‹ Les viveurs de Paris (volume 4)Chapitre 8 sur 21 · LES MAUVAIS LIVRES · texte numérisé non relu

LES MAUVAIS LIVRES

René n'était point installé depuis huit jours au château de Savenay que déjà son véritable caractère se dévoilait tout entier.

L'enfant se montrait volontaire et tapageur, — exigeant et impérieux,

128 IBS VIVEURS

Il fallait que tout cédât devant lui, — il fallait que chacun se pliât à ses moin' dres caprires.

Il ne craignait personne et pas plus le baron qu'un autre. — C'est tout au plus si M. de Savenay parvenait à se faire obéir, en élevant la voix et en menaçant de se montrer sévère.

Enfin, pour les hommes et pour les choses, René était un véritable tyran, — mais le plus joli tyran du monde, — un petit despote rose et blanc, aux yeux bleus et aux cheveux blonds !...

Ln diablotin pélri de malice et incarné sous la trompeuse forme d'un ange !...

René, du reste, avait l'esprit vif et Timaginalion active. — Il comprenait facilement, et ce qu'il avait une fois compris se gravait pour toujours dans sa mémoire.

Quant à tout ce qui est des exercices de force et d'adresse, il annonçait devoir y exceller, et, quoiqu'il fût petit et frêle, une grande vigueur musculaire se cachait sous celte apparence délicate.

Somme toute, il y avait chez l'enfant beaucoup de bon et beaucoup de mauvais.

C'était à l'éducation de détruire le mauvais et de développer le bon.

Cette tâche difficile, M, de Savenay J'enireprit,

Il se fit le précepieur de René.

H s'efforc^a d'ouvrir le cœur de son fils aux divins pr^'ceptes de la vertu, et son intelligence aux graves enseignements de la science.

En même temps, et comme distractions entremêlées à des travaux plus sérieux, il mettait à la main de renfaiit une cravache ou un fleuret; — i! en faisait un excellent écuytr et un tireur très -passable.

Puis enfin, et à titre de récompense et d'enrouragement , venait la chasse, (pic R<^né adorait et où il faisait preuve d'une singulière adresse.

Au milieu de ces devoirs et de ces plaisirs, le fils de Marguerite grandissait.

II atteignait sa douzième année et tout en lui, le corps et l'esprit, s'était développé au gré des désirs et des espérances du baron.

Mais, alors, M . de Savenay comprit, ou du moins crut comprendre, que pour achever l'éducation de l'enfant qui se faisait jeune homme, il fallait quelqu'un de plus capable que lui.

Il appela à son aide un ecclésiastique d'un grand mérite, qui entra dans la maison avec les fonctions de gouverneur de René.

132 LES VIVF.IP.S

Sous l'habile direction de ce maître une nouvelle transformation parut se taire dans le caracttTe et dans les habitudes de l'élève.

Le travail qui jusque-là n'avait été pour lui qu'un devoir sembla devenir un plaisir.

En même temps une piété ardente et peut-être même exallée jetait dans le cœur de l'enfant des racines qu'on devait croire vivaces et profondes.

11 devenait vraisemblable que René serait un jour un homme remarquable sous tous les rapports , qu'il porterait digneiment le nom de Savenay et nu'il ferait un

noble emploi de la magnifique fortune qui devait lui revenir un jour.

Pour renverser toutes ces espérances il ne fallut que bien peu de chose.

Quelques livres suffirent.

Voici comment.

René avait quinze ans, — il atteignait cet âge où les ardeurs de la jeunesse commencent à porter leurs bouillonnements dans des sens qui s'ignorent, mais qui sont prêts à parler.

Son imagination était pure.

Astarté,ledémondesnuits,ne s'était point

encore assis , avec son cortège de visions,

au chevet virginal de l'enfant endormi.

Page 1