DEUX FOIS EN UN JOUR
Le lendemain, dès le matin, le château présenta une animation très grande, offrant le plus saisissant contraste avec le calme dans lequel il avait été plongé pendant plusieurs semaines.
Des voitures avaient été attelées et des chevaux sellés.
Les gardes -chasse, accompagnés d'une trentaine de rabatteurs, se tenaient à la disposition des hôtes d'Alvarez, qui préféraient les plaisirs cynégétiques aux autres.
Enfin des lignes de toute espèce, admirablement montées et qu'accompagnaient tous les appâts désirables, furent distribuées aux amateurs de pèche.
Très bonne cavalière, Sarah, à qui l'amazone seyait à ravir, dessinant les formes élégantes de sa taille adorable, était montée sur Pyrame, son cheval favori, un anglais pur sang, à la robe de feu, aux tons d'ocre chatoyants, qui descendait, en droite ligne, d'Arabian- Godolphin !
Ces diverses dispositions divisèrent les hôtes du château de Dunois en trois groupes : promeneurs, chasseurs et pêcheurs.
Les premiers devaient aller jusqu'à Ferrières, dont ils feraient le tour.
Les chasseurs se dirigeraient vers les remises du haut du parc, peuplées de lapins, lièvres, daims et faisans en grande abondance, et enfin, le troisième groupe, c'est-à-dire celui des pécheurs, gagnerait le grand étang dans lequel les carpes, les tanches, les anguilles et même les brochets se trouvaient en telle quantité qu'ils faisaient songer à ce mot d'un méridional :
— Il y a tellement de poissons chez nous, que bien tôt on ne trouvera plus que des arêtes, ils se seront usés les uns contre les autres.
Il était convenu que tout le monde se retrouverait au château à l'heure du déjeuner, c'est-à-dire à midi.
Seuls Alvarez et Clément Morin ne devaient pas prendre part aux distractions champêtres qu'offrait le banquier à ses hôtes.
A huit heures précises on partit vers les trois directions indiquées.
Le groupe des promeneurs se composait de huit personnes ; les cinq premières occupaient un grand char-àbancs, auquel étaient attelés quatre chevaux blancs de race percheronne, le col chargé de grelots, — et les trois autres étaient à cheval.
Ces cinq personnes, quatre dames et un ami du banquier, qui n'était autre que ce marquis de Rizerolles que nous avons entrevu dans la cour de l'un des hôtels de l'avenue du Roule, le jour de l'enterrement de la comtesse Cécile de Saint-TilH, avaient dédaigné l'équitation, et un invité, le banquier Isaac Schunberg^, ainsi que deux jeunes personnes — sa fille Clotilde qui était