LES TIYBUHS DE PAR
river!.. — cherchons encorel.. cherchons mieux. — Ma sœur a disparu en même temps que la comtesse, — elles doivent être ensemble...
Tout au fond de la pièce dans laquelle se trouvaient en ce moment les jeunes gens, une large porte, for^ mée d'une glace sans tain, donnait accès dans une serre qui servait de boudoir.
Des arbres des tropiques ,et des plantes rares el précieuses remplissaient cette serre de leurs feuilUages larges et brillants, et de leurs fleurs aux teintes magiques qui ressemblaient à de grands papillons ou à des oiseaux merveilleux.
Messieurs de Chazelles, d'Audival et de Savenay se séparèrent de leurs amis et entrèrent dans ce petit palais de crisal.
Leur recherche fut couronnée d'un plein succès.
Les deux jeunes femmes se trouvaient en effet dans la serre, assises l'une à côté de Tautre sur un banc rustique, se serrant la main et se livrant, comme de vraies pensionnaires, à une causerie animée et joyeuse, coupée par de frais éclats de rire.
Ce groupe était charmant et digne d'appeler les regards et de fixer les pinceaux d'un grand artiste. |
Henriette; la sœur de monsieur d'Audival, mariée depuis quelques mois au vicomte de Luzy, était une jeune femme de. dix-neuf ans, brune et colorée, avec des cheveux noirs à reflets brillants et des yeux d'Espagnole.
Son origine méridionale se trahissait dans la sonorité de sa voix et de son rire, et dans la désinvolture haidie de sa taille ronde et souple qu'emprisonnait le
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anc sur lequel étaient assises madame de Luzy et la 3fiitesse de Groï.
Les deux amies se croyaient bien seules, bien iso- ^s, et causaient à cœur ouvert.
— Ainsi, — disait Henriette, — ainsi, tu es beuense?..
— A ce point, — répondait Berthe, — que je nie emande' parfois, tant mon bonheur est grand, si ce ^nheur n*est pas un rêve et si je ne vais pas m*éveiler...
— Tu aimes ton mari?..
— Qui ne l'aimerait!..
— Est-ce qu'il est bien beau?..
— Je croyais que tu l'avais vu tout à l'heure, quand nous sommes arrivées...
— J'aurais pu le voir sans doute, mais, dans ma joie de te retrouver, je n'ai regardé que toi, et je répète ma question...
— Tu me demandes s'il est beau?..
— Oui.
— Eh bien, je ne peux pas te répondre...
— Pourquoi?
— Parce que je ne le sais pas moi-même.. . — Peutêtre que mon cœur se trompe et que mes yeux se trompent aussi... *— Tout ce que je sais, c'est que je l'aime, et qu'il n'y a rien au monde qui, selon moi, lui puisse être comparé I . .
— Oh! s'écria Henriette, — quel enthousiasme I . .
— Ce n'est pas de l'enthousiasme, — ^répliqua Berthe vivement, — c'est de l'adoration, d'est du respect, c'est une tendresse infinie et profonde!.. — Si tu connaissais mon Henri, — si tu savais comme il est noble et bon !.. -^ Mais tu le connaîtras, tu le jugeras, et tu l'aimeras!,.
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— Dis tout de suite que c*esl le phénix !..
— Mais, oui vraiment, je le dis, et bkn volontiers eneore!.. — fit BerCbe avec m rire frais et doai ; — seulement, je désire que Ton ne fasse pas sur lui l'expérience du bûcher, parce que, j'en ai peur, il ne renaîtrait pas de sa cendre, et je tiens à le conserver l..
— Ëtait-ce un mariage d'ifielination que le tien! ..
— Non. — C'était tout bonnement un mariage de convenance. — Trois mois après ta sortie du couvent, mon père est arrivé pour me chercher; — il m'a emmenée à sa terre de Nolay, qui est fort voisine du château de Croï, et, un beau jour, Henri est venu dîner avec nous. — Après son départ, mon père m'a demandé comment je le trouvais...
— Qu'as- tu répondu?
— J'ai répondu que je ne le trouvais /li bien ni mal, et qu'à vrai dire je n'avais pas fait grande attention à lui...
— Voilà une belle passion qui débutait d'une façon un peu tiède !..
— Mon père me dit alors que monsieur de Croï reviendrait le jour suivant; il m'engagea à le regarder plus que la veille, à causer avec lui, et, enfin, à me former sur sou compte une opiuiou quelconque...
— Ce que lu fisf..
— Ce que, du moins, je tâchai de faire.
— Et quelle fut cette opinion?
— C'est justement la question que me posa mon père le lendemain, et ma réponse fut bien simple. — Monsieur de Croï me paraissait un jeune homme d*one apparence agréable, d'uft esprit cultivé, d'une politesse exqu4se, enfin, je n'en pouvais penser et je n'en pouvais dire que du bien...
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• — De telle sorte, — fit alors mon père, — que tu répouserais volontiers ?..
» Je ne m'attendais guère à entendre brusquement parler de mariage.
» Je restai stupéfaite.
» Mon père se mit à rire.
,> — Allons,— reprit-il,— du courage, mon enfant, un oui ou un jion. — Je désire vivement avoir Henri de Groi pour gendre ; mais il s'agit de ton bonheur, et je te laisse toute liberté dans ta décision. — Seulement, il faut te bâter. — Notre jeune voisin te trouve si charmante et tu as produit sur lui une telle impression, qu'il serait dangereax pour son repos qu'il continuât ii venir nous voir si tu ne veux pas lui donner quelque espérance. — Tu comprends cela, n'est-ce pas?.. — Tu es une bonne fille, point coquette, point romanesque et pleine de bon sens. — Tu as toute confiance en moi, tu sais quels sont mes désirs, et rien ne t'empêche de te décider sur-le-champ...
9 L'idée que quelqu'un était amoureux de moi, ainsi que mon père venait de me le dire,- me troubla singulièrement.
» Je sentis que je devenais rouge jusqu'au blanc des yeux, — je restai muette, je dus avoir l'air fort sotte.
» Mon père se mit à rire de nouveau.
» Il m'embrassa sur le front, et il ajouta :
• — Je te donne une demi-heure. — Pendant ce temps, je vais écrire deux billets, adressés tous les deux à Henri. — Dans l'un, je lui dirai q\\p nous l'attendons demain matin pour déjeuner; — dans l'autre, je lui annoncerai notre départ imoiédiat pour la Suisse, en ajoutant que ce départ nous privera du plaisir de' le revoir avant quelques mois. — Mon piqueur va se tenir prêt à monter à cheval, et dans une demi-heure,