‹ Les viveurs de Paris (volume 5)Chapitre 2 sur 23 · LB LENDEMAIN · texte numérisé non relu

LB LENDEMAIN

Ceux de nos lecteurs qui vivent en j)rovince et qui n'ont jamais connu que les saintes affections de la famille et les joies pures et douces du foyer domestique, ne doivent ajouter foi qu'avec peine à l'exac-

titude des mœurs étranges que nous mettons en scène et à la parfaite ressemblance des portraits que nous esquissons.

Qu'il nous soit permis d'aller au-devant de ces doutes, et d'emprunter à l'un de nos derniers romans (/es Oiseaux de nuit) quelques lignes de justification.

Peut-être nous accuse-t-on, — disionsnous, — de ne peindre du monde que ses mauvais côtés et de charger notre palette de couleurs attristantes pour le regard et blessantes pour la pensée.

Ce reproche serait injuste.

Malheureusement !•••

Nous disons : — Malheureusement] et nous le disons à dessein.

Nous ferions en eûet bien bon marché de noire amour-propre de peintre de mœurs , si quelqu'un parvenait à nous prouver que nous calomnions la société moderne et qu'elle est meilleure en réalité que nous ne la représentons dans nos livres.

Mais il n'en est point ainsi,

A défaut des qualités de style et d'intérêt qui nous manquent peut-être, nous possédons du moins l'incontestable mérite de voir beaucoup et de voir juste.

Tous les personnages qui peuplent no-

tre œuvre , — ( fourmilière de Lilliputiens si l'on veut) — ont posé devant nous, et ce ne sont point des masques que nous

crayonnons, ce sont des visages.

Les héros de nos romans sont microscopiques, soit, mais ils sont vivants.

On nous a bien souvent attaqué.

Nous ne nous sommes jamais défendu.

A quoi bon ?

Mais, pl'js d'une fois, les faits sont venus nous donner raison, à la barbe et à la moustache de nos détracteurs.

Ainsi, quand j'ai publié les Chevaliers de Lansquenet^ quen'a-t-on pas dit?...

On a prétendu que jamais, au grand jamais, les salons de Paris n'avaient ouvert leurs portes à toute une bande de flibustiers, gentilshommes de contrebande péchant en eau trouble sur les tapis verts les plus aristocratiques, et prenant à la glu de leurs manœuvres habiles toutes sortes de fils de famille, naïfs et bien rentes.

Et voilà que peu de jours avant le coup de tonnerre de 1848, au moment où les dernières feuilles des Chevaliers du Lansquenet sortaient, humides encore, des rouleaux de la presse , un aide-de-camp de prince royal était pris à Chantilly, les mains pleinés de cartes biseautées et les poches gonflées d'or mal acquis, et voilà que de scan-

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daleux procès venaient dérouler devant la police correctionnelle et devant la Cour d'assises des scènes qui semblaient être des chapitres empruntés à notre roman à peine éclos.

N'a-t-on pas prétendu , n'a-t-on pas écrit, au sujet des Pécheresses^ — [Pivoi" ne ^Mignonne — Brelan de dames ^ etc..) — que j'avais entrepris la réhabilitation de la femme galante ?...

Et pourtant. Dieu le sait, si nous sommes miséricordieux pour la pauvre créature dont l'amour cause la chute, personne ne professe pour la femme qui se vend plus de mépris et moins d'indulgence !.••

N'a-t-on pas dit, n'a-t-on pas imprimé que le Baron de Mauberty l'un (des sombres héros des Confessions dUin Bohême, du vi" comte Raphaël et aussi des Oiseaux de nuit était un personnage de pure invention et que les moyens d'action par lesquels il retenait sous sa dépendance Raphaël , son pupille, n'avaient ni précédents ni analogie dans la vie réelle.

Et voici que la veille du jour où je faisais représenter au théâtre de la Porte-Saînt- Martin un drame tiré des Confessions d'un Bohême et dont Maubert était le principal personnage {le vol à la Duchesse)^ des faits complètement identiques se dénouaient devant la Cour d'assises d'une ville depro-

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vince, et Théophile Gautier, le poète critique qui puise dans son talent incontesta-

ble et incontesté une rare bienveillance à Tendroit de toute œuvre étudiée consciencieusement , en faisait la remarque dans le feuilleton de la Presse.

Ce dont je le remercie ici, de tout mon cœur.

Bref, nous ne calomnions personne.

Nous regardons autour de nous et nous écrivons ensuite.

Ce n'est pas notre faute, après tout, sî la société est gangrenée jusqu'à la moelle des os.

Ce n'est pas notre faute si Paris est une ville infâme !

Ce n'est pas notre faute si avec l'argent on achète tout , même les consciences, même l'honneur, même l'amour !

Ce n'jBst pas notre faute si le» mères vendent leurs filles !

Ce n'est par notre faute si la loi permet au mari de faire enregistrer sa femme sur les listes immondes de la prostitution et de s'enrichir des revenus de ce honteux trafic !...

O Paris, terrestre enfer, ville de toutes les débauches et de toutes les hontes, le feu du ciel un jour fera de toi ce qu'il a fait jadis de Gomorrhe et de Sodome!...

Et ce sera justice !...

Et Ton sèmera du sel sur la place où fut Paris!

Ceci étant dît pour la satisfaction de nos lecteurs, et surtout pour l'acquit de notre conscience, reprenons notre récit.

Le souper dont nous avons rapporté les incidents relatifs à nos principaux personnages, arriva à sa fin.

DE PARTS. al

L'ivresse de René était profonde, et par conséquent son sommeil était lourd.

Nous savons déjà que Maxime avait donné l'ordre à son cocher de ne point venir le prendre.

Il envoya Tun des domestiques d^Albine chercher un de ces coupés de louage qui stationnent jusqu'au matin devant la porte du café Foy ou devant celle de la maison d'Or.

Ensuite, et à grand'peine, il réveilla Réné, qu'il emmena, ou plutôt qu'il emporta, jusqu'au véhicule qui les attendait.

Il l'installa dans le coupé, — il y prit II. h

hû

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place à côté de lui et il enjoignit au cocher de toucher à Thôtel des Princes.

C'est là, nous l'avons déjà dit, que monsieur dç Savenay était descendu en arrivant à Paris.

Grâce aux soins empressés de deux des domestiques de l'hôtel, et sous la surveillance de Maxime, René fut déshabillé et roulé entre les draps de toile fine d'un excellent lit.

Maxime recommanda de lui préparer pour l'heure de son réveil une légère infusion de fleurs de tilleul.

Elnsuile il regagna la rue Taitbout et il

se coucha vers les six heures et demie du matin.

Son sçjininçil dura jusqu'à deux heures de l'après midi.

Alors il envoya son valet de chambre prendre des nouvelles de René.

Le jeune homme allait bien, car il était sorti.

Et, chose singulière, il n'était point sorti seul mais en compagnie d'une très-jeune et très-jolie femme, laquelle avait fort insisté pour arriver jusqu'à lui et pour triompher de la résistance du vieux valet de chambre de René qui ne voulait point qu'axi réveillât son maître.

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