‹ Les viveurs de Paris (volume 5)Chapitre 19 sur 23 · BLONDINE A LA RESCOUSSE · texte numérisé non relu

BLONDINE A LA RESCOUSSE

— Ma foi, monsieur le comte, — dit René en voyant que Maxime se taisait, — je ne m'attendais guère, je Tavoue, à ce dcnoûment ultra-vertueux et platonique

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pour le premier épisode de l'histoire de

vos amours...

— Que voulez-vous dire, mon enfant ?. . . — demanda monsieur de Bracy.

— Je veux dire que jusqu'au dernier moment j'ai douté que l'héroïsme de votre conduite pût se soutenir, et j'ai cru que quelqu'incident imprévu arriverait tout à point pour vous empêcher de quitter la demeure de madame Simon...

— Vous voyez que vous vous étiez trompé.

— r Ainsi, ce départ était bien réel?...

— Mais, sans doute.

DK PARIS. 27

— Vou8 VOUS éloigniez, sans arrièrepensée^de Marguerite et de Marie?...

— J'avais Tarrière-pensée de ne plus les revoir, — je vous l'ai déjà dit...

— Sans chagrin î^...

— Mon cœur était déchiré !. ..

— Sans espoir ?

Je n'en gardais aucun !

— Monsie n ! : "omte, — dit René en s'inclinant, et d'un tow dont il s'efforçait vainement de dissimuler la légèrQ jg:^fli^^ — ce que vous avez fait là me paraît unç a(*U()n d'uri stcïcisuîe achevé et tout à-lait digue des beaux temps de ia Grèce et de

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Rome!... ~ CoQime l'enfant de Lacédémone, vous cachiez un renard sous votre tunique et vous laissiez déchirer vos entrailles sans pousser un cri de douleur !...

— Mon cher René, — répondit Maxime avec une gravité presque sévère, — j'aime à croire que dans ce moment vous êtes moins réellement vicieux, que fanfaron de vice!... — Je vous parle de choses tristement sérieuses, et vous les écoutez comme s'il s'agissait des aventures galantes relatées en quelques mauvais livres!... — Vous raillez des sentiments honorables et généreux, les seuls, hélas! qui se puissent citer dans ma vie déjà si longue!... — En vérité je vous le demande , mon enfant,

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si vous armez votre esprit contre mes paroles, à quoi bon parler plus longtemps'?... — Si vous écoutez mon récit pour en faire dans votre for-intérieur un sujet de sarcasmes moqueurs, à quoi bon le continuer?...

René baissa la tête avec confusion sous celte mercuriale si bien méritée.

Maxime poursuivit, mais cette fois avec une douceur remplie d'indulgence :

— Je vous parle en tuteur morose, mon pauvre Kéné, et j'ai tort !...

ï Est-ce donc votre faute, après tout, si vous êtes, ainsi que je l'ai été jadis, l'élève du chevalier de Yilliers et si ses leçons,

pour vous comme pour moi, portent leurs fruits fatals?...

— Monsieur le comte, — tit René, — continuez votre récit, je vous en supplie!.. — Je ne saurais vous dire assez à quel point il urintéresse , et, puisque vous consentez à être indulgent pour la faute que j*ai commise tout-à-rheure, ne la punissez pas d'une façon trop sévère en cessant de me raconter l'histoire de votre vie...

— Soit ! — répliqua Maxime, — vous êtes mon hôte et je n'ai rien à vous refuser!... — Vous le voulez, je poursuis. . .

— x\lerci cent (ois !... — s'écria René.

Maxime allait reprendre la parole quand on entendit heurter légèrement à la porte du fumoir.

— Entrez, — fit M. de Bracy.

Un domestique parut.

Il apportait une lettre sur un plateau d'argent.

Maxime étendait la main pour prendre cette lettre.

Mais le domestique se dirigea vers René.

— Pour moi ?,.. — demanda ce dernier avec étonnement.

' — Oui, monsieur le baron, — répondit le valet.

René regarda l'adresse du billet qu'on lui présentait.

L'écriture lui en était inconnue.

La suscription portait ces mots :

« A mocieu, mocieu le barron Renne de Çavenetj chez son hami^ mocieu le compte de Braci, rue Tétebou, »

Et un peu plus bas, ces deux mots ;

« Equecessecivemen praicé. »

Le tout, bien entendu, avec l'orthographe de haute fantaisie dont nous venons de reproduire un échantillon.

René se mit à rire.

— Comment se fait-il que celte lettre vienne me chercher ici? — demanda-t-il avant d'avoir rompu le cachet de l'enveloppe.

— C'est le domestique de monsieur le baron qui vient de l'apporter de l'hôtel des Princes.

— Fort bien.

— Le domestique de M. le baron attend la réponse.

— Je la lui donnerai dans cinq minutes, soit écrite, soit de vive voix...

Le valet sortit.

— Vous permettez que je lise?,.. — II. 19

demanda René à Maxime en décachetant la lettre.

— Combien de fois, mon enfant, faudra-t-il donc vous répéter que vous êtes ici chez vous?... — dit M. de Bracy.

René parcourut vivement le billet qu'il venait de recevoir.

Ensuite il le tendit à Maxime.

Voici ce billet :

« Renne,

» Si ma laitre ne vous trou ve pa hUe vôtre liamiy je croire que vous aite un nain gras^ un vol âge, un tronc peur a beau mine able!.., — care vous cerié ché-z'-une rival!.,.

n Vous avé (longue oubli é, Renné^ que vous me mainié diné ce çoir, 6 fraire Provan sot?. . .

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» Votre daume es tic vous dirat le raiste,

• Si tu. n'ai pas mon n^ miSy si tu fn'ai fi d'elle, je f aime y ci non, non !...

» Ta Blondim fi d'elle, »

— Diable!... — fit Maxime en souriàiit, — cette chère Blondine dame le pion à l'illustre M. Marie, inventeur de l'orthographe naturelle ou l'art d'écrire les mots comme onl es prononce !...

— Comprenez- vous ? — demanda Rénè.

— Pas trop.

— « Voire daume es tic vous dirat le raiste ! » — m'écrit Blondine, — si j'interrogeais mon domestique ?

— Excellente idée !. . .

Maxime frappa sur un timbre.

— Envoyez ici le valet de chambre de

,\\'>;v, - cOA

monsieur de Savenay, - — dit-il au valet qui se présenta.

Au bout d'une minute le vieux serviteur qui devait être l'intendant de René, quand ce dernier aurait monté sa maison, entra dans le fumoir.

C'était un homme de soixante ans environ, — au visage et à la tournure respectables. ^

Nous savons déjà qu'il avait été investi de la confiance de feu le baron de

Savenay et qu'il accompagnait René dans ses voyages.

Il se nommait Jérôme.

Malgré son expérience et ses fréquent??

rapports avec le monde, Jérôme était resté provincial dans toute la force du terme. ^

11 ne comprenait rien à la vie de Paris, ni surtout aux façons d'agir de certaines Parisiennes.

— Eh bien, Jérôme , — lui demanda René, — qu'y a-t-il donc, et que signifie celte lettre?...

Le vieux serviteur commença par lever les yeux et les mains vers le ciel.

28^ LiiS yivfciJRS

Puis il répondit :

— II y a, monsieur le baron, que cette dame est revenue!..

— Quelle dame? — dit le jeune homme qui s'amusait des réticences et des indignations de Jérôme.

— Cette petite dame qui a forcé ma consigne hier matin et qui a absolument voulu voir monsieur le baron qui dormain; — même que pour effaroucher sa pudeur, si elle en avait été susceptible, je lui ai dit que monsieur le b^aron étaiç ^x\r core au lit, et qu'elle m'a répondu : — Raison de plus l...

El, tout (en répétant ce\\e énori]pitp, Jçl-

rôme se voila pudiquement le visage avec ses deux mains.

— Et, ensuite ? — fit René.

— Elle est entrée dans l'appartement comme un ouragan, et elle a depiapdé monsieur le baron...

— Tu as dit que j'étais sorti?...

— Sans doute, puisque c'était vrai. — Elle m'a soutenu que je mentais et elle m'a appelé, vieux... vieux...

— Vieux, quoi ? — demanda René.

— Ah!... je me souviens maintenant du mot, — elle m'a appelé, vieux cuisire !... — Cette injure m'a été fort sensible

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et pour me justifier j'ai ajouté que monsieur le baron devait être chez son ami monsieur le comte de Bracy. — Alors elle a pris du papier, de l'encre et une plume et elle a écrit quelque chose ; — puis elle m'a donné ce billet en me disant que si je ne vous le portais pas à l'instant même elle allait tout briser dans l'appartement ! — Oh ! c'est une petite dame bien aimable!... — Alors, et pour éviter le dégât, je me suis mis en route et me voici...

— • Est-ce bien tout, Jérôme?...

— Ah ! cette dame a dit encore que monsieur le baron n'oublie pas de prendre pour ce soir une loge au théâtre du Palais-Royal...

— Et, OÙ est en ce moment cette da^ mey comme tu la nommes?...

— Elle est dans l'appartement de monsieur le baron.

— Qu'y fait-elle?

— Elle attend la réponse en fumant des

cigares qu'elle a trouvés dans une malle

de monsieur le baron, car elle est comme

les chats, cette petite dame, elle fouille

partout et elle met tout sens dessus des-

« sous. . .

René se tourna vers Maxime.

— Que me conseillez-vous? — lui démanda-t-il.

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— Pafdieu ! d'aller retrouver Blondine ! — Si vop^ la faiçjie?. att^pdrç elle serait capable de vous casser quelque glace de mille écus et ce serait une sotte manière de dépenser voire argent!..

— Ah ça ! mais elle est donc méchante, décidément, cette petite?..

— Pas le moins du monde !.... — elle est nerveuse, voilà tout.

— Et votre récit?..

— Nous Tinterromperons pour aujourd'hui, mon cher enfant, et je vous dirai tout simplement comme les romans feuilletons : la suite à demain,^ — car demain, songez-y, nous dînerons ensem|>le.

Dli PAFllS. 291

Les deux hommes se serrèrent la main.

Puis René reprit le chemin de l'hôtel des Princes où l'attendait Blondine qui lui fit une scène parce qu'il avait oublié la loge du Palais-Royal.

Il la mena au Vaudeville et la paix fut signée.

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Le retour

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