LE DEPART
Maxime reprît :
« — J'étais jeune alors, mon cœur était encore ouvert aux nobles instincts, aux
généreux sentiments.*.
il il
250 LES VIVKURS
«Je n'étais pas le viveur blasé, le liber^ lin insoucieux, le roué sans âme que je suis devenu depuis...
> La double passion qui venait de s'emparer de moi effraya mon inexpérience naïve et ma conscience timorée.
ïCet amour qui se partageait entre deux jeunes tilles m'apparut comme une monstruosité presque contre nature...
» J'eus honte de moi-même et (ie mes désirs insensés...
» Je me dis qu'il serait infâme de payer par une séduction l'hospitalité de cette maison si simple et si pure, où le pauvre blessé, le chasseur inconnu, avait été re-
DK PAins. 251
cueilli comme un fils et comme un frère...
• Je résolus de lutter avec courage et surtout de m'éloigner au plus tôt, car il me semblait, — et en cela j'avais raison, — que la seule chance de salut qui me restât, c'était la fuite...
» tlne fois cette résolution prise et bien arrêtée dans ndon esprit, j'aurais souhaité la mettre à exécution sur-le-champ, car je comprenais bien que, plus je tarderais, plus le mal aurait progressé et plus il me faudrait souffrir.
• J'étais seul, — je voulus essayer mes forces.
)> Je rejetai uies couvertures et je descendis de mon lit.
ïMais, à peine étais-je debout, qu'il me fut démontré que si ma volonté était puissante, ma faiblesse physique était extrême.
ï Les douleurs de poitrine que je ne ressentais plus depuis le matin et que je croyais disparues n'étaient qu'assoupies, et se réveillèrent aussitôt avec une intensité nouvelle.
T> Il me sembla que tous mes membres étaient brisés.
ïUn tintement, lugubre comme un glas d'agonie, retentit dans mes oreilles, — le
parquet manqua sous mes pieds, — les meubles de la chambre me parurent tournoyer et je n'eus que le temps de me laisser retomber sur le lit.
Une minute de plus et j'aurais perdu connaissance.
» Ainsi, la fatalité me clouait dans cette demeure d'où l'honneur me chassait !
» Je me promis au moins, puisqu'il fallait rester, de veiller sur mes regards et sur mes paroles, de commander aux battements de mon cœur et d'ensevelir au plus profond de moi-même mon funeste secret.
> Je me tins parole.