LB8 VIVEURS
•'» Un éclair de volupté jaillit des prunelles ardentes de René.
Maxime continua :
— Au milieu de ce bareoi de séduisantes odalisques que les coulisses et les boudoirs offriront à ^olre juvénile appétit, à vos vingt-et-un ans et à vos soixante mille livres de rentes, comme un marchand de Smyrne oiïre au sultan de Constanlinople des Africaines brunes et de blanches Géorgiennes, que ferei-vous , mon enfant?...
René ne répondit point, mais son regard signifia :
— Je les prendrai toutes!...
Maxime comprit l'expression de ce regard.
Un nouveau sourire se dessina sur ses lèvres et il reprit :
— Vous aurez raison. — Croyez-moi, ne choisissez pas ! — une maîtresse en titre, ^ votre âgp, est une chose fatale. — Si vous aviez le malheur de vous attacher à Tune de ces femmes dont je vous parlais il n'y a qu'un instant, si enfin vous commenciez une liaison, vous auriez tout à craindre! — La créature dont vous auriez fait votre propriété, deviendrait pour vous une chose de luxe, un objet de parade, — vous mettriez un amour-propre insensée ce que cette femme, distinguée par vous, entretenue
par vous, écrasât ses compagnes par son faste insolent, — vous vous serviriez d'elle comme d'une exhibition vivante de votre fortune et de votre générosité et vous vous ruineriez, sans profit comme sans plaisir, pour une drùlesse effrontée qui n'aurait jamais cessé de vous tromper de tout son cœur avec les histrions de son théâtre qui lui débitent des obscénités dans les coulisses et se moqueraient de vous avec elle...
— Oh ! monsieur le comte, — fit René, — n'assombrissez- vous pas un peu les couleurs ?...
— Vous verrez ces dames, — répondit Maxime, — vous les verrez et vous les jugerez!...— Croyez-moi, mon cher ami, je
les connais bien, — je les connais trop !...
— Alors , dites-moi je vous prie, de quelle façon je devrai me conduire avec elles ?. . .
— C'est bien simple. — Il faut que toutes vous appartiennent, et que vous n'apparteniez à aucune. . . — Gomme le sultan dont je vous parlais tout-à-l'heure, jetez le mouchoir au hasard,-— ayez celle-ci aujourd'hui,— ayez cette autre demain... •— Soyez généreux... soyez grand seigneur... vous le pourrez impunément car, dans notre époque de ladrerie et de misère, le commerce de la galanterie est tombé si bas que la moindre largesse étonnera ces pauvres iilles!... — Vous aurez des plaisirs
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nombreux, un peu frelatés, c'est vrai, mais du moins toujours nouveaux et dix femmes, je vous en réponds, vous coûteront moins cher qu'une seule !...
La morale du comte de Bracy plaisait énormément à René.
Non point que le jeune homme calculât, ainsi que le faisait Maxime, ce qui porterait à sa bourse une atteinte plus ou moins rude.
Une idée pareille était, nous l'affirmons, bien loin de son esprit.
Mais il souriait à la pensée de ke ï^iœ un sérail dont toutes les jolies pécheresses de Pans seraientles odalisques.
La conversation continua quelque temps encore, puis Maxime invita M. de Savenay à dîner pour le même jour au café de Paris, et, à ce dîner, il lui donna rendezvous pour la nuit suivante, à une heure du matin, sur le boulevard des Italiens.
Il devait le conduire à un souper qui réunissait une partie des illustrations de la bohème élégante.
Nous avons assisté, dans le second chapitre de ce volijiiic, à la rencontre de Maxime et de René.
Maintenant, nous allons les suivre.
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