LIS TITBDR3 BB PARIS
— Parbleu I . — D'ailleurs, je ne vous ai pas dît que Camille fût mauvaise, — je vous ai dit qu'elle était nulle... — SMl n*y a pas lieu de Tapplaudir, il n'y a pas lieu non plus de la siffler. — Et puis, quand elle joue, les trois quarts et demi des stalles d'orchestre sont occupées par ses bons amis les représentants, et le foyer du théâtre devient, ces soirs-là, une succursale de la salie des Pas^Perdus au Palais-Législatif .. — Vous me demandiez tout à l'heure si Camille avait du talent?.. — Dans le cas où le hasard -lui en aurait donné jadis, il serait, à l'heure qu'il est, étonfié complètement., — l'actrice n'existe plus chez Camille, elle a fait place à la femme entretenue. — Camille calcule à merveille que le théâtre lui fait gagner cent écus par mois et que Tamour lui en rapporte dix fois autant — Si elle ne quitte pas son métier, c'est que la scène lui sert de piédestal, mais elle traite l'art et le public par dessous jambe, elle manque volontiers une répétition si quelque steeple-chase la réclame, et elle fait faire relâche le mieux du monde pour assister à une première représentation. — Du reste, peu d'esprit, pas de cœur, beaucoup de rouerie et des sens de neige mal fondue. — Voilà Camille. — Maintenant^ croyez si vous voulez toutes les promesses de son regard...
> — Savez-vous bien, mon cher comte, que vos portraits ne sont pas flattés, — dit René en souriant.
— Ils sont vrais comme la vérité, — répondit Maxime.— Ce n'est pas ma faute si la vérité est laide!. .
— Que diraient ces dames en vous entendant?..
— Elles accuseraient ma galanterie, mais non ma
tm KÔI 0E là MOlll* 445
franchise. — Elles savent que je dis tont ce que je pense, et, jnalgré eela, je vous assure qu'elles m'aiment beaucoup...
— • C'est qu'alors elles valent mieux que vous ne dites...
-~ Non, c'est qu'elles se soucient peu de l'opinion qa*on peut avoir d'elles.
— C'est de la modestie cela et de l'abnégation.
— Vous vous trompez, c'est du cynisme.
n y eut entre René et Maxime un instant de silence: Puis le jeune homme poussa le coude de M. de Bracy et lui dit :
— Mon cher comte, — regardez là-bas...
— Où donc ?
— A côté du piano.
— Cette jeune femme qui vient de quitter la danse et qui tourne du bout du doigt les feuillets d'un cahier de musique?..
— Oui.
— Elle vous plaît?.. — demanda Maxime en souriant.
-^ Beaucoup; je l'avoue, — allez-vous aussi me dire du mal de celle-là?..
-* Peut-être...
— Vous auriez tort I
— Pourquoi?
— Parce que vous me désenchanteriez ma vision... -^ Votre vision?.. — demanda Maxime.
— Oh ! — poursuivit René, — moquez-vous de moi si vous voulez, mon cher comte, mais il me semble qa'il se fait autour de cette femme une atmosphère
446 Ut "Vivfens Bf #*Rit»
pins kunweiise et plas pore, — y me semble qu'il y a qiiefa|iie chose de «ba&te et de dëeeat daas cette tète blonde, dans ces yea\ biens, doux et presque timidds.
— Assarément, ayee ses trois bouquets de violette, l'un dans ses cbeveux, Tautre au corsage de sa >obe de gros de Maples blaac, le troisièine à sa petite main finement gantée, celte femme a Tair d'une duchesse, et si je devais ne jamais la revoir et sortir d*icî sans apprendre sou nom, elle resterait daas mes souvenirs comme une fée ou comme un ange...
— Mou eher enfant, — répondit Maxime, — sans doute votre juvénile enthousiasme a son côté plaisant, et vous le comprendre^ tout à Theure, mais cependant je vous le pardonne, car cette femme est supérieure, et de beaucoup, à la plupart de ses compagnes.
— Elle est, depuis quinze ans, l'une des reines du vaudeville triste ou gai, du couplet joyeux ou sentimental, — ^ous ne l'avez jamais vue, mais vous savez son nom aussi bien que moi, — elle s'appelle Eugénie D***.
— Oui, certes, je la connais, — dit René.
— Elle a commencé bien jeune le métier d'actrice,
— poursuivit Maxime, — et je crois qu'elle a aimé ce métier véritablement, — elle a toujours respecté le public dont les femmes de théâtre d'aujourd'hui se moquent avec effronterie, — elle a étonné Paris par le scandale de ses amours, mais jamais par celui de ses débauches, — elle a fondu de nombreuses fortunes au creuset de ses fantaisies, — elle eût volontiers, conune Gléopâtre, déjeuné d'une perle fondue, — mais elle ne s'est jamais départie du respect d'elle-même, — elle
UN ROI M LA lfO0l. 447
ne s'est point traînée dans la fange de ces orgies qu'af* fectionnent nos prétendues actrices, — elle a conservé toutes les traditions de bon goût et de hante élégance qae quelqaes-uns de ses amants lui avaient données...
— elle a vécu grandement , splendidement, comme eussent fait jadis la Guimard ou. mademoiselle Duthé,
— elle a eu, quand elle l'a voulu, les façons d'une femme du monde, — elle a Tair d'une duchesse, vous le disiez vous-même 'tout à l'heure, — enfin elle a, comme la Madeleine de TÉvangile, souvent et beaucoup aimé, aussi je m^ $em^ «empli d*indulgence pour celle femme qui est ici, je vous le déclare, un véritable diamant au milieu de cailloux sans valeur...
En ce moment un domestique ouvrit la porte du salen et înterronipit la eonversatioa dm devx hommes en prononçant d^ne voix sonore les mots siueiramenitete :
— Madame est servie I
Le sonpcr.
L'annonce que le souper était servi eut pour effet immédiat d'amener sur toutes les lèvres un joyeux sourire qui devait faire bien augurer de l'appétit des convives. En moins d'une minute chacune de ces daines fut pourvue d'un cavalier, et les couples se dirigèrent avec empressement vers la salle à manger. Albine avait pris le bras de René. Maxime s'était fait le cavalier de cette Camille aux yeux trompeurs, dout, un instant auparavant, ils disait tant de mal. Chemin faisant, il s'amusait à lui débiter des madrigaux parfumés qui la faisaient se pâmer d'aise, et des compliments à perte de vue qu'elle prenait pour argent comptant.
La salle à manger d'Albûie était une charmante chose.
Pendant l'été, une légère natte de paille indienne remplaçait le tapis. Les trois fenêtres qui donnaient sur le jardin étaient largement ouvertes et l'air frais
OR Rai DB LA liODS* 440
de la nait arrivait jusqu'aux convives, à travers des stores de mousseline transparente. Dans Tun des angles se trouvait une large conque de marbre, de laquelle s'élançait un jet d*eau perpétuel qui ne contribuait pas peu à entretenir la fraîcheur de l'atmospbère. Les bahuts et les verrines en bois de chêne sculpté d*an précieux travail, contenaient de l'argenterie fort belle et des porcelaines de Sèvres d'une grande valeur.
Mais ce qui dans ce moment charmait le regard bien plus que le luxe artistique et la richesse du mobilier, c'était l'aspect de la table elle-même. Cette table était servie avec une somptuosité rare et avec des recherches gastronomiques qui recommandaient à tous les épicuriens le talent culinaire du cufsinier d'Aline. Six candélabres d'argent, supportant chacun huit bougies allumées, répandaient dans l'appartement une clarté diurnale, jetaient leurs paillettes de feu sur les profils de la vaisselle plate, et faisaient jaillir des myriades d*étincelles de chaque facette des cristaux.
Le vin de Champagne, décoiffé de ses bouchons argentés, achevait de se frapper de glace dans des raîratchissoirs ciselés. La liberté la plus complète présidait d'habitude aux réunions du genre de celle à laquelle nous faisons assister nos lecteurs. Tous les convives se plaçaient à leur guise. Chaque homme se donnait pour voisine sa préfé^ée de la veille, sa favorite du jour, ou sa bien-aimée du lendemain.
Il en fut ce soir-là comme de coutume. Seulement Albine fît asseoir Maxime à sa gauche, René à sa droite, et, à côté de ce dernier, elle installa une petite personne d'une vingtaine d'années dont nous parlerons
temt à t'heiire. René cru» d^àborâ qae cette petit» personne élaHi Hm nièce mi le fille dont M. de Bracy lui avait parlé. li se trompait.
Iseline, -^ til était le nom de la ftitore pécheresse,
— n'assistait jamais ni aux bals, ni aux soupers qui se éoRuaient claez sa tante prétendue. Albine avait des raisons pour en agir ainsi.
Le souper était à peiae commencé; — la maîtresse de la maison se peaeba vers Maxime, son yoisin de ganchev et lui dit à demi-Toix :
— Eh bien ï mon dster comte, votre ami s*amoset-ilce soir?..
^- Vous savez bien, ma belle Albine» — répondit monsieur de Bracy, — que chez vous on s*amuse toujours...
— Ce n'est pas un compliment que je vous demande,
— e'est une réponse ..
— Eh bien I franchement, il est enchanté...
— Bien vrai?.. ^
— Oui, bien vrai.
— Il est charmant, ce jeune homme ! quel âge a-t-il?
— Vingt et un ans.
— Il a l'air d'un chérubin, — trois au quatre de ces dames en sont déjà folles !.. Il fera des ravages à Paris, savez-vous!..
— Oh I — dit Maxime, — je n'en doute pas...
— A-t-il uue maîtresse?
— Nott> — il arrive-
— Depuis quand î
— Depuis deux jours.
— Aa fait, il n*a pas en le tetnps. . . — Sayez-Toas sll a remarqué quelque an ici, ce soir ?..
— Vous n*avez pas ie droit d'en douter...
— Ahl — et qui donc?..
— Je ne sais trop s'il est bienséant que je vous le dise....
— Pourquoi ?
— Parce que ce quelqu'un, c'est vous... — répondit Maxime avec on sang-{h)id moqueur dont Albine fut compléteaient la dupe.
Elle se mit à minauder.
— Quelles folies me contez- vous là î. . *r- murmura^ i-elle.
-- Rien n*est plus sérieux, mon enfant...
— Vous savez bien que je ne suis pas libre. ..
— Ohl — fit Hakime en souriant d'un air incrédute.
— Et d'ailleurs, — poursuivit Albine, — si votre ami pensait ce que vous dites, il parlerait.
— Yous êtes imposante et il est timide. .. -^ encouragez-le et vous verrez.. ,
— Perdez-vous la tète I ..
— Vous savez bien qu'elle est solide, puisque vous n'avez pu me la faire perdre...
Albine se mit à rire.
— Parlons raison, — dit-elle.
— Volontiers.
— Vous voyez qui j'ai placé là, à côté dé votre ami?. .
— Biondine.
— Vous la connaissez?
— Oui.
— Et qu'en pensez*vous 1,.
4tl LU TIVBURS M PARIS.
— C'est une excellente petite fille.
— La pauvre enfant n*est pas très-heureuse, — elle a fait des bêtises, — un attachement de cœur ! — un homme qui Fa plantée là ! — Bref, un peu d'argeu lui ferait grand plaisir en ce moment. . . vous comprenez, une bagatelle, quelque chose comme deux oi trois billets de mille francs...
— Eh bien? — demanda Maxime.
— Verriez-vous un inconvénient quelconque à ce que votre baron éprouvât pour cette paavre Blondine un caprice de quinze jours? — Argent à part, elle est toquée de lui et elle est venue me supplier tout à Theure de les mettre Tun à côté de l'autre au souper.. .
— Mais, mon enfant, — répondit Maxime, — je ne suis pas le tuteur du baron de Savenay, ainsi que vous paraissez le croire, et il est parfaitement libre de son cœur comme de sa bourse...
— Je l'entends bien ainsi, mais je vous connais, beau masque, et je sais quelle influence vous exercez sur tous ceux qui ont quelques rapports avec vous.
— Vous souhaitez que je n'empêche point René de venir en aide à votre protégée ? .
— Oui.
— Eh bien ! je vous le promets, et, s*il me demandait un conseil, je le lui donnerais dans votre sens... — Etes-vous contente ?..
— Vous êtes charmant!.. — embrassez-moi, mou cher comte .. i
Et, tout en parlant, Albine tendit sa joue à Maxime* qui baisa le coin de ses lèvres.
Cette Blondhie, de laquelle il vient d'être questioa
im ROi »B U MOM. 4S3
mtre deax de nos personnages, était, noas le répé* tons, une jeune fille d'une vingtaine d'années. Son nom de guerre (car Blondine'en était un) lui Tenait de la noance pâle et cendrée de ses cheveux. Elle était belle et fraîche, d'une fraîcheur et d*une beauté bien réelles et de bon atoi, — ce qui fait que personne ne songeait à se ruiner pour elle.
Elle avait très-peu d'esprit, — un peu de cœur, — pas du tout d'orthographe, et n'était pas, au moral, absohiment corrompue.
Blondine exerçait d'ailleurs une sorte de profession^ £lle appartenait à l'Opéra en qualité de figurante de la danse. Cela lui rapportait douze cents francs par an.
Kéné lui avait plu à première vue. Cinq minutes après le commencement du souper, elle était devenue folle de lui. Et, avant qu'on eût apporté le second service, elle le lui avait dit I
René, du moins en apparence, avait reçu cet aveu comme un hommage qui lui était dû. Mais, en réalité, la vanité lui était montée à la tête, et il se sentait tout teaffi d'orgueil et tout épanoui de joie. Le roué prétendu redevenait enfaîit à vue d'œil.
Cependant les heures s'écoulaient, — le souper continuait, et, sans tourner absolument à l'orgie, il per- ^^it peu à peu l'allure calme et discrète qui l'avait caractérisé d'abord.
Les vins généreux circulaient avec profusion. Les «iQts lestes se répondfdent et s^ croisaient, La çoa-
versation se décoHetart: d« plus en plus, — dè'hroyanti éclats de ffre et de Stmgiies salves d^applftodissenaenti accneithitent an passage toute équiViMiue court-vêtU€^
Maxime versait du vin de Champagne à Altwe. Blonj dîne remplissait à la fois soti verre et eelui ûe Rëiié Tous trois buvaient à qui mieux mieux. Maxime Haii sous cape en les regardant faire.
Albtne se répétait que René était charmant et qu< René l'avait trouvée beHe. Et elle fhisait au jeoni homme toutes sortes d'innocentes agaeerle». AMné hri tenait la main gauche et lui marchait doucemenl sur le pied, tandis que Biondine l'embrassait toutes les trois minutes. Il trouvait cela fort gentil. Il pétitlait comme une allumette entre deux fesx, etR s*abatidonnait de plus en plus à la double ivresse du plaisir et du vin de Champagne. Mais, peu k peu, ses lèvres s'alourdirent, ses yeux se fermèrent à demi.
Il essaya de lutter, ce Ait vainement, il fit un inotile effort pour passer un de ses bras autour de la taille d'Albine, tandis que l'autre servait de ceinture à Biondine. Sa tète se pencha et il s'endormit sur la table.
— Ob ! — firent en même temps les deux femmes avec un peu de dépit. — Il dort !..
— Soyez indulgentes, —- dit Maxime, — c'est son premier souper!..
— Et puis il est si jeune !.. — - appuya Albine d'un ton de bonhomie, — il n'avait pas encore vu le feu, ee pauvre enfant...
— Mais il l'a vu maintenant, — répliqua Blondiiie, — soB aj^rentissage est fait !..
Et la folle jeune ftlle, grinipwit sur une àrnse, et
tJH ftOt DK LA ttODt* - 415
saisisissant son verre encore à moitié plein de vin de Gbaœp^e, en laissa tomber quelques gouttes sur la jolie (été de René, en s* écriant d*un ton solennel et avec un geste comique :
— René de Savenay^^e te baptise viveur ! .
Le lendemain.
Ceux de nos lecteurs qui vivent en province et qui n'ont jamais connu que les saintes affections de la famille et les joies pures et douces du foyer domestique, ne doivent ajouter foi qu'avec peine à l'exactitude des mœurs étranges que nous mettons en scène et à la parfaite ressemblance des portraits que nous esquissons. Qu'il nous soit permis d'aller au-devant de ces doutes, et d'emprunter à Tun de nos romans {les Oiseaux de nuit) quelques lignes de justification.
Peut-être nous accuse-t-on, — disions-nous, — de ne peindre du monde que les mauvais côtés et de charger notre palette de couleurs attristantes pour le regard et blessantes pour la pensée. Ce reproche serait injuste. Malheureusement !.. Nous disons : — Malheureusement! — ot nous le disons à dessein. Nous ferions en effet bien bon marché de notre amourpropre de peintre de mœurs, si quelqu'un parvenait
tm ftoi ûB LA itoM. MU
k nous prouver que nous calomnions la société moderne et qu'elle est meilleure en réalité que nous ne la représentons dans nos livres. Hais il n'en est point ainsi.
A défaut des qualités de style et d'intérêt qui nous manquent peut-être, nous possédons du moins l'incontestable mérite de voir beaucoup et de voir juste. Tous les personnages qui peuplent notre œuvre — (fourmilière de Lilliputiens si l'on veut) — ont posé devant DODS, et ce ne sont point des masques que nous crayonliOQs, ce sont des visages. Les héros de nos romans sont microscopiques, soit, mais ils sont vivants.
On nous a bien souvent attaqué. Nous ne nous sommes jamais défendu. Â quoi bon? — Mais, plus d*iine fois, les faits sont venus nous donner raison, à la barbe et à la moustache de nos détracteurs.
Ainsi, quand j'ai publié les Chevaliers du Lansquenet, que n'a-t-on pas ditî.. On a prétendu que jamais, au grand jamais, les salons de Paris n'avaient ouvert leurs portes à tout une bande de flibustiers, gentilshommes de contrebande, péchant en eau trouble sur les tapis verts les plus aristocratiques, et prenant ^ la glu de leurs manœuvres habiles toutes sortes de fils de famille, naïfs et bien rentes. Et voilà que peu de jours avant le coup de tonnerre de 1848, au moment où les dernières feuilles des Chevaliers du Lansquenet sortaient, humides encore, des rouleaux de la presse, un aide de camp de prince royal était pris à Chantilly, les mains pleines de cartes biseautées et les poches gonflées d'or mal acquis, et voilà que de scandaleux procès venaient dérouler devant la police
4t8 LES VIVSURS AE PARUU
correctionnelle et devaut la Cour d'assises des scfeoes qui semblaient Atre des chapitres eiqpriwtés à uoire roman k peixïe éclos*
N'a-t-on pas prétendu, n'a-t-on pas écrit, au sujet des Pécheresse, — (Pivoine ^ Hignonne — Brelan de Dames, etc ..) — que j*avais entrepris la réhabilitation de la femme galante?*. %i pourtant, Dieu le sait, si )e suis miséricordieux pour la pauvre créature dont Tamour cause la cbute, personne ne professe pour la femme qui se vend plus de mépris et moins d'indulgence !..
N*a-t-on pas dit, n*a-t-on pas imprimé que \e Baron de Haubert, Vun des sombres héros des Confessions d'un Bohême, du Vicomte Raphaël et aussi des Oiseaux de nuit était un personna'ge de pure invention et que les moyens d'action par lesquels il retenait sous sa dépendanae Raphaël, son pupille, n'avaient ni précédents ni analogie dans la vie réelle? Et voici que la veille du jour où je faisais représenter au théâtre de la Porte-Saint-Martin un drame tiré des Confessions d'un Bohême et dont Haubert était le principal personnage [le vol à la Duchesse), des faits complètement identiques se dénouaient devant la Cour d'assises d'une ville de province, et Théophile Gautier, le poëte critique qui puise dans son talent incontestable et incontesté une rare bienveillance à l'endroit de toute œuvre étudiée consciencieusement, en faisait la remarque 'dans le feuilleton de la Presse. Ce dont je le remercie ici, de tout mon cœur.
Bref, je ne calomnie personne. Je regarde autour de moi et j'écris ensuite. Ce n'est pas ma faute, après
tn IlO! t>S LA iiÔDB. 129
font, si la s'odétS est gaDgrënéle jus<)u*à la moelle des os. Ce n'est pas ma faute si Paris est uue ville îi^fâme ! Ce n'esl pas ma faute si avec Târgent on achète tout, même les conisciences, même Tiionneur, même Tamoar I Ce n*est pas ma faute si les mères vendent leurs filles ! Ce n*est pas ma faute si la loi permet au mari de faire enregistrer sa femme sur les listes immondes de la prostitution et de s'enrichir des revenus de ce honteux trafic !..
0 Paris, terrestre enfer, ville de toutes les débauches et de toutes les hontes, le fbu du ciel un jour fera de toi ce qu'il a fait jadis de Gomôrrhe et de Sôdome!.. El ce sera justice !.. Et l'on sèmera du sel sur la place où fut Paris ! . .
Ceci étant dit podr la satisfaction de nos lecteurs, el surtout pour l'acquit de notre conscience, reprenons notre récit.
Le souper dont nous avons rapporté les incidents relatifs à nos principaux personnages, arriva à sa fin.
L'ivresse de René était profonde, et par conséquent ^11 sommeil était lourd.
Nous savons déjà que Maxime avait donné Tordre i sou cocher de ne point venir le prendre.
Il envoya l'an des domestiques d'Albiiie chercher ttn (le ces coupés de louage qui stationnent jusqu'au malin devant là porte du café Foy ou devant celle dé b Maison-d'Or. Ensuite, et à graud'peine, il réveilla
430 ^S VITBORS DE PABIS*
René, quMl emmena, ou plutôt qu'il emporta, jusqu'au véhicule qui les attendait. Il l'installa dans le coupé, — il y prit place à côté de lui et il enjoignit au cocher de toucher à Thôtel des Princes. C'est là, nous l'avons déjà dit, que M. de Savenay était descendu en arrivant
à Paris.
Grâce aux soins empressés de deux des domestiques de rbôlrf, et sous la surveillance de Maxime, René fut déshabillé et roulé entre les draps de toile fine d'un excellent lit.
Maxime recommanda de lui préparer pour l'heure de son réveil une légère infusion de fleurs de tilleul. Ensuite il regagna la rue Taitboul et il se coucha vers les six heures et demie du malin.
Son sommeil dura jusqu'à deux heures de l'aprèsmidi. Alors il envoya son valet de chambre prendre des nouvelles de René.
Le jeune homme allait bien, car il était sorti. Et, chose singulière, il n'était point sorti seul, ' mais en compagnie d'une très-jeune et très-jolie femme, laquelle avait fort insisté pour arriver jusqu'à lui et pour triompher de la résistance du vieux valet de chambre de René qui ne voulait point qu'on réveillât son maître.
— Quelle peut être cette femme? — se demanda Maxime.
Puis, au bout de trois minutes de réflexion, il se répondit :
. — C'est Biondine!.. — La chère enfant peut se vanter de u'avoir pas perdu une minute!., il faut
891 aoi J>8 LA MODE. 431
qa'elle scii bien amourease de Réaé, oa qu'elle ait temblement besoin d'argcnl !..
Maxime ne se trompait pas. C*était bien Blondine en efet.
Au milieu des épanchcments du souper, M. de Saveoay avait donné son adresse à sa gentille voisine, et lajeane pécheresse s'était décidée à lui rendre dès le lendemain une visite matinale, daas le but avoué de ne point laisser perdre pendant le jour le terrain qu'elle avait conquis, la nuit précédente, dans Tesprit et dans le cœur de René.
Nous ne saurions indiquer l'endroit où la folle enfant et le roué en berbe s'envolèrent, — nous ignorons quel fut le nid choisi par eux pour y cacher leurs promptes et fugitives amours , toujours est-il que Héné ne parut, ce jour-là, ni à l'hôtel des Princes, ni àTappartement de la rue Taitbout.
Le matin, — car il ne rentra que le lendemain malin à son domicile provisoire, — M. de Savenay trouva un billet de Maxime. Ce billet avait été apporté la veille au soir. Voici ce qu'il contenait :
• Si nulle autre occupation plus agréable ne vous retient, mon cher René, et si vous ne craignez point l*ennui de deux heures de tête-à-tête avec moi, venez, demain matin, partager mon modeste déjeuner de garçon.
» À un homme de mon âge, je parlerais d'un certain vin de Beaune de l'année de la comète, et de quelques vieux flacons du crû de Johannisberg, que M, de Heiternicb m'a fa^ jadis l'honneur dé m'adres-
ser. — Hais vous êtes trop jeune [K>ur être gourmet.
132 US viTKims SB rAR;8.
» Aâssi je vous âifai toat simplement : il y aui^ une bonne et franche amitié, — peut-être uu peu de Biorale et des cigarres ée la Havane, — très*secs. X V Je vous attendrai jusqu'à onze heures.
• Bien à vous.
9 Maxime de Brâgt. »
René regarda sa montre. Elle indiquait dix heures eînq minutes. Il se hâta de faire sa toilette et fi courut à la rué Taitbout. Onze heures sonnaient au monaènt on il échangeait une poignée de main arec Maxime.
^^ Vous avez profité de mes conseils d'arant-hicr soir, mon cher Réiié, — lui dit ce dernier en t*itet, — TOUS Toici exact comme un créancier, car rien n*est plus exact qu'un créancier, du moins à Ce que pré* tendent ceux de mes amis qui en ont.
— Ne me complimentez pas trop , monsieur le oomte, — fit René, ^ j*ai bien failli ne point venir...
— Pourquoi donc?
— Parce que votre billet ne m'a été reikiis qu'il y a trois quarts d'heure...
— Si j'avais su l'adresse de Biondlne, — répondit Maxime, — vous auriez reçu ce billet hier au soir. . .
René devint écarlate.
— Pourquoi diable rougissez-vous, mon cher enfant? — reprit le comte, — Blondine est une fort Jolie fille, à laquelle je sais bon gré de ne vous avoir point fait languir... — Il faudra vous montrer libéral avec cette petite qui aura été votre première distraction dans Paris... je sais d'ajlleurs, de science certaine, que la pauvre enfant n'est pas heureuse et
t}:« Rôt bB LÀ ItoMB. 43S
90W centaine de louis lui seraient très-agréables...
— C'est fait, — répondit René. — Et savez- vous, monsieur le comte, que cette chère fille a l'air de m'aimer beaucoup ! . .
— Qui en doute?.. — demanda Maxime. — A l'heare qu'il est, elle doit être folle de vous, et je ne serais nullement surpris qu'elle vous aimât pendant goiiize grands jours ..
— Tant que cela!.. — s'écria René en riant.
— Mon Dieu, oui, — tout autanj;!.. — Blondine est nue héroïne de constance, et elle a déjà donné plusieurs exemples d*une fidélité aussi surprenante.
Les dernières paroles de Maxime produisirent éviâeBWMnt sur 'René nm iaa^%moru désagréable. M. de Bracy s'ea apevçuli ^ il etiangea aiissitôt de coB/Vjersa-» tion.
— Aveï^voQs £wi».? ~ deDaaiiàa-t41.
-^ h croîs que oui, -^ répondit René.
— < Eb 1 him^ aUims^ noua mettre à talide, car le dé^ jenimc est prét« ek. voici qft'on nous ouvre les portes ^ la «kllei manger.
vu
La morale de Mailme.
La salle à manger dans laquelle Maxime introduisît son hôte était un véritable chef-d'œuvre de luxe et de bon goût.
Une tenture de cuir de Cordoue, gauffré et doré, recouvrait les murailles, et, quand nous disons cuir de CordouCy nous ne parlons nullement de quelqu'une de ces maladroites et économiques imitations, comnr^e rindustrialisme moderne en fabrique à bon marché pour les gens qui veulent afficher les dehors d'une trompeuse élégance dont Tétat de leur fortune les empêche de posséder la réalité.
Sur les dressoirs, qui dataient du règne de Henri III, était placée une fort belle argenterie de famille. Deux ou trois pièces d*orfévrerie, d*un précieux travail et d*une valeur considérable, occupaient la place d'honneur. On remarquait, entre autres, une coupe d'argent, ciselée par Benvenuto, et domnée par le roi François T' à l'un des ancêtres de Maxime.
tlf ROI DB LÀ HOBB. 4^5
Les voyages avaient renda René connaisseur. li témoigna vivement toute l'admiration qu'il éprouvait en face de ces somptuosités. Ensuite, il se mit à table et il fit preuve d'un juvénile et vigoureux appétit.
Le déjeuner s'acbeva.
Maxime conduisit René dans un fumoir tendu de eontil gris, que rebaussaient des bandes de drap vert. Un valet de pied plaça sur un guéridon un petit pla^ teaa d'argent supportant deux tasses de porcelaine du lapon, une cafetière et un sucrier. A côté de ce plateau, il posa une cave à liqueurs, une botte de cigarres, nue bougie allumée et de petites allumettes eu'papier. Il avança deux chauffeuses, l'une à droite et l'autre à gauche du guéridon, puis il se retira discrètement.
Maxime et René s'assirent.
René se trouvait dans cette disposition d'esprit joyeuse et souriante qui suit d'habitude un excellent déjeuner amplement arrosé de vins généreux. Maxime, au contraire, était évidemment sous le coup d'une préoccupation quelconque. Depuis quelques instants il parlait peu et semblait soucieux.
Il remplit la tasse de René et la sienne. Il alluma un cigarre, et tandis que le jeune homme savourait à la fois avec une volupté évidente les produits de la Havane et ceux de Moka, il entama la conversation en ces termes :
— Moucher René...
— Monsieur le comte?..
— Avez-vous encore présents à l'esprit les termes àtt billet que je vous ai écrit hier au soir?..
— - Mais, sans doute...
1^ LES TIVEUR^DE, PAIM^-
— Je VOUS promettais trois choses : —d'abord œie cordiale réception... — Çtejs-vous content de, la mienne?..
— Ah 1 monsieur le comte, — répondit Ç.éné- ei^ s'inclinant, — vous savez combien je suis touché et reconnaissant de votre exquise bienveillance...
— ^e vous annonçais des cigarres très-secs, — poursuivit Maxime^ — vqus êtes à même déjuger si^je vojas ai tenu parole...
— Ils siont parfaits I. . — dit le jeune homanç ça fâusant tomber du bout du doigt l.a cendre blanch^ de soa puro&.
— Et^ enfin, continua ^I. de Bracy avec un sourire» — je vous menaçais d'un peu de morale.
— Accomplirez-vous aussi cette menace?.. — demanda René.
— Pourquoi donc pas I ..
— Je n'y vois nul obstacle !.. — s'écria le jeune homme, — moralisons tant qu'il vous plaira, raouaîeur le comte, — je sais que votre n^orale est facile 1 . .
— Ohl pas toujours...
— En vérité?
— Vous allez voir...
— J'attends de pied ferme, et, je l'avoue, sans tropt d*inquiétude*..
— D'abord, mon cher enfant, — fit Maxime, — il était convenu que vous débuteriez dans le monde sous mon patronage, et j'avais pris rengagement de vous métamorphoser en viveur...
— Sans doute*
— Eh bieni depuis avant hier, j'ai réfléchi...
m RO! DE Ik IIOOB. 431
T- A quoi?
— Je mç su^s di( qijL^il y avait mieux à faire que d^d TOUS lancer au milieu d*ua xQoitde corrompu et gaugpéoé, i'ai r^vé un plus noblç us^ago de vptre ii^lelligencç, ^e votre Jçunesse., de xotre fpree et de votre. fortujçi|C, que dç gaspiller tous ces trésoi^s parmi dea rooés sans âme et dçs filW$, ^ans cœur et aans injteUi* ge^çe, çt je me siiU çroy^jiisi en&u que \ous deviendriez UD homme et non» point un v^yçur. ..
René écoutais l^axime avec, un ëtonn^m^nt profond, el cet étonnemenft çi^oisi^iL da parole, en parole. La stupeur se p^ign^t. $ur sOi physjk))^mie.
— Me coç3^prenjÇ35-vW^? TT- dei^ia^nte Mas^ime.
— Pas beaucoup, — répondit le jeune homme.
— Je vai^ m'ei^liquer mieux, — voyons, que pensez-vous de ce monde dans lequel je vous ai iatrodui^ avaat-liier^..
— Ce que j'en pense?
-Oui.
— Eb. bien ! je le trouve fort amusant !..
— Comment! il ne vous inspire aucun seatimeni de dégoût?.
— Du dégoût l et pourquoi donc ? — . &'écria Réaé.
— Comment I votre cœur ne se révoUe point à voir ces courtisanes fardées qui se vendent, non pas au plus otDraa^, niais à tout le monde, et qui n'ont pas même la pudeur ou rhabiletéde se faire désirer trois jouiis!.. — à voir ces pâles jeunes gens, fantômes dégénérés d'une aristocratie agonisante, — ces frêles ^^^ersde beatt% noms qu'ils salissent et, de grandes, fortonea qu'il» âîl^pideB); bqnt^uaemeol:!». ces pale-
138 LBS T1TB1ll:S HB PARIS.
freniers titrés, — ces Lovelaces de mauvais lieux <lui, IMiyent leurs chevaux et qui payent leurs maîtresses,! — mènent à coups de cravacbe les uns comme les autres et portent dans les boudoirs des senteurs d'écurie!./— à voir enfin ces vieillards méprisables et fous, — libertins hors d'âge, qui dégradent au milieu des orgies la dignité de leurs cheveux blancs!..
— Diable !.. monsieur le comte, — fit René en souriant, — comme vous traitez vos amis!..
— J^les traite comme ils le méritent.
— N'ètes-vous pas un peu sévère t. .
— Je ne suis que strictement juste.
— Me permettez-vous de vous adresser une observation?..
— Je vous permets de m*en adresser dix si vous le souhaitez..
— Cette aristocratie que vous attaquez si violemment, vous en faites partie?..
— Oui.
— Ces hommes de plaisir à qui vous jetez la pierre, vous êtes un des leurs?..
— C'est vrai.
— Ces habitudes et ces mœurs qui vous révoltent, ce sont les vôtres?..
— Malheureusement.
— Il y a donc, ce me semble, un manque de logique absolu dans votre conduite et dans vos discours, — il y a désaccord entre vos actes et vos paroles, et vous pourriez, je crois, vous attribuer ces mots de je ne sais quel prédicateur d'autrefois : c Faîtes ce que je dis, et ne faites point ce que je fais. • — En d'autres
tenues, je tronve en vous deux hommes, Tan qui agit, Taulre qui parle.. . — Leqael des de?ix a raison, et duqneJ des deux dois-je imiter Texemple'ou suivre les conseils?...
René se tut.
Maxime l'avait écouté avec ce sourire à moitié i*aillear dont il avait l'habitude.
— Est-ce donc là que vous en voulez venir, mon enfant? — demanda-t-il ensuite.
— Oui, — répondit René.
— Et vous n'avez rien à ajouter?..
— Non.
— Eh bien I je vais vous répondre : — Le jugement qne vous portez sur moi est spécieux, j'en conviens, mais il n'est pas juste, et je vous le prouverai tout à l'heure. — Vous vous dites qu'il y a désaccord entre mes actes, et mes paroles, et vous me demandez s'il convient d'imiter mon exemple ou de suivre mes conseils?.. — Le doute ne vous est pas permis, mon enfant.^ Vous savez à merveille que j'ai raison de parler comme je parle, «t que j'ai tort d'agir comme j'agis. — Donc il faut écouter mes préceptes, il faut les sai?re et repousser bien loin les dangereux exemples de ma conduite... — ^Vous êtes jeune, Réné^ vous êtes plein d'avenir, et votre vie peut être belle si vous le voulez; — de sages occupations et des plaisirs honnêtes en rempliront le cours et la rendront facile pour vous et pour les autres. -*"Vous êtes riche, et vous ferez de votre fortune un noble et généreux emploi. — Puis vous unirez votre sort à celui de quelque jeune fille, chaste et charmante, à qui vous offrirez votre
440 LSS TIVEORS DS t^AIttâ.
ppeaM^Vx votre seo). Yorit^Vlo Bf^fmir.-^yfmB^y^ns ver^ . r^ renall^re enfin ùfm^ ies enfaots qui seront voire joie et Yotr^ gloire» et qui vivront camme v<)i}s aivez vécu, heureux et honorés.
— Un tel langage dans la bouche du comte de J Bracy!. . deeeluî qu'on a surnommé le JRe>i des^ viveurs!., murmura René.
— Cela vous étonne, je le comprends, — poujrsuîvit Maxime, — mais savez- vou3. pQurquoi je vous, parle ainsi?— C'est qujç je vous, aime, René .. — oui, je vous aime! — C'est à peine si je vous connais, je vous vois aujourd'hui pour la troisième fois peut-être, et cependant je sens pour vous au fond de mon cœur une étrange affection... — Je ne puis vous considérer ni comme un étranger, ni comme un indifférent... — le ne puis laisser de gaieté de cœur votre barque insoucieuse se perdre dans un abîme dont je connais les profondeurs... — Depiiis bien longtemps j'ai sondé le néant, j'ai expérimenté l'amertume de cette existence dont les trompeuses lueurs vous attirent... — Je rem-
. plis un devoir en vous criant : — René, n'allez pas là !.. — Là est le péril I — là le cœur se vicie, Tâme se corrompt, le jugement se fausse, Tintelligence s'éteint, l'honneur se flétrit quelquefois... et je veux vous préserver de tout cela, René, comme j'en préserverais mon fils. .. si j'avais un fils et s'il vous ressemblait !.. ^
Maxinoie prononça ces dernières paroles avee une émotion qu'il ne cherchait point à cacher. Il attachait sur René un regard attendri et pénétrant, pour voir si
tIS noi t>E LA ttODB. 4li
Cette ètûoûm qxA débùrdaft en lui cotnmettçaît à gagner son jeune conapaghon.
Mais ïléné rcsliailîtnpassibîe. A peine avait-il ëcoulé les dcK^iii'ères phrases de Maxixiate. Sa pensée était retournée auprès de Blondine ; et de Blondine elle voltigeait aux blariches épaules d'Albine, -— aux yeux lascifs de Camille, — au visage de madoiie d'Eugénie. Réoé souriait intérieurement à tous ces mirages, et il se promettait de changer prochainement ces visions charmantes en séduisantes réalités.
Maxime comprit qu'il avait affaire à une nature exceptionnelle et qu'il s'adressait à un cœur prématurément sec et vicié. Cependant il résolut de tenter un dernier effort.
— Sans doute, mon enfant, — dit-il, — vous vous demandez comment il se fait (}u'à mon âge, moi qui prêche si bien les autres, je reste plongé plus que jamais dans les ornières de cette existence dont je cherche à vous détourner?.. — Eh bien! cette vie, René, cette vie qui vous paraît si brillante, je m'y suis jeté il y a bien longtemps, non point par goût, mais pour m'étourdir sur des remords qui m'obsédaient I — Je l'ai acceptée comme expiation, — je la continue comme châtiment I
— Que voulez-vous dire? — demanda René, dont ces quelques mots venaient d'exciter vivement la curiosité.
— Vous voulez le savoir?..
— Oui, si toutefois un pareil désir n'est point une indiscrétion, monsieur le comte.
— Eh bien! mon enfant, soyez satisfait, — c'os'
rhistoire de ma jeunesse que je vais vous conter... — Puisse l'expérience de mes f&ules vous profiter mieux qu*à moi, et puissiez-vous frémir eu apprenant par quel chemin terrible j*ai passé pour devenir un viveur!..
René remplit d'excellent curaçao un verre de cristal de Bohême, — il alluma un nouveau cigarre et il écouta.