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ï Pendant les quelques jours que dura ma convalescence, je pus me glorifier à bon droit de l'empire absolu que je sus prendre sur mes passions.
» Et D^çu sait ce qu'il me fallut de courage !...
ïA mesure que les forces me revenaient, — à mesure que le sang circulait en moi avec son énergie accoutumée, — je sentais grandir et s'irriter le double amour qui ravageait mon être.
» Parfois, assis au coin du feu dans le grand fauteuil en tapisserie, je me trouvais, pendant de longues heures, seul avec Marguerite.
ïLa douce enfant , confiante parce qu'elle était chaste, travaillait auprès de moi.
«C'était toujours une pensée charitable qui guidait ses doigts gracieux.
» Elle faisait de petits vêtements bien chauds pour les enfants des familles pauvres.
» Elle cousait de gentilles layettes pour les nouveaux-nés des bûcherons de la forêt.
j) Elle me racontait les bizarres légendes, les chroniques merveilleuses du pays.
» Elle me chantait, de sa voix harmo-
nîeuse et pure, quelque ballade des montagnes.
» Alors j'oubliais le monde entier, pour ne plus voir que Marguerite.
» Je la regardais et je l'écoutais.
j» Mes yeux contemplaient avec extase son angélique et timide beauté.
> Mes oreilles s'enivraient de la mélodie de ses paroles et de ses chants.
» J'étais ému, ravi, — mon cœur cessait de battre, — il me semblait qu'une force supérieure à la mienne allait me jeter à ses genoux et que ma voix allait lui crier malgré moi :
, — Oh ! Marguerite, je vous aime » Et cependant je me taisais !. . .
)) Et rien ne décelait pour l'innocente enfant les progrès de mon fol amour !
» Parfois, aussi, le hasard réunissait Marie et moi dans un tête-à-tête imprévu, et plus dangereux encore que ceux dont je viens de vous parler.
» La jeune servante me rendait ces petits services familiers que nécessitait ma position de convalescent.
y> Elle m'offrait son bras pour faire quelques pas dans la chambre.
» Je m'appuyais sur elle et je ressentais
une sorte de commotion électrique au contact de cette chair jeune et fraîche.
»Mes regards s'égaraient sur sa taille si souple, — sur ses formes si riches, — sur ses cheveux si longs et si doux.
j>Il me semblait que cette belle fille répandait autour d'elle une atmosphère de volupté.
• Tout le sang de mon cœur affluait à mon cerveau.
» Je devenais fou.
» L'ivresse des désirs s'emparait de moi et me dominait, — mon bras devenait tremblant sur celui de ma compagne.
» Marie, alors, se retournait vers moi.
» Elle attachait sur mon visage l'éclair voilé de ses yeux noirs à moitié clos qui me brûlaient et me charmaient...
» Puis du bout de ses lèvres pourpres et avec un petit accent étranger qui donnait un charme infini à ses moindres paroles, elle me demandait :
y> — Souffrez- vous ?. .
j> El j'étais au moment de la serrer dans mes bras, — de l'attacher à moi par une irrésistible étreinte, — d'unir mes lèvres à sa bouche, — de fondre mes regards dans les siens, et de lui répondre, au milieu de mes baisers ardents :
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» — Oui, je souffre, mais d'un mal qui peut me rendre heureux ! — d'un mal qui me vient de toi seule et que tu vas guérir en le partageant !...
>Et cependant je sortais vainqueur de ces luttes terribles, et je respectais Marie comme j'avais respecté Marguerite !...
» Le jour que j'avais fixé pour mon départ arriva.
» J'attendais ce jour avec impatience et aussi avec effroi...
» J'aurais voulu être déjà parti, ou j'aurais voulu ne partir jamais.
>Un petit paysan, expédié par moi à Bracy dès le surlendemain de mon arrivée
chez madame Simon, avait prévenu mon cocher de m'amener un de ces chars-àbancs légers, avec lesquels on peut s'aventurer dans les plus mauvais chemins des montagnes,
» Grâce à cette voiture, inélégante mais commode, et en faisant un assez long détour, je pouvais revenir chez moi sans fatigue.
» Le cocher et les chevaux étaient arrivés. — Il fallait partir.
» L'heure des adieux fut douloureuse.
ï Madame Simon s'était prise pour moi d'une louchante et profonde affection.
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» Elle m'embrassa par deux fois et je vis des larmes dans ses yeux.
» Marguerite était très-pâle.
» La gorge de Marie soulevait violemaient son corsage de velours et décelait son émotion.
» Marguerite s'approcha de moi et me tendit son front, comme elle aurait fait à son frère.
• J'appuyai mes lèvres sur ce front.
» 11 était glacé. ^
»Je me sentis défaillir et je me soutins à un meuble pour ne pas tomber.
3> — Et moi, monsieur, — me dit
doucement Marie avec une familiarité qui n'avait Hen d'étrange au sein de cette famille où elle était une amie, plutôt qu'une servante, — et moi, ne m'embrasserez-vous pas aussi?...
» Et, tout eh parlant, elle présentait sa joue à mes lèvres.
> Je me penchai vers elle.
ï Je tremblais, — je n'y voyais plus.
> Au lieu de toucher fea joue, j'étnbrîassai le coin de sa bouche.
» Un frisson de volupté courut dans mes veines et je ressentis de nouveau et plus que jamais Tardente, l'inextinguible
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soif de plaisir que m'inspirait le contact de celte chair amoureuse, de cette peau veloutée, de ces lèvres vermeilles, qui devaient dans un seul baiser vous faire rêver le ciel et mourir de bonheur !...
» Excepté peut-être Marie, personne ne s'aperçut de ce qui se passait en moi...
ï Au bout de quelques instants j'étais redevenu calme, au moins en apparence.
D J'aurais désiré laisser à la jeune fille un souvenir de mon passage dans la maison de ses maîtresses...
» Mais vous comprenez bien que je ne pouvais ni ne voulais lui offrir de l'argent.
» Je détachai des breloques de ma montre une petite croix d'or, bien simple, et je la lui glissai dans la main en lui disant tout bas:
» — Gardez-la pour l'amour de moi...
f Le beau visage de Marie devint cra-
moisi.
» Elle détourna la tête et je la vis couvrir la croix d'or de baisers ardents et furtifs.
» Nous descendîmes dans la cour.
» Le char-à-banc, tout attelé, attendait
devant la porte extérieure.
»La pâleur de Marguerite avait redoublé.
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' iLa pauvre enfant pleurait et ne cachait pas ses larmes.
» Les joues de Marie se marbraient de taches écarlates.
»Son regard brillait d'un éclat fiévreux et se fixait sur moi avec une expression étrange.
3 Fidèle f le beau chien noir des Abruzzes pour lequel j'étais devenu un ami, bondissait autour de moi et semblait me témoigner par ses caresses et ses doux gémissements le chagrin qu'il éprouvait de me voir partir.
» — Mon enfant, — me dit alors ma-
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dame Simon, - vous reviendrez nous voir, n'est-ce pas?...
» — Oui, certes !... — répondis-je.
» — Bientôt?
» — Oui, bientôt
» — Monsieur Maxime, — balbutia Marguerite d'une voix que ses larmes rendaient presqu'indistincte, — est-ce bien sûr?,.. — reviendrez vous?...
» — Oh ! je vous le promets!... — m'écriai* je, — je vous le promets, mademoiselle !...
» Mais cette promesse que je faisais, j'avais l'intention de ne la point tenir...
«Et il me sembla que Marie le compre-
naît bien, car elle secouait la tête, et le mouvement de ses lèvres voulait dire évidemment:
» — Il ne reviendra pas !...
» Pourquoi lisait-elle en mon cœur ?
»D*où lui venait cette divination?
» Qu'un plus habile que moi le comprenne, s'il le peut, et l'explique, s'il le comprend.
» Je franchis la grille.
» Je montai sur la première banquette de ma rustique voiture.
ï Je pris en main les rênes, je fouettai
mes chevaux, et je m'éloignai de celte maison où je laissais mon cœur et où je m'étais juré de ne revenir jamais !
Bloiidine à la rescousse!...