UN CŒUR POUR DEUX AMOURS
DomlDiqoe.
— Ce récil que vous allez entendre, mon enfant, — oommença Maxime en s'adressant à René, — je ne l'ai jamais fait à personne...
» Je vais rouvrir, en vous paj*lant, des blessures douloureuses à peine cicatrisées dans mon cœur et qui redeviendront saignantes comme dans les anciens jours... Mais, qu'importe? — Oui, qu'importe, si j'atteins le but que je me propose... et je l'atteindrai, René, si vous m'écoutez avec une attention affectueuse et avec un esprit disposé à se laisser convaincre.' .Et ensute, si vous le voulez, nous quitterons Paris tous les deux.
» J'abandonnerai, non-seulement sans regi*et, mais encore avec un bonheur inouï le théâtre de mes succès... Je laisserai les niais et les imbéciles qui m'entourent se partager les débris de ma couronne de viveur et lutter entre eux pour conquérir quelques parcelles de cette folie célébrité qu'ils appellent si sottement ma gloire. . . Et ilotfs'noQS eu irons ensemble *mcner une existence douce et calme sous les oml)j*ages séculaires des charmilles de nos grands parcs, et respirer l'air vivifiant de notre vieille et belle province. ..
» Vous ne me répondez point, René!.. Je lis dans vos regards que ma proposition n'est guère de votre goût!.. Mais, patience!.. Il serait trop habile, ce médecin qui parviendrait à guérir un malade, avant môme d'avoir expérimenté sur lui le remède auquel il se confie !..
» Donc, j'avais justement votre âge .. — Vingt et un ans depuis quelques jours. Ceci nous reporte, comme vous voyez, à vingt-quatre ànâ en arrière. Depuis deux années j'avais achevé mes éludes classiques au collège de Besançon.
» Immédiatement après avoir terminé mon temps de philosophie, j'étais revenu vivre dans moh château de Bracy que j'habitais seul avec dfes domestiques, car j'étais orpheliti, — fils unique, — et c'est à peine si je conservais un lointain souvenir de mon père et de ma mère, morts pendant ma première enfdlice.
» Je n'avais jamais fait d'Autre voyage c|ue celui de Bracy à Besançon et de Besançon à Bracy. — le n*avais jamais connu que mes camarades de cdîllfgc.
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rétais un provincial renforcé, un être însociable, débraillé dans mes allures, négligé dans mon costume, et sauvage comme un jeune loup. Je passais dans mes terres toute Tannée, hiver comme été, et je vous affirme que je ne songeais guère à en sortir, et qa'oQ m'aurait bien étonné en me disant que je quitterais un jour la vieille demeure de mes ancêtres pour aller conquérir à Paris le sceptre de la mode.
» Mon château de Bracy est situé à quelques lieues au delà de Pontarlier, dans ces montagnes du Jura qui louchent à la Suisse et qui en rappellent les plus beaux sites. C'est, en effet, la même nature sauvage, la même végétation grandiose. Ce sont des rochers, de hautes montagnes, sur la croupe desquelles s'échelonnent des forêts de chênes à la base, de frênes et de bouleaux au milieu, de sapins plus haut. Aux approches de l'hiver, cet amphithéâtre se revêt d'une triple couleur, teintes rougeâtres et brunes, verdure argentée et jaunissantCi eaÛQ vert sombre et presque noir.
» Cette contrée, h propos de laquelle, mon enfant, j'entre avec vous dans quelques détails dont vous ne tarderez point à comprendre la nécessité, est chère aux paysagistes. On les rencontre de loin en loin (tant que durent les beaux jours de l'été et de l'automne), coiffés de larges chapeaux de paille, — la botte de couleurs, le parasol et le pliant sur le dos, — le bâton ferré à la main, — tantôt gravissant des cimes escarpées, — tantôt esquissant, ici quelques rochers d'unç forme hardie et pittoresque, là un tronc d'arbre blanchi par le temps, rongé par la mousse et les lichens, et brisé par la foudre dans sa partie supéneure,
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» Excepté CCS peintres nomades, les étrangers ignorent généralement le chemin des solitudes du Jura, et, dans les profondeurs de ces montagnes, vivent des populations ignorantes de tout ce qui se passe autour déciles Iiors de leurs forêts. Du moins cela était ainsi il y a vingt-cinq ans, c'est-à-dire à Tépoque où se passèrent les faits que je vais vous raconter. Et, à moins toutefois que je ne me trompe élrangemcut, il doit encore en être de même aujourd'hui.
» Le château de Bracy s'élève à mi-côte, sur la déclivité d'une monlagiie assez élevée. Une forêt de sapins le domine. Une profonde vallée se creuse à ses pieds.
» Bracy est une sombre et grandiose habitation,
bâtie il y a quatre cents ans et qui a conservé le cachet
de son époque. On dirait un de ces châteaux quasi
' fantastiques dans lesquels les romanciers njodernes
aiment à encadrer d'étranges aventures.
» Â quoi occuper sa vie, au fond d'une province et quand on a vingt et un ans, si ce u*est à chasser, à boire ou à faire Tamour ?
» Or, j'étais sobre comme un anachorète. Je ne pensais pas plus à l'amour qu'un enfant de douze ans, bien naïf et bien candide. C'est a peine si j'avais compris, en traduisant YÉné'ide, le chaleureux épisode des amours deDidon et d'Ënée. En revanche, je chassais avec acharnement, — je chassais sans trêve ni relâche, — je chassais jour et nuit. Oui, jour et nuit, — car, souvent^ après avoir couru un renard ou un sanglier toute la journée, je reprenais mou^fusil le soir et je m'en allais à l'affût. Vous m'avez dit je crois, René, que vous aimiez la chasse?..
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— Oui, monsîear le cômte, — répondit le jeune homme, — je raime, et très-passionnément je tous assure...
— Alors, " — poarsaiTit Maxime, — vous devez comprendre à m^veilie que, malgré mon complet isoleiQ^t, ma vie se passait le mieux du monde. — Si j'avais quelques heures d'ennui, c'est seulement qoaad des séries de mauvais temps trop obstinés me condamnaient à ne pas mettre les pieds dehors... Et encore, dans ce dernier cas, les distractions ne me
J manquaient point, — je lisais et je relisais tous les ouvrages relatifs à la chasse qui se trouvaient dans la bibliothèque, et surtout le fameux Traité de la Yénerie, parmessire/acçM^s du Foilloux, gentilhomme foitevin.
» Le soir je ne dédaignais point d*aller passer une heure ou deux dans les cuisines. Je m'asseyais sous l€ oiaoteau de la cheminée gigantesque dans laquelle se consumait un brasier de souches enflammées, — j'y fumais une pipe allemande et je causais avec mes piqueurs.
» Cette vie aurait pu durer toujours, — elle durefait sans doute encore aujourd'hui, sans un incident QQi devait bouleverser ma destinée.
» C'était au mois de* décembre. Une forte neige était tombée pendant trois ou quatre jours, puis la gelée était venue, — donnant une sorte de consistance à la croûte molle qui couvrait le sol jusqu'à une hauteur de deux ou trois pieds. J'avais envoyé Dominique, — un vieux piquenr qui me venait de mon P^re, » reconnaître dans la montagne des passées
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de sanglier. Je rattendaîs vers six heures du soir. A neuf heures il n'était point encore rentré.
» Je commençais à craindre qu*il ne lui fût arrivé quelque accident, et je songeais à envoyer deux ou trois de mes gens à sa recherche, quand on sonna à la grille du château. — On courut ouvrir ; c'était Dominique. Au moment de son arrivé^ je me trouvais dans les cuisines. Il entra.
La lumière d'un énorme candélabre de fer suspendu au manteau de la cheminée frappa en plein sur son visage tandis qu'il franchissait le seuil, et me fît voir qu'il était trës-pâle.
■ — Qu'est-ce que vous avez,- Dominique? — m'écriai-je, — vous est-il arrivé quelque chose ?
» — A moi? — Non, monsieur le comte, me répondit-il.
» — A qui donc ?
• — A ce pauvre François Nivet et à sa femme, qui demeurent un peu plus loin qu'Oliioles, à côté de la Butte aux chèvres. . .
» — Eh bienl que leur est-il arrivé?..
» — Un malheur I monsieur le comte, — un épouvantable malheur I -^ Rien que d'y penser, voyezvous, c'est à vous donner la chair de poule.
» Ce début m'effraya. Je connaissais le vieux Dominique. Il avait la sensibilité tout aussi parcheminée et racornie que l'épidcrme, — et il fallait qu'il se fût passé quelque chose de bien terrible en effet pour le mettre dans un semblable élat.
* — Quel est donc ce malheur ?.. — lui dis-je, — voyous, Dominique, parlez...
un ftoi hb la hodb. U9
» — Jean-François et sa femme avaient deux enfants, — poursuivit le piqueur, — deux petits enânls, beaux comme le jour, — un garçon et une fille, - Tun de quatre ans, — l'autre de six, — et ils les aimaient bien, — ils les aimaient comme de braves gens doivent aimer leurs marmots, c'est-à-dire de tout leopcœur...
» — Eh bien?.. — demandaîs-je — eh bien?..
• — Eh bien! monsieur le comte, — répondit Dominique d une voix sourde, — Jean-François et sa femiiie, à l'heure qu'il est, n'ont plus d'enfants...
» — Oh! mon Dieu!., et comment cela?..
» — Du petit garçon et de la petite fille, il ne reste
nen ! .. — rien !.. — pas même un morceau d'étoffé ! . . ^ pas même un lambeau de chair ensanglantée !.. — ils ont été dévorés!., dévorés tous les deux!..
» -" Dévorés!.. — m'écriai-je avec un frisson d'horreur.
» — Dévorés!.. — répétèrent comme un écho logQbre tous mes gens qui s'étaient pressés autour de Dominique.
» Il y eut un instant de silence.
* Puis je murmurai :
» — Les loups sont-ils donc féroces à ce point?..
» — Oh ! monsieur le comte, — répliqua le piqaeur, — ce ne sont pas les loups qui out fait ce Malheur...
» — Qu'est-ce donc, alors?..
" — Ce sont les ours...
» — Les ours 1 . . Est-ce bien sûr cela, Dominique? . . ■^ demandais-je avec un peu d'incrédulité.
» — * Je les ai vus, monsieur le comte.
» Dominique n*avait jamais menti. Son affirmatioi^ levait tous mes doutes. La chose était donc désormais certaine, mais elle n*en restait pas moins fort étrange.
» Or, pour connaître les détails de cette épouvantable catastrophe, il ne s'agissait que d'interroger Dominique, et, puisqu'il avait vu, de lui denaaader ce qu'il avait vu. C'est ce que je fis aussitôt.
» Dominique sollicita la permission de boire avant toute chose un verre d'eau-de-vie, afm de rétablir un peu d'ordre dans ses idées. Il obtint cette permission, — il avala son petit verre. Puis il satisfit la curiosité haletante de ses auditeurs.
I e* «nrfi.
Maxime conlinua en ces termes le récit commencé :
— Tous les genî de ma livrée, indistinctement, —
fit-il, — entoaraient le vieux Dominique et formaient
autour de lai un demi-cercle, ne laissant libre, par
respect, que le côté où je me trouvais.
» — Monsieur le comte, dit alors le pigueur en s'adressant à moi ainsi que le lui ordoimaient les convenances, — j'avais battu pendant toute la journée les bois de la Souque et du Renty, pour y relever les passées des sangliers sur la neige. ,
» Vers les trois heures, me trouvant de l'autre c^té d'OUioles, j'entrai dans la maison à Jean-François afin de m'y rafraîchir d'un verre de petit vin d'Arbots ou Ae piquette de l'Étoile... Jean-François me reçut en vieux camarade, il jeta du bois sur le feu, il déboucha ^a meilleure bouteille, et comme je me sentais en appétit, sa ménagère décrocha un jambon fumé , en coapa des tranches minces et les fit revenir dans la
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poêle avec du bearre, da sel, du poivre et des petits oignons coupés menus, menus...
En entendant ces détails futiles, René ne put s'empêcher de sourire.
— Vous pensez bien, mon enfant, que je me mourais d'impatience, — dit alors Maiime, — mais il fallait se résigner... — Dominique était verbeux et prolixe outre mesure dans ses narrations. — Si on avait voulu le forcer à arriver droit au but i) aurait été impossible de tirer de lui une seule parole raisonnable. — Je le laissai faire, et il poursuivit :
» — Donc nous étions assis, Jean-François et moi, — de chaque côté de la cheminée, — la fourchette et le verre à la main, et les pieds dans les cendres. Je lui racontais les belles chasses de feu monsieur le comte votre père — (que Dieu veuille avoir son âme dans son saint Paradis I) — et il m'écoutait avec toute Tattention dont la chose était digne. Tout à coup il m'interrompit pour se retourner vers sa ménagère et lui demander :
9 — Dis donc, Claudine, je ne vois pas les enfants, sais-tu où ils sont?..
— Oui, mon homme, — répondit-elle, — ils sont sur la route, devant la porte, ils jouent avec de la neige, ils en bâtissent des châteaux, et ils en font des boules, qu'ils se jettent...
» — Bon, — dit Jean-François, — qu'ils y restent, les pauvres petiots, il n'y a pas de danger... » Et il ajouta, en se tournant vers moi : „ — Père Dominique, vous étiez en train de me raconter ce fameux coup double de feu monsieur le
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eointe... vous savez bien, ce coap dont vous me faites le récit chaque fois que nous nous voyons... et dont je ne me lasse jamais . .
» Je repris mon histoire où je Tavais laissée. Il ne s'était point passé cinq minutes, quand un bruit soudain nous fit tressaillir... C'était un cri d'enfant, — un cri lointain déjà et qui s'interrompit avant d'être achevé.
B Claudine lâcha la poêle qu'elle tenait. Jean- François me regarda. Je regardai Jean-François, et aussi sa femme. Nous étions pâles tous les trois. Je m'élançai sur ma carabine. Mon compagnon saisit un couteau sur la table. Nous courûmes à la porte et nous jetâmes les yeux sur la route.
» Ohl monsieur le comte, quel spectacle!.. — Quand je devrais vivre cent ans, je ne l'oublierai jamais I . .
) Les enfants avaient disparu... Seulement, à soixante pas du seuil de la chaumière, on voyait du sang sur la neige, et deux ours gris de 4a plus grande taille s'éloignaient en trottant dans la direction du bois de la Chaise. Claudine poussa un grand cri et tomba sans connaissance. A ce bruit l'an des ours se retourna à moitié, et nous pûmes voir qu'il tenait dans sa gueule le corps inanimé d'un enfant.
> Cette vue nous rendit un peu de courage. Peutêtre était-il encore temps .. C'était bien douteux, mais enfin ce peut-être suffisait pour nous donner la force de tout essaver.
» Jean-François prit son élan et se précipita à la poursuite des deux ours. J'en fis autant et je suivis
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de mon mieux. Mais je suis vieux et îl est jeune, — mes jambes ne valent plus aujourd'hui ce qu'elles ont valu autrefois... Je fus bien vite distancé.
» Seulement j'avais ma carabine et Jean-François n'avait qu'un couteau. Quand il me parut que je mo trouvais à une petite portée de fusil, je m'arrêtai. J*épaulai soigneusement mon arme je visai à la tiite et j'appuyai le doigt sur la détente.
» L'ours secoua vivement les oreilles, maïs il ne ralentit point son allure. Je l'avais touché derrière l'oreille, mais le moyen qu'une simple balle de plomb, lancée par une seule charge de poudre, égratigne un cuir pareil I.,
» Jean-François bondissait sur la neige avec la vitesse et l'agilité d'un chamois... Enfin il dépassa celui qui venait le dernier, et, faisant volte-face, il se jeta sur lui le couteau levé.
» Ce fut un terrible moment, monsieur le comte !.. Peut-être Jean-François allait-il sauver un de ses enfants 1.. Mais peut-être aussi, et c'était le plus probable, Jean-François était-il perdu 1.. Ni l'une ni l'autre de ces choses n'arriva.
» L'ours sembla dédaigner son adversaire... Le couteau mal aiguisé glissa sans l'entamer sur l'épaisse fourrure qui recouvrait le poitrail de la bêle farouche, laquelle continua sa course sans se détourner ni à droite ni à gauche, et en renversant sur la neige Jean- François évanoui. Au bout d'un instant, les deux ours disparaissaient dans la forêt.
» Je courus à Jean-François. Je le croyais mort. Son sang coulait de toutes parts. Il n^avait cependant
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pas grand mal; l'ours, en passant snr lai, lui avait écorché la poitrine avec ses griffes, et le couteau, en se refermant, lui avait entaillé profondément trois des doigts de la main droite.
> Je relevai le corps et je le portai dans la maison. Je passai près d'une beure'à faire revenir è eux-mêmes le mari et la femme. Enfin, j'en vins à bout, — ils ou* vrirent les yeux, — ils se souvinrent de tout ce <iBi Tenait de se passer et ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre en pleurant.
• Jean-François ne s'apercevait seulement pas qu'il avait les doigts coupés et que le sang ruisselait de sa main. Je pleurais aussi et je n'entreprenais pas de consoler ces pauvres gens, car je sentais bien que c'était impossible, et il me semblait que la seule ebose qui pouvait les soulager un peu, c'était les larmes...
» Il y avait entre eux de grands moments de silence, et puis tout à coup Jean-François ou Glauéine se mettaient à crier :
» — Ohl mes enfants!.. mes pauvres enfants bienaimésl..
» Et alors Jean-François agrandissait avec ses on-^ gles les blessures 4e sa poitrine, et Claudine s*arracbait les cbeveux et se tordait les bras en désespérée. Je ne pouvais pas les laisser seuls dans un état pareil. . . J'allai cbercbcr du monde à Oliioles et j'amenai quelques braves gens auprès d'eux. Ensuite je me mis en route pour revenir au château.
» Hais tout cela m'avait pris du temps, — la nuit était devenue très-noire, et il ne fait pas bon marcher dans trois pieds de neige, surtout quand on n'y v<Ht
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goutte... — Enfin, voilà, monsieur le comte, pourquoi je suis rentré si tard...
> Dominique se tut, — poursuivit Maxime.
» Pendant toute la dernière partie de son récit, personne n'avait eu seulement la pensée de Tinterrompre. Chacun avait écouté, rempli de terreur et haletant d'une curiosité fiévreuse. Je n*étais ni moins ému ûi moins attentionné que les autres. Les moindres détails de l'épouvantable catastrophe se présentaient sans cesse à mon esprit, et il me semblait que j'assistais réellement à ce drame lugubre.
» La nuit suivante, il me fut impossible de fermer l'œil, ou, si je m'endormais un instant, j'étais aussitôt poursuivi par la vision sanglante.
» Le lendemain, dès le point du jour, j'envoyai chercher Dominique. Le vieux piqueur ne se fit guère attendre.
» — Dominique, — lui demandai-je, — il n'y a pas habituellement d'ours dans nos cantons, n'est-ce pas?
» — Non, monsieur le comte.
» — Cependant on eu voit quelquefois?
» — Oui, monsieur le comte, mais c'est fort rare.
• — Dans quelles circonstances ont lieu ces exceptions ?
» — Pendant des hivers excessivement longs et rigoureux, — les ours, alors, descendent jusque bien avant dans les plaines.
» — D'où venaient, selon vous, ceux d'hier?
* — lis venaient des hautes montagnes, à une quinzaine de lieues d'ici .