‹ Les viveurs de ParisChapitre 12 sur 38 · JR BOI DB IK MODE · texte numérisé non relu

JR BOI DB IK MODE

comprenait rien à là vie de Paris, ni surtout aux façons d'agîr de certaines Pârîsienrtes..

— Èh Bien, JérôtDe, — lui demanda Rérië, — qu'y t-t-îldoiic, et qtie signîfiô cette lettre?

Le tieux éerviteup coranlençâ par lever les yeux et les mains vers le ciel.

Puis il répondit :

—'Il y a, Monsieur le baron, que celle dame est revenue!..

— Quelle dame? — dît le jeune homme, qui s'amusait des réticences et des indignations de Jérôme.

— Cette petite dame qui a forcé ma cûnsigae hier matin et qui a absolument voulu voir Monsieur le baron qui dormait ; — métne que. pour effaroucher sa pudeur, si eUe en avait été susceptible, je lui ai dit que monsieur le baron était encore au lit, et qu'elle m*a répondu : — Raison de plus !

Et, tout en répétant cette énormité, Jérôme se voila pudiquement le visage avec ses deux mainâ.

— Et ensuite ? — fit René.

— Elle est entrée dans l'appartement comme un ouragan, et elle a demandé monsieur le baron...

— Tu as dit que j'étais sorti?..

— Sans doute, puisque c'était vrai. — Elle m'a soutenu que je mentais et elle m'a appelé, vieux... vieux...

— Vieux quoi ? — demanda René.

— Abl.. je me souviens maintenant du mol, — elle ma appelé vieux cuistre! . — Cette injure m'a élé fort sensible, et pour me justifier j*ai ajouté que monsieur le baron devait être chez son ami monsieur

SIS LES VIVEUftS DE fkm*

le comte de Braçy. — Alors elle a pris du. papier, de réncre et une plume, et elle a écrit quelque chose; — puis elle m'a donné ce billet en me disant que si je ne vous le portais pas à l'instant même elle allait tout briser dans l'appartementl — Oh I c'est une petite dame bien aimable I.. — Alors, et pour éviter le dég&t, je me suis mis en route et me voici...

— Est-ce bien tout, Jérôme?..

— Ah ! cette dame a dit encore que Monsieur le baron n'oublie pas de prendre pour ce soir une loge au théâtre du Palais-Royal...

— Et où est en ce moment cette dame, comme tu la nommes?

— Elle est dans l'appartement de monsieur le baron.

— Qu'y fait-elle ?

— Elle attend la réponse en fumant des cigarres qu'elle a trouvés dans une malle de monsieur le baron, car elle est comme les chats, cette petite dame, elle fouille partout et elle met tout sens dessus dessous...

René, se tournant alors vers Maxime.

— Que me conseillez-vous ? — lui demanda-t-il.

— Pardieu ! d'aller retrouver Blondine 1 — Si vous la faisiez attendre, elle' serait capable de vous casser quelque glace de mille écus et ce serait une sotte manière de dépenser votre argent !..

— Ah ça! mais, elle est donc méchante, décidément, cette petileT

— Pas le moins du monde !.. — elle est nerveuse, voilà tout.

— Et votre récit?..

Vr roi bE LÀ ItODfi. SI 3

— Nous rîQterromprons pour aujourd'hui, mon cher enfant, et je vous dirai tout simplement, comme les romans feuilletons : lu suite à demain^ — car demaio, songes-y, nous dînerons ensemble.

Les deux hommes se serrèrent la main. Puis René reprit le chemin de rbôlel des Princes, où l'attendait Blondine qui lai fit une scène parce qu'il avait oublié la loge du Palais-Royal.

Il la mena au Vaudeville et la paix fut signée.

Le recoar.

Maxime et René se retrouvèrent le lendemain soir, ainsi que cela avait été convenu.

M. de Bracy reprit dans les termes suivants son récit interrompu la veille d'une façon si brusque par l'arrivée intempestive du billet de Biondine :

j» A mesure que je m'éloignais de la demeure de madame Simon, — dit-il, — il me semblait que mon cœur se séparait de moi pour rester en ces lieux où le retenait l'amour, et qu'il ne laissait dans ma poitrine qu'une plac« vide et douloureuse...

> J'arrivai à Bracy. J'y arrivai malade d'esprit et de corps, brisé et désespéré. Une tristesse surhumaine, un découragement profond s'emparèrent de moi. Toute mon énergie morale avait disparu, —je ne cKerchais même point à lutter contre ces dispositions fatales, — je me laissais abattre, sans opposer la moindre régis* tance à l'invisible ennemi qui me dominait.

• ON ROI 0£ LA HUDB. ' 2l5

» La fièvre se déclara. Je me mis aa lit et en quelqaes jours le mal fit des progrès si rapides, que Je médecin qui me donnait ses soins perdit Tespoir de me sauver. Cependant, grâce à ma jeunesse et à la force de ma constitution, cette prévision ne se réalisa point. Quinze jours se passèrent, quinze jours d*ago* nie, pendant lesquels je voyais passer sans cesse les visions de mon délire, les figures entrelacées de Mar* guérite et de Marie.

» Au bout de ce temps, mi beau matin, au lieu de m*endormir du sommeil de la mort, je me réveillai convalescent. Peu à peu la sauté me revint, mais non la paix de Fâme. Je ne vécus plus, — je végétai.

» Mon tfaâteau me sembla sombre el désert, -^ Texistenee solitaire et désolée que j*y menais me parat lugubre. Tout ce qui mes plaisait auparavant me devint odieux, mes distractions et mes plaisirs d'autrefois me furent à charge. Mes cUiens languirent dans leurs chenils, — mes chevaux dans mes écuries, et, plus d*uiie fois, je me souvins de ces deux ver» que dans la Phèdre de Pradon Hippolyte adresse à Aricie :

« Bepuis que je vous vois j'abandonae la chasse,

» Ou, si j*y vaiâ, ce D*est que pour peuser à vous !.. •

» Seulement, moius heureux que le jeune Hippolyte, moi je ne chassais plus du tout et je ne voyais jamais les obj<^ts de moa double amour.

» Le priateoips arriva. Vous savez qu*à cette époque de Tanuée, où la nature se rajeuuit et se transforme, — où la sève, circulant dans les jeunes pousses, éclate eu puissantes végétations, — où la brise court, tiède et parfumée, sur les campagnes qui verdoycut

346 LES TITEUnS DE PARU.

-^ OÙ les oiseaux préludent par de tendres chansons à lears accouplements amoureux, — des flammes inconnues amollissent les cœurs les plus durs, et la nature, par toutes ses voix, donne à Thomme l'ordre d'aimer.

» Hélas I.. je n'avais pas besoin d'obéir J'aimais d'avance et je n'aimais que trop l Seulement, quand ces ardeurs nouvelles se joignirent aux feux qui me brûlaient déjà, toutes les résolutions que j*avais formées et dans lesquelles j'avais eu la force de persévérer jusque-là, malgré les souffrances que me causait ee^courage, fondirent comme de la cire sous les rayonnements d'un brasier. Je me sentis dominé par une invincible fascination. La maison de madame Simon exerçait sur moi cette attraction puissante que le pôle nord exerce sur l'aiguille aimantée de la boussole.

» Je compils que toute résistance serait vaine. Il fallait céder à cette irrésistible impulsion, — ou monrir. Mais les cœurs que l'amour domine spnt sans oourage devant la mort. Je partis.

» Ce n'est pas un livre que j'écris, René, — c'est une histoire que je raconte, et cette histoire c'est la fflieune.. . Je ne me suis poin donné la mission de disséquer pour vous les libres humains et de vous faire assister à l'analyse de^mon cœur... Sans cela je vous parlerais pendant tout un jour des sensations étranges et multiples qui s'éveillèrent en moi au moment où j'aperçus de loin, à travers une éclaircie de la forêt de sapins dans laquelle j'étais engagé, le toit agreste et les blanches murailles de la maisonnette de madame Simon.

OH ROI t>E LA MÔM M

» Mais, à quoi bon?.. Je vous dois un récit et non point un cours complet de psychologie et de philosophie analytique. Qu'il vous suffise de savoir qu*une joie immense, mêlée d'un peu de frayeur et de beaucoup de remords, inondait mon âme en ce moment.

» L'humble demeure où tendaient mes pas avait bien changé d'aspect, depuis le jour où j'en étais sorti, si faible encore et si souffrant. De sombre et presque terrible qu'il semblait alors, ie paysage était devenu doux et gracieux. Au lieu' de l'immense tapis de neige sur lequel tranchait d'une façon lugubre la noire verdure des sapins, des gazons d'une nuance d'émeraude s'étendaient comme un lit de mousse jusqu'à la Dent" dU'Chien qui avait perdu son cachet de sauvage horreur et ne formait plus qu'un état pittoresque dans le paysage.

» Je m'arrêtai peu, du reste ^ à contempler ces beautés d'une nature vierge et grandiose. Ce n'est ni sur des rochers, ni sur des forêts, ni sur des horizons, que mes regards brûlaient de se fixer. Je hfttai le pas. En moins d'une demi-heure j'atteignis la demeure de madame Simon.

» J'avais le fusil sur l'épaule et je m'étais fait accompagner de deux chiens de chasse. Ces braves compagnons arrivèrent une ou deux minutes avant moi à la grille, et tout un dialogue d'aboiements sonores et de grognements sourds s'engagea entre eux et Fidèle qui, depuis l'intérieur du jardin, semblait disposé à les accueillir en ennemis.

» Je me montrai et la scène changea. Fidèle, avec cet instinct de sa race qui équivaut presque à une in-

î\% LES VtVËGftS Bfi PAMS.

tellîgence humaine, reconnut en moi ThAte de ses maîtresses, et ses hurlemenls de colère se changèrent aussitôt en cris de tendresse et de bonne réception

» J'ouvris la porte et je pénétrai dans la petite arenue qui conduisait au perron. Fidèle s'élança littéralement à mon <!ou, me lécha le visage et les mains, et m*accabla des témoignages de sa sympathie.

» Le croiriez-vous, René, j*eus la faiMesse de me figurer peudant un instant que la tendresse non équivoque de ce bi*ave et vigilant gardien provenait de ce qu'il avait dû entendre prononcer mon liom souvent et avec affection ! . Je jetai un coup d'œil circulaire autour du jardin. Il était désert. Je marchai droit à la maison et j'entrai.

» Bans le vestibule, je me trouvai face à face avec une jeune fille. C'était Marie. Elle me reconnut, ^elle poussa un faible cri et laissa échapper de ses moins un vase de grès rempli de lait frais et écumeux. Le vase se brisa et mes chiens se mirent à lécher avidement le liquide répandu sur le carreau.

» Marie était devenue très-pâle. Il me semblait qu'elle chancelait. Je me précipitai pour la soutenir, je la pris dans mes bras et, presque sans savoir ce que je faisais, je la pressai sur ma poitrine avec un mouvement passionné.

» La jeune fille se dégagea doucement de cette amoureuse étreinte. Ses yeux s*attacbèrent sur les miens avec une expression indéfinissable, et elle balbutia :

» — Vous, monsieur Maxime!., tous, id! .

» — Oui, ma chère Marie, moi-même...

Ija UOi DE LA ^lODB 2(9

^ — Est-ce po^oiWeî..

» — Maïs, sans doute... — Pourquoi vous en étonner aiusif,.

» — Je croyais que vous ne reviendriez jamais...

» — N'avais-je pas promis le contraire?..

» — C'est vrai,.. — dit Marie en secouant pensi- Temenl la tête.

» — Eh bien?..

» La jeune fille ne répondit pas d'abord.

» Un nuage.de tristesse passa sur son front, -r-r Ses loQgres paupières s'abaissèrent à demi sur ses granfjis yeux, puis elle dit :

> — Convoie ces dames vont être contente^ de vops

voirl..

» L'accent avjec lequel çe3 poroles furent prononcées, me frappa.

• — Et vous? — m'écriai-jie, — et vo^s, Marie, n'ea êles-vous pas contente aussi?..

» — Moi, monsic'jr Mâ,3^ime, — répondit-elle ^vec «ne évidente amertume, — oU! moi, est-ce que je compte? .

* Ce peu de mots fut pour nuHi esprit et pour'mon cœur une révélation toute entière. J^ compris q^^ Marie ip'aimait. Je devinai que durant ma longue aJb- S6nce il avait été question de qaoi bien souvent entre lës deux jeunes filles, — que Marie avait cru Ijredaus le cotur innocent ne Marguerite un amonv pareil nu ^&i>, et qu'elle s'était dit hun^bl^cpent que, si4ine semblable rivalité a'eng^geaijl eiUre elle et sa jeune maîtresse, elle serait vai^cu^ è çpup sûr, elle, la pauvre servante.

SâO us VtVBliRS l»fe 1»AR1S.

» A cette pensée, une sorte d'éblouîssement orgacilleux s'empara de moi. Être aimé tout à la fois de Marguerite et de Marie, c'était trop de 'bonheur!., c'était à ne pas y croire! .. Et pourtant, j'y croyais.

» La douce. Toix de Marie me tira de cette vision enchanteresse qui commençait à me bercer sur ses ailes d'or.

» — Monsieur Maxime, — me dit-elle, — voulezvous monter ?. .

» Je tressaillis comme au sortir d'un rêve.

» — Monter? — répétai-je sans trop savoir ce que je disais.

» — A moins que vous ne préfériez attendre au jardin...

» — Est-ce que ces dames sont en haut?..

» — Non, elles sont sorties.

» — Pour longtemps?

» — Pour une heure encore, peut-être .. — Mademoiselle Marguerite a accompagné sa mère à Téglise de Valleboy, à uue demi-lieue d'ici...

» — Alors, — répondis-je, — montons...

» — Vous savez le chemin du salon, — me dit Marie en s'effaçant pour me laisser passer.

» — Est-ce que vous ne venez pas avec moi?..

» — Comme vous voudrez. . — me répondit la jeune fille d'une voix tremblante.

« Et Marie me suivit, tandis que je montais lentement l'escalier en m'appuyant à la rampe, car il me semblait que j'étais redevenu faible comme aux jours déjà lointains où je m'étais trouvé dans cette maison pour la première fois.

Marier

— Le salon, -- poursuivit Maxime, — était cette même chambre dans laquelle, quelques mois auparavant, on m*avaU apporté presque mort. Il servait de chambre à coucher pour les hôtes bien rares que le hasard amenait de loin en loin chez madame Simon. U n'y avait rien de diangé dans Tameubiement de cette pièce, et cependant son aspect n'était plus le même qu'aux jours de Thiver précédent. G*est que, par les fenêtres largement ouvertes, un radieux soleil répandait à flots sa lumière et faisait resplendir les moindres objets dans une atmosphère rayonnante et dorée« Des chants d*oiseaux, doux et joyeux, et les parfums printaniers de la nature ressuscitée semblaient se réunir pour caresser à la fois tous les sens. Sur la cheminée, dans des vases de faïence grossière, d'énormes gerbes de fleurs attiraient et charmaient le regard par leurs couleurs vives et fratches. L*Ënfant Jésus de cire, dont

^lî L'S VIVEURS DE PARIS.

je vons ai déjà parlé, semblait sourire an milieu de ces bouquets charmauts qui lui faisaient une niche embaumée. Tout cela composait un tableau poétique et délicieux que je n'oublierai de ma vie.

• Je posai mon fusil dans un coin. — Je me débarrassai de ma carnassière et je m'assis près de la fenêtre Mes deux chiens étaient restés dans le jardin ou ils jouaient fort bruyamment avec Fidèle. De la place où je me trouvais je voyais la grille d'entrée et le sentier par lequel madame Simon et Mai^erite devaient revenir. Mon regar* parcourut ce sentier dans toute sa longueur. Aucun être vivant ne s'y montrait encore.

» Marie suivit la direction de ce regard, — elle comprit sans doute que ma pensée errait an loin, car elle me dit d'une voix douce et timide :

■ — Je tous l'ai déjà dit, monsieur Maxime, elles ne reviendront que dans une heure...

» Cette voix retentit dans mon cœur et Margoerile fut oubliée. Je levai les yeux. Marie était debout devant moi dans une attitude charmante d'embarras et d'indécision .

» En voyant mes yeux se lever sur elle, Marie avait baissé les siens. Elle semblait regarder avec une attention extrême le bout de son petit pied, qu'à eoup sûr elle ne voyait pas. Elle jouait distraitement arec l'une des nattes de ses longs cheveux noirs, si doux et si soyeux, qu'elle enroulait auteur de ses doigts

»» Ji la contemplai pendant quelques secondes avec »ne admiration muèl^. Def^uis son départ nnc Irans-

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formation véritable s*était opérc^e (fans sa beaulc. Sun merveilleux visage avait pris une expres?ioH nouvelle et que je ne lui connaissais pas encore ; — il s'était en qutîfque sorte idéalisé Une pâleur exquise et transparente avait remplacé le coloris un peu vif de ses jOHcs. Une teinte azurée marbrait délicatement le contour de ses paupières et semblaît déceler les ratages d'une pensée intérieure qui devait souvent chasser le soiriTnerl

> Je n'hésitai point à attribuer à l^amoor cette magnifique métamofphose, — el cet amour, jen'eti pouvais dodter, c'était moi qui Tavaif^ inspiré.

» Marie sentit que mon regard pesait sur elle et desceHdait jusqu'à son cœur. Une leinte rosée, qui bientAt devint écarlate, envahit son cou, puis ses joues, et atteignit par degrés le sommet de son front si pur.

» J'aurais voulu faire cesser cet embarras pudique que je causais et que je partageais. Mais, le moyen ? . Tétais presqu'aussi jeune que Marie et ma timidité égalait à peu près la sienne.

» L'expédient qui se présenta à mon esprit n'atteignit guère, ainsi que vous allez le voir, le but qu'il se proposait. Autour du joli cou de Marie j'aperçus un étroit rnban de velours noir dont l'extrémité se perdait dans son corsage.

» — Qu'est-ce doue que ce petit ruban, Marie ? — lui demandai -je toot à coup, croyant lui adresser amsi la question do monde la plus insignifiante.

• Marie releva vivement les yeux et porta la nvain à son cou.

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» — Ce raban î — murmura-t-elle.

» — Oui.

» La jeune fille ne répondit point et son embarras parut redoubler.

» Un sentiment jaloux, le premier que j'eusse ressenti» s'empara de moi. J'insistai.

» — Marie, — répétai-je, — ne voulez-vous donc pas me dire ce que c'est que ce ruban, et ce que vous y portez suspendu T..

» Peut-être le soupçon qui venait de me traverser le cœur éclata- t-il dans l'accent de ma voix. Toujours est-il que Marie s'écria aussitôt avec empressement, comme si je venais de lui donner un ordre impérieux :

» — Oh ! si, monsieur Maxime, je le veux, je le veux bien!..

I» Et en même temps ses doigts tirèrent du frais sanctuaire de sa gorgerette l'extrémité du ruban de velours. A ce ruban appendait une petite croix d'or... La même que j'avais détachée des breloques de ma montre pour la donner à la jeune fille en quittant la demeure de madame Simon.

» Une joie immense envahit tout mon être et éclata dans mes regards. Marie vit cette joie, — elle la partagea, — son visage devint radieux et ses yeux étincelèrent comme des diamants d*azur.

I» — Vous m'aviez dit, — mumura-t-elle, — vous m'aviez dit de la porter en souvenir de vous...

• Et, ce que je vous avais demandé, vous l'avez fait, Marie ,.

nr ttoi DU u uohiL tiS

» — Vous le Toyez, moasiear Maxime...

• — Vous pensez donc à moi, quelquefois?..

* — Oh! toujours !..

» Ces mois s'échappèrent du cœur de la jeune fille avant qu'elle eût eu le temps de 4es retenir. Elle comprit bien qu'elle venait de se trahir et sa confusion redoubla. Elle était belle, en ce moment, comme l'eût été la déesse de la Pudeur surprise par un indiscret en flagrant délit d'abandon.

» Un séducteur de profession n'eût point manqué de tirer un parti immédiat de la tendresse si peu déguisée de cette charmante fille. Mais, grâce au ciel, je n'étais point encore un de ces roués, aguerris par cent victoires, qui savent porter le désordre dans rame et dans les sens de leurs victimes, en conservant toujours le sang-froid nécessaire pour profiter du trouble et de l'ivresse qu'ils fon naître. Mon cœur battit, comme s'il voulait se briser, dans ma poitrine violemment émue*. Mes yeux se voilèrent et ma bouche resta muette Ce silence dura quelques minutes.

• > Plus il se prolongeait, plus il devenait embarrassant pour Marie comme pour moi. Qu'allait-il résulter de cette situation étrange qui jetait en quelque sorte dans les bras l'un de l'autre deux enfants remplis d'innocence et d'amour?.. Voilà ce que je ne saurais vous dire, car un incident inattendu vint changer le cours des pensées qui nous absorbaient. A cinquante pas à peu près de la porte du jardin, une mélodieuse voix de jeune fille, une voix de cristal si je puis ainsi parler, s'élevaltout à coup et chanta sur un air inconnu

iÈÙ mS TIVKCR5 Dfi PARIS.

la sti'ophc suivante, toute emprciitto d*une grâee primitive et d'une naïveté rusti(iue :

La terre se fait beUe, Le doux printemps est de retour !...

Revoici l'hirondelle, Compagne du premier beau jour!... *

Déjà vole Tabeilie Sur chaque fleur tour èi tour! ...

La terre se réveille, Le doux printemps est de retour!...

I» Je reconnus cette voix, sans avoir besoin d'interroger le sentier de la campagne par la fenêtre ouverte... En même temps, je regardai Marie. Son regard fixe exprimait une profonde et douloureuse angoisse. Une violente contraction nerveuse décomposait son beau visage dont la pâleur était devenue livide. Elle aussi, reconnaissait la voix et la chanson I — Elle aussi, devinait mon double amour et frissonnait comme une jeune lionne à l'approche de sa rivale ! .

» La chanteuse reprit, mais cette fois beaucoup plus près :

Salut, printemps que j*aime, Saison des parfums et des fleurs!

C*est le bon Dieu qui sème / Dans les airs tes douces senteurs.

C'est le bon Dieu lui-môme ^ Qui te peint de mille couleurs!...

Salut, printemps que j*aime.

Saison des parfums et des fleurs!...

» J'entendis qu'on ouvrait la porte du jardin. — La Yoix cQmmença une troisième strophe :

Déjà sous la feuillée, Se forment des nids pleins d*espoir..t

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