous revoir un peu plus tard,..

El René se dirigea vers la porte.

En entendant sa voix, Maxime tressaillit.

Il se leva vivement et allant au jeune homme il lui prit la main et il lui dit en le retenant, avec un ton d'une douceur toute paternelle :

— Restez, je vous en prie, mon enfant, — je vous assure que je suis tout-à-fait hien et que nous pouvons causer.

Ensuite il conduisit René jusqu'auprès

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de la fenêtre, — il le posa en quelque "^ sorte sous un large rayon lumineux, comme un peintre le fait quand il veut éclairer son modèle, et, après l'avoir regardé longtemps, il ajouta avec une sorte d'attendrissement :

— Le chevalier ne se trompe pas, Réné^ vous êtes beau !...

Et tout bas il murmura :

— Aussi beau que serait le fils de Marguerite !...

Petit traité pratique de la vie élégante, à

l'usage des jeunes gens qai n'ont que

soixante mille livres de rentes.

PEni TRAITÉ PRATIQUE DE LA VIE ELEGANTE, A L*I3SAGE DES JEUNES GENS QUI N*ONT QUE SOIXANTE MILLE LIVRES DE RENTES.

— Ainsi donc, — dit Maxime en souriant, — vous voulez devenir un viveur?..

~ Oui. — répondit René, — je me suis I. 46

demandé quel était le but de la TÎe, et la voix de mes vin<:;l ans m'a répondu : — C'est le plaisir!...

— Peut-être cette opinion est-elle un peu paradoxale, — fit monsieur de Bracj avec un nouveau sourire, — mais ce n'est point le moment de la discuter. — Vous avez compté sur moi, — je ne vous

ferai pas défaut...

— Merci d'avance, — répliqua le jeune homme

— Monsieur de Villiers vous a dit, — poursuivit Maxime, — que personne ne pouvait, mieux que moi, vnus (uivrir les portes des salons et des boudoirs de Paris.

Le chevalier ne s'est pas trompé. —Je suis bien accueilli, grâce à mon nom, dans le monde aristocratique du faubourg Saint- Gerrtiain et du faubourg Saint-Honoré. — Je ne dédaigne point les hôtels financiers de la lhaussée-d'Antin,et je passe la moitié de ma vie dans ce monde interlope élégamment vicieux, qui n'est plus la bonne compagnie, qui n'est pas tout-à-fait la mauvaise, et qu'on est certain de rencontrer partout où se présente une occasion de plaisir, à la Croix - de - Bernj et à Chantilly, — aux avant-scènes de nos théâtres et au foyer de l'Opéra, — chez les lorettes en renon, — chez ces actrices qui recherchent les succès de la ville beaucoup coup plus que ceux delà scène, — autour

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