‹ Les viveurs de Paris (volume 5)Chapitre 3 sur 23 · M LES VIVEURS · texte numérisé non relu

M LES VIVEURS

— Quelle peut être cette femme? — se demanda Maxime.

Puis, au bout de trois minutes de réflexion, il se répondit :

— C'est Blondette !... — La chère enfant peut se vanter de n'avoir pas perdu une minute!... il faut qu'elle soit bien amoureuse de René, ou qu'elle ait terriblement besoin d'argent!...

Maxime ne se trompait pas.

C'était bien Blondette en effet.

Au milieu des épanchements du souper monsieur de Savenay avait donné son adresse à sa gentille voisine, et la jeune

pécheresse s'était décidée à lui rendre dès le lendemain une visite matinale, dans le but avoué de ne point laisser perdre pendant le jour le terrain qu'elle avait conquis, la nuit précédente, dans l'esprit et dans le cœur de René.

Nous ne saurions indiquer l'endroit où la folle enfant et le roué en herbe s'envolèrent, — nous ignorons quel fut le nid choisi par eux pour y cacher leurs promptes et fugitives amours, — toujours est-il que René ne parut, ce jour-là, ni à l'hôtel des Princes, ni à l'appartement de la rue Taitbout.

Le matin, — car il ne rentra que le lendemain malin à son domicile provi-

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soire, — monsieur de Savenay trouva un billet de Maxime.

Ce billet avait été apporté la veille au soir.

Voici ce qu'il contenait :

€ Si nulle autre occupation plus agréable ne vous retient, mon cher René, et si vous ne craignez point l'ennui de deux heures de tête-à-tête avec moi venez, demain matin, partager mon modeste déjeuner de garçon.

> A un homme de mon âge je parlerais d'un certain vin de Beaune de l'année de la comète et de quelques vieux flacons du

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cru de Johannisberg, que monsieur de Metternich m'a fait, jadis, l'honneur de m'adresser. — Mais vous êtes trop jeune pour être gourmet.

ï Aussi je vous dirai tout bonnement : •—II y aura une bonne et franche amitié, — peut-être un peu de morale — et des cigares de la Havane, — très-secs.

» Je vous attendrai jusqu'à onze heures. » Bien à vous,

p Maxime de Bracy* i

René regarda sa montre.

Elle indiquait dix heures cinq minutes*

II se hâta de faire sa toilette et il courut à la rue ïaitbout.

Onze heures sonnaient au moment où

il échangeait une poignée de mam avec Maxime.

— Vous avez profité de mes conseils d'avant-hier soir, mon cher René, — lui dit ce dernier en riant, — vous voici exact comme un créancier, car rien n'est plus exact qu'un créancier, du moins à ce que prétendent ceux de mes amis qui en ont...

— Ne me complimentez pas trop, monsieur le comte, — fit René, — j'ai bien failli ne point venir...

— Pourquoi donc?»..

— Parce que votre billet ne m'a été remis qu'il y a trois-quarts d'heure...

— Si j'avais su l'adresse de Blondelte, — répondit Maxime^ — vous auriez reçu ce billet hier au soir. . .

René devint écarlate.

— Pourquoi diable rougissez - vous , mon cher enfant ? — reprit le comte, — Blondette est une fort jolie fille à laquelle je sais bon gré de ne vous avoir point fait languir... — il faudra vous montrer libéral avec cette petite qui aura été votre première distraction dans Paris... — je sais d'ailleurs, de science certaine, que la pauvre enfant n'est point heureuse et

qu'une centaine de louis lui seraient trè$agréablesé.i

— C'est fait, — répondit René, - et sayez-vous, monsieur le comte, que cette chère fille a l'air de m'aimer beaucoup!...

— Qui en doute ?. . . — demanda Maxiuie,

— à Theure qu'il est, elle doit être folle de vous et je ne serais nullement surpris qu'elle vous aimât quinze grands jours...

— Tant que cela !.. — s'écria René en riant.

— Mon Dieu, oui, — tout autant !...

— Blondette est une héroïne de constance et elle a déjà donné plusieurs exemples d'une fidélité aussi surprenante.

Les dernières paroles de Maxime produisirent évidemment sur René une impression désagréable.

Monsieur de Bracy s'en aperçut et il changea aussitôt de conversation.

— Avez- vous faim ? — demanda-t-il.

— Je crois que oui, — répondit René.

— Eh ! bien, allons nous mettre à table car le déjeuner est prêt, et voici qu'on nous ouvre les portes de la salle à manger.

La morale de Maxime.

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