DM ROI DE LA MODE
chasteté naïve qui, malgré les baisers de Marie, restait encore au fond de mon âme.
• Il me fit rire de mes scrupules. Il me prouva que madame Simon était une femme adroite et rusée, spéculant sur mon inexpérience, et ayant résolu de faire de moi un mari pour sa fille. Il me fit considérer Margaerite comme la complice xle^ calculs et des intrigues de sa mère. Enfin il me démontra que M. Duprat, le fiancé prétendu de la jeune fille, devait être tout bonnement un comparse improvisé pour la circon^fance, et destiifé à figarèr dans celte comédie matrimoniale. Le rôle de ce futur époux avait pour but de me forcer à déclarer mon amour et à me poser en prétendant.
» Je ne saurais vous dire ce que je ressentis de honte et de colère en croyant découvrir que j'avais donné tête baissée dans tous ces pièges, comme un élourneau novice. Je résolus de me venger, en combattant par les mêmes armes dont on s*élait servi contre moi, et le chevalier m'exhorta vivement à ne pas retarder Texécution de ces projets de vengeance. Je n*y étais, hélas, que trop disposé!..
■ Philippe-Emmanuel passa trois jovrs à Bi'vcy. — Une heure après son départ, je me mettais en route de mon côté. — J'allais chez madame Simon.
Dm lettre taBltm<i
M. de Bracy oontinna.
— La »ûrée était déjà bien avancée, — dit^il, — quand j'atteignis la cabane de Jean Nîcod.
» Je ne Toulais point, à cette heure, me présenter chez madame Simon. Je passai la nuit dans Thumble maisonnette du bûcheron. Le lendemain, d'assez grand matin, je me remis en marche et j'arrivai au but de mon voyage.
Madame Simon était seule dans son jardin au moment ob je Cranchis la grille. Elle leva les yeux sur moi avec une telle expression d'étonnement, qu'on eût dit qu'elle ne me reconnaissait pas. Puis elle vint à ma rencontre et sa réception fut polie. Mais qu'il y avait loin àe cette politesse froide, contrainte, et en quelque sorte cérémonieuse, à raccneil affectueux et tendre auquel j'avais été accoutumé par elle !
» Non-seulement ma présence n'était point désirée,
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maia même elle semMait imnHirluQec. . Coei fessorlait ' évideninieDt de la contenaBce embarrassée de madame Siinon. Cette attitude^ qui s*aecordait si mal avec les odieux soupçons dont les paroles enYenimées. da chevalier de Villers avaient jeté le germe dans oion cœor, aurait dû m*éclairer. Il n'en fut rien. L'amour que je ressentais pour Marguerite et le dépit d*avoir été joué par la mère et par la fille attadiaient sur mes yeux le plus épais de tous les bandeaux.
• Mon parti était pris d'avance; Je m'étais promis de resta*. le iwstai donc,, malgré cette réception peu engageante. Je désirais me débarrasser de ma carnassière et de mon fusil. — Pour cela faire, je montai à la chambre que j'occupais habituellement.
» Dans l'escalier je rencontrai Marie
» — Ahl mon Dieu!*, — s'écria-l-elle en me Toyant, — ah ! mon Dieu !
» J^ voedus lui prendre Idi^main. Elle dégagea la siemie avec une sorte d*efi^oi^ et die s'éloigna en murmurant :
> — Vous êtes parti d'ici en y laissant la honte et la douleur I . . vous revenez pour y apporter le malheur et le désespoir!...
• Jeeherchai à la retenir; mais elle refusa de me répondre et elle disparut dans un corridor intérieur.
• Ces paroles m'attristèrent le eœur et résonnëreiU à mon oreille comme un présage de mauvais augure, — mais, je m'efforçai de chasser cette impressfon.nèv> faste et je redescendis au jardin pour y rejoindre ma^ dame Siqoon.
» La mère de Marguerite semblait soucieuse et elle
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absorbée dans une muette et sombre rèfei*ie. Eile avait cueilli quelques fleurs qu'elle tenait dans sa main, gauche et que sa Hïain droite effeuillait distraitement, sans que ses yeux suivissent dans leur vol tournoyant les pétales dispersés qui jonebaient le sol autour d'elle.
9 Le bruit deî mes pas la rappela à elle-même. Un douloureux sourire effleura ses lèvres, et elle prononça quelques phrases insignifiantes qui n'avaient de sens bien distineini^our moi ni pour elle-même. Je lui demandai des nouvelles de x\f argueritc, et je m'efforçai de-com«iaad«r à mon émotion pour empêcher ma voix de trembler en prononçant ce nom. Sans doute, je n'y parvins pas entièrement, car madame Simon attacha sur moi un regard fixe et investigateur qui ne dura que le quart d'une seconde, mais qui me pénétra jus^qu'au cœur.
» — Marguerite est très-*souffrante, -^ me répondit-elle ensuite d'un ton bref, — elle ne quitte poiat sa chambre depuis quelques jours.
» — Ahl mon Dieu!.. — m'écriai-je arec effroi^ — mais au moins j'espère qu'il n'y a pas de danger?
» — Je l'espère aussi, — répliqua madame Simon avec une sécheresse encore plus grande, qui me fit voir combien ce sujet de «onversation lui était pénible.
» Je n'en tpoctrsuivis pas moins :
» — Cette indisposition, — murmarai-je, — serait^elle assez grave pour retarder le mariage de roadeBraÂselie votre fiïle?
» Cette question parut surprendre celle à qui elle était ai essée.
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» — Qui sait, — murmura- t-elle endo, — qui sait si ce mariage se fera jamais I. .
• — Vous m'avez dit vous-même qu'il était convenu et que l'époque en était arrêtée.
» — C'est vrai, — je vous ai dit cela.
» — Eh bien?
» — Eh bieni tout est changé depuis lors.
• — Tout est changé {.. — répétai- je le cœur tremblant d'émotion. — - Gomment cela, Madame?
» Pour la seconde fois depuis le commencement de notre entretien, madame Simon attacha sur moi ce re^rd clair et scrutateur dont je vous ai déjà parlé.
> La fixité m'en parut insoutenable ; je baissai les yeux.
» — Marguerite refuse d'épouser monsieur Paul...
— dit alors madame Simon d'une voix lente. « — Elle refuse?
» — Oui.
• — Pourquoi?
» — Marguerite ne le dit point et je ne puis que le soupçonner.
• Ces derniers mots furent prononcés d'un air si glacial qu'il m'Ata l'envie de pousser plus loin mes interrogations. Fresque en même temps, d'ailleurs, Marie vint prévenir sa maîtresse que le déjeuner était prêt» Nous gagnâmes la salle à manger où je me trou*vai en tête-à-tête avec madame Simon. Soit que Marguerite fût réellement souffrante, — soit que sa mère lui eût donné l'ordre de se renfermer dans sa chambre,
— elle ne parut point.
» Le déjeuner s'acheva et je restai seul; madame
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Simon étak aUée rejokidre sa fille. Marie évitait, nonseulement de se trouver avec moi, mws eoeore de se reacontrer sur mon passage.
» Le manteau glacé de la tristesse et du découragement pesait de tout son poids sur mes épaules. — Les heures me semblaient éternelles. Déjà je songeais à quitter cette maison devenue si soudainement désolée et inhospitalière. Mon projet était de me retirer dans la cabane de Jean Nieod, et là, caché à tous les regards, d'attendre qu'une meillenre ©«^.casion se présen- Ut de mettre en pratique les conseils de Philippe-Emmanuel et de consommer la séduction de Marguerite.
B Je me promenais seul et pensif dans le jardin, quand il me sembla entendre du côté de la grille une sorte d'appel monotone ou plutôt un bruit résalunt du clapottemeot des lèvres et qui paraissait destiné à attirer Tattention. Je regardai machinalement. De l'autre côté de la grille, je vis un petit garçon qui portait le costume primitif et délabré des jeunes pâtres des montagnes.
» l\ me regardait fixement. Aussitôt qu'il s'aperçât que je l'avais remarqué, il me fit signe de venir à lui. Je supposai que c'était quelque mendiant du pays qui youlait faire appel à ma générosité, et,, tout en m'étpnnant de sa hardiesse familière et presque impudente, je lirai de ma poche deux ou trois pièces de monnaie afin de les lui donner en passant.
» Tiens, mon enfant, — lui dis-je quand je ne fus plus qu'à deux pas de lui, — prends ceci.
» Et je lui présentai l'argent que je tenais ; mais te jjettg^ garçon secoua la tôteel ne tendit pas sa main.