I. Voir Un Scandale parisien
amoureux fou, mais amoureux sans nul espoir, car jamais le banquier ne consentirait à lui donner la main de sa fille, même si Morin eût été capable d'invoquer, pour l'y contraindre, le service immense qu'il avait rendu.
Alvarez avait analysé la chose à sa manière.
Pour lui, en se jetant à l'eau afin de sauver Sarah, son secrétaire n'avait fait absolument que son devoir : néanmoins, puisqu'il avait eu assez de veine pour que ce devoir lui incombât, il fallait s'exécuter vis-à-vis du jeune homme.
— Vous êtes un excellent nageur, dit-il au sauveur de Sarah, et tout talent vaut son salaire; je porte dès ce jour,, vos appointements à vingt-cinq mille francs.
— Vous ne me devez rien, monsieur ; le bonheur d'avoir été utile me suffit.
— Je ne reviens jamais sur ma parole, et j'aurais de vous la plus déplorable opinion, je ne vous le cache pas, mon jeune ami, si vous hésitiez une seconde de plus à accepter ce que je vous offre.
Sarah entra en ce moment.
Elle se retrouvait devant Clément, pour la première fois, depuis la veille.
Sans se laisser intimider aucunement par la présence de son père :
— Monsieur Morin, lui dit-elle en lui tendant la main, vous m'avez sauvé la vie, je ne l'oublierai jamais, jamais, je vous le jure I
Dès cet instant, Sarah se montra véritablement reconnaissante par tous les moyens qui s'offraient à elle.
Mais deux ou trois jours après, Alvarez ^tant com-
plètement rétabli, la présence de Morin au château de Dunois devint inutile, et une séparation complète entre Sarah et Clément s'opéra le plus prosaïquement et le plus naturellement du monde, sans que le banquier qui, ayant ouvert sa bourse, se croyait plus que quitte envers son secrétaire, se doutât le moins du monde que les incidents qui s'étaient accomplis — celui des guêpes et de Pyrame lui étant resté inconnu, il est vrai, — pouvaient avoir une influence importante sur la réalisation de ses projets d'avenir les plus caressés.