‹ Les viveurs de Paris (volume 4)Chapitre 6 sur 21 · CET AGE EST SANS PITIÉ · texte numérisé non relu

CET AGE EST SANS PITIÉ

~ Oh ! Jésus, mon doux Seigneur !...— s'écria la fermière qui n'en pouvait croire ses yeux, — ah ! sainte Marie, mère de Dieu!... c'est-il en vérité possible!...

— Vois-iu, mamat) Jeanne, — dit en ce

lO'i i.r.s VIVEURS

mcment le petit Héné, — vois-tu comme

je me liens bien sur le grand dada !...

— Oui, mon fieux!... — répondit Jeanne, — te voilà beau et hardi, ni plus ni moins qu'un garçonnet de quinze ans !...

M. de Savenay prit l'enfant dans ses bras, l'enleva de la selle et le posa à terre.

René courut à sa nourrice»

— Maman Jeanne , — murmura -t- il à l'oreille de cette dernière, — ce monsieur que voilà dit qu'il est mon papa... »— list-ce que c'est vrai?...

— Mais je le crois bien, que c'est ^Y^\ î . — répliqua Jeanne, — c'est M. le

baron de Savenaj dont nous te parlons si souvent, que nous te recommandons de bien aimer et pour qui tu fais ta prière, matin et soir...

— Cher enfant!... — dit le baron enr embrassant de nouveau René, — il prie pour moi !...

— Et aussi pour maman Marguerite qui est au ciel, — répondit René.

Les yeux de M. de Savenay se mouillèrent.

' — Madame, — dit-il à la nourrice avec émotion, — vous êtes une bonne et digne femme...

— Oh ! ça, monsieur le baron, je m*en

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pique. . . J'ai le cœur sur la maio, «t d'ailleurs j'aime le petit comme s'il était véri- /ablement à moi... n'est-c« pas, mon René, que je t'aime?...

— Oui, maman Jeanne. .. tu me donnes des belles tartines, mais ce monsieur qui est mon papa a dit qu'il me donnerait un petit dada...

Tout ceci se passait dans la cour de la ferme.

En ce moment un grand et robuste paysan, vêtu d'une blouse bleue et coiffé d'un bonnet de coton bariolé, parut sur le seuil de la maison.

— Eh! Guillaume, — lui cria Jeanne, — viens donc vile...

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— Qu'est-ce qu'il y a ? — demanda le paysan.

— Il y a que voici monsieur le baron...

— Quel baron?...

— Imbécile!... M. le baron de Sa venay, le père du petit...

— Tiens ! tiens ! tiens! — fit Guillaume avec une stupeur manifeste et en s'avançant lentement, tandis qu'il tortillait son bonnet de coton entre ses gros doigts.

— Il paraît, mon ami, — fit M. de Savenay , — que ma présence ici , vous étonne beaucoup...

— Oh ! pour ça, c'est vrai, tout de

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même, — répondit Guillavinie avec ce rire naïf, particulier^ aux paysans francscomtois.

— Et, pourquoi donc?...

— Dam, monsieur le baron, nous croyions que vous ne viendriez jamais nous faire visite...

— Vous croyiez cela ?...

— Pardine !... depuis six ans que le petit est à la ferme et que nous ne vous avons point vu !...

— Mon ami, — dit le baron avec douceur, — est-ce donc une raison parce que j'ai été pendant six ans mauvais |)cre, pour que je le sois toujours?... — est-ce donc

une raison parce que j'ai eu des torts graves, pour que je ne les repare jamais?. ..

Guillaume ne sut que répondre.

Jeanne prit la parole.

— Oh ! monsieur le baron, — s'écria-telle, — nous ne vous avons point accusé !..

— Je m'accuse moi-même... — murmura M. de Savenay.

— D'ailleurs le petit se trouve heureux avec nous, — continua Jeanne, — et, tant que vous voudrez nous le laisser, nous le garderons, et de bien grand cœur je vous

jure !.

Je le répëte, mes amis, vous êtes de

braves et dignes gens, el je vous récompenserai comme vous le méritez, de tout ce que vous avez fait pour mon fils...

— Nous ne méritons aucune récompense, monsieur le baron, ce n'est point par intérêt que nous aimions le petit et cependant nous étions bien payés... beaucoup plus que ça ne valait... — est-ce que TOUS allez l'emmener?...

— Oui, mes amis.

— Bientôt?...

— Aujourd'hui même.

Jeanne se mit h pleurer.

— Je me suis privé si longtemps par ma

faute de la présence de mon tils, — ajouta le baron, — que je dois avoir hâte, vous le comprenez, de jouir de lui tout à mon aise...

— Oh ! je comprends cela, — répondît la fermière, — mais, voyez-vous, de savoir que ce cher enfant va partir, ça me fait autant de mal que si on m'enlevait un des miens. . .

Jeanne se tourna vers ses quatre marmols qui assistaient à cette scène, la bouche béante et les yeux largement ouverts.

Rendons-leur la justice de convenir qu'ils ne comprenaient pas un mot à tout ce qui se passait devant eux.

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