LA VICTOIRE DE GABRIEL
A quatre heures Gabriel s'éveilla.
Aussitôt il donna Tordre d'atteler son petit phaëton, et vingt minutes après, il quittait l'hôtel, se dirigeant vers le centre de Paris, par les Champs-Elysées.
L'air vif lui fit du bien, dissipant la sorte de cercle de fer invisible qui ceignait son front depuis le matin.
Près de la Chaussée-d' Antin , il donna l'ordre au domestique qui l'accompagnait de mettre pied à terre pour acheter les journaux du soir.
Gredinette était une liseuse acharnée des comptes rendus des exécutions capitales.
— Ça la calmera peut-être, avait pensé de Saint- Till en glissant les journaux dans la poche de la pelisse dont il s'était enveloppé avant de monter en voiture. Il dirigea son cheval vers la rue de Provence,, dans laquelle il s'arrêta devant la porte cochère du 64, comme l'avait fait la voiture d'Amélie Lataupe, le matin même, en revenant de la place de la Roquette.
Gabriel mit pied à terre et monta au second.
L'appartement de Gredinette était composé de cinq pièces : salon, chambre à coucher, cabinet de toilette, salle à manger, boudoir et d'une antichambre ; un luxe véritable y régnait, et n'étaient certaines tentures
58 ^ LES CÔMt>AGNONS bU GLAlVK.
voyantes et la transformation du salon en chambre à coucher — détail caractéristique — on aurait pu en pénétrant chez Toto — diminutif d'Antonia et nom que lui donnait Gabriel — se croire ailleurs que chez une courtisane.
Très commode par son agencement, qui rendait chacune des pièces indépendante, Tappartement de M"® du Percil répondait à toutes les exigences de la situation.
De Saint-Till possédait. une clé de chez elle; Mélie la lui avait accordée depuis que d'Avilar avait ouvert sa caisse au jeune viveur^ mais celui-ci, au lieu d'en faire usage, fit retentir le timbre, désirant prendre auprès de la femme de chambre quelques renseignements préalables sur l'humeur de la dame de ses pensées.
La camériste vint ouvrir.
— Chut! pas un mot, Agathe, lui dit immédiatement Gabriel, en pénétrant dans l'appartement, parlons bas. Que t'a dit madame en rentrant?
— Rien, madame s'est couchée.
— Elle n'était pas en colère ?
— Non, monsieur.
— Et... depuis?
— Madame s'est levée il y a une heure, elle a pris un bain, et en ce moment elle achève sa toilette.
— Elle n'a pas parlé de moi ?
— Non, monsieur, le nom de monsieur n'a pas été prononcé.
En ce moment la voix d'Antonia se fit entendre :
— Qui donc a sonné ?
— Hum! fit Gabriel, sauve-toi, Agathe.
Et se roidissant afin de faire bonne contenance, il pénétra dans la salle à manger où il se trouva en face de sa maitresse.
— Ah I vous voilà, goujeati lui dit Gredinette en regagnant son salon.
— L'orage commence, pensa Gabriel.
Et s'étant débarrassé de sa pelisse après en avoir sorti les journaux, il suivit résolument Tennemi.
Le salon de M"* du Percil, quoique moins grand que sa chambre à coucher, nous venons de dire pourquoi, était d'une grande élégance et d'un goût qui démontrait en Gredinette la qualité qui consiste à laisser faire certaines choses par les gens qui s'y entendent le mieux.
Se reconnaissant incapable de s'en tirer toute seule d'une manière irréprochable, la courtisane avait fait venir le célèbre Deschamps, le premier tapissier de Paris et lui avait donné carte blanche.
Voici par quelles dispositions cette preuve de confiance absolue avait été récompensée :
Sur fond blanc et or, les tapisseries en lampas-ponceau se détachaient admirablement, encadrant les croisées garnies de rideaux d'une étoffe soyeuse et transparente, et de couleurs moins vives, mais rappelant celles des tapisseries sur de seconds rideaux blancs, en point de dentelles, desquels un chiffre composé d'un A et d'un P entrelacés se détachait artistement en broderie.
Le centre était occupé par une borne ovale également en lampas-ponceau, qu'entouraient de petites chaises élégantes et des puffs moelleux aux couleurs voyantes et disparates.
Sur la cheminée, une pendule dorée Louis XV au milieu de deux grands vases en émail cloisonné d'un grand prix.
Pendus au mur, trois tableaux, dont un adorable pay-
6o LES COMPAGNONS DU GLAIVE.
sage chez lequel la poésie n'altérait nullement la saisissante vérité, signé de KnyfF. — Un maître!
Sur le parquet, un grand tapis de Smyrne, épais et moelleux, recouvert de petits tapis persans jetés çà et là.
Au plafond, un lustre de cristal aux pendeloques à facettes, miroitant à ravir dans leur ingénieuse disposition complètement réussie.
Enfin, en face de la cheminée, perpendiculairement à un large divan lampas-ponceau, un buffet-étagère en boule, du plus luxueux modèle, sur lequel se trouvaient des porcelaines de Saxe d'une grande valeur.
En rentrant dans le salon, après avoir apostrophé Gabriel de la façon grossière que nous venons de relater, Gredinette alla s'asseoir sur le meuble du milieu, affectant de tourner le dos à la porte.
— Je t'apporte tous les journaux du soir qui. rendent compte de l'exécution du docteur, ma chère Toto, dit de Saint-Till en tendant à Gredinette la collection dont il parlait.
D'un revers de main, l'ancienne de Polyte lança par terre les journaux qui s'éparpillèrent sur les tapis.
— Connu, j'y étais.
— Comment, tu es allé voir guillotiner Sergent?
— Ne fallait-il pas vous en demander la permission ?
— Je ne dis pas cela.
— Croyez-vous, par hasard, qu'après m*avoîr lâchée comme vous l'avez fait, je vous aurais attendu jusqu'à la fin du monde au café Anglais? Non, mon petit, vous n'êtes ni assez beau, ni assez riche, et vous êtes trop tète pour ça I
— Ah! ah 1 ah! répondît Gabriel en riant.
Ce rire stupéfia Gredinette.
LES VIVEUSES DE PARIS. 6l
Jamais Gabriel ne s*était permis d'accueillir gaiement ses grossières mercuriales.
D*un bond Mélie Lataupe fut debout, d'un bond elle s'élança vers de Saint-Till, et d'un geste d'une rapidité foudroyante, elle le gratifia d'un soufflet sonore, en s'écriant :
— Saleté !
— Ah I prends garde à toi ! protesta Gabriel d'un ton menaçant.
— Viens-y donc, jet'éborgnel répliqua Gredinette en brandissant une figurine en saxe dont elle s'était emparée.
Et comme le jeune homme restait muet et légèrement interdit devant cette menace :
— Ah çà I poursuivit Gredinette avec une volubilité fébrile, tu me prends donc pour la dernière des grues ou la boue de tes bottes, pour avoir osé agir comme tu l'as fait cette nuit, dis !
De Saint-Till fit un mouvement.
— Ah I laisse-moi parler, il y a douze heures que ça couve, il faut que ça sorte, espèce de comte manqué, qui se conduit avec une femme qu'il prétend aimer, comme ne le ferait pas un voyou. Salopin que tu es. Et ça offre des journaux du soir!
Puis, imitant Gabriel.
« — Je t'apporte tous les journaux du soir, ma chère Toto... » Garde-les, tu peux t'en faire des papillotes de tes journaux. Tiens, les voilà.
Et les ramassant les uns après les autres, après avoir lancé la figurine de Saxe sur le divan :
— Tiens, paltoquet ; tiens, ivrogne ; tiens, lâche ! Et sur ce, sors d'ici, et n'y remets jamais les pieds ; sors tout de suite, entends-tu, je le veux!
Et superbe de dédain, sur cet ordre impérieux, Gredinette entra dans sa chambre à coucher, où, soudain^ sa colère tomba comme par enchantement, ce qui dénotait le peu de sincérité de sa fureur.
Pour divers motifs, plusieurs scènes du genre de celle que nous venons d'esquisser, avaient eu lieu déjà entre Gabriel et Gredinette.
Dans les circonstances analogues, de Saint-Till, au bout d'un quart d'heure, venait timidement frapper à la porte de la chambré dans laquelle la pécheresse avait feint d'aller chercher un refuge contre la violence de son emportement, et après un débat de quelques minutes, Gabriel en était quitte pour une amende de cent à deux cents louis, — une paille, pour un gentilhomme auquel on vient d'adresser les plus grossières injures ; — mais c'était un prix fait, une habitude prise, et la galanterie française devant aller au besoin jusqu'à la stupidité la plus complète, inclusivement, — c'est convenu, — de Saint-Till ne faisait, après tout, que ce que font, en pareille circonstance, bon nombre de ceux qui ont pour dames de leurs pensées, les restes des premières amours des Polytes présents et passés.
Aussi Gredinette prit-elle un livre après s'être adressé un regard examinateur dans une glace et se mit-elle à lire le plus paisiblement du monde, dans la fructueuse attente de Gabriel repentant.
Au bout de vingt minutes, celui-ci n'avait pas encore donné signe de vie.
Le temps commença à sembler un peu long à Mélie Lataupe ; néanmoins, comme elle tenait en main un roman du jour des plus intéressants dans lequel l'auteur montrait un homme déguisé en pierrot, un poignard planté jusqu'à la garde dans la poitrine, montant tran*-
quillement chez Brébant et se commandant une douzaine d'huîtres d'une voix sombre, mais puissamment timbrée, Gredinette, désireuse au dernier des points de savoir si le poignard n'empêcherait pas l'absorption des huîtres, reprit sa lecture.
Dix minutes s'écoulèrent encore, puis, jetant au loin ce livre si remarquable, la courtisane sonna violemment.
Agathe ne tarda pas à paraître.
— Que fait Gaga? demanda Gredinette.
— Monsieur le comte, reprit respectueusement la camériste ; mais il y a près d'une demi-heure qu'il est parti.
— Vous dites ?
— Que monsieur Gabriel n'est plus là. Tiens !
— C'est impossible, répliqua Gredinette en s'élançant comme une panthère dans le salon, puis dans la salle à manger, qu'elle trouva vides.
Il y eut d'abord chez Mélie Lataupe un moment de stupeur indescriptible, puis l'explosion s'opéra instantanément.
— Chenapan ! dit-elle avec rage et, revenant sur ses pas, elle saisit la figurine de Saxe dont elle avait menacé Gabriel quelques instants auparavant, et elle la lança avec tant de force contre le parquet que, malgré l'épaisseur et le nombre des tapis, elle la pulvérisa littéralement.
Puis, soulagée par cet acte de fureur, elle s'assit songeuse, les coudes sur les genoux, et la tète dans les mains, fixant, d'un œil irrité et distrait, un point indéfini devant elle.
— Non, dit-elle enfin tout haut, ça n'est pas naturel; il n'est plus le même, il doit s'être passé quelque chose
que je ne sais pas encore, mais que je découvrirai. C'est à mes pieds, implorant le pardon de ses torts qu'ordinairement il se précipite, et aujourd'hui il me quitte sans sembler redouter que je lui ferme à tout jamais ma porte I Je suis d'une colère...
Et Gredinette, après avoir arpenté son appartement en long et en large, s'arrêta sur cette réflexion :
— Si dès demain il ne rentre pas ici à quatre pattes, je lui ferai flanquer, par Polyte, une tripotée de premier choix. Heureusement que j'ai retrouvé un ami.
L'instinct éminemment féminin, qui est l'embryon de toute jalousie, avait éveillé les soupçons de Gredinette immédiatement.
Nous n'ignorons pas qu'en effet quelque chose s'était passé dans la vie de Gabriel depuis la veille, et ce quelque chose était la réception du billet doux de la Cagnotte.
Nous savons aussi avec quel empressement le jeune comte avait fait répondre à M"« de Berny, qu'il irait au rendez-vous qu'elle lui avait donné à l'Opéra-Comique.
Depuis cet instant, même pendant son sommeil, Gabriel avait été en proie à un certain trouble orgueil • leux que lui causait sa prochaine entrevue avec l'impo-. santé maîtresse du duc d'Ambre.
Oui, le jeune viveur, si hardi parfois, se sentait intimidé d'avance devant cette femme qui résumait pour lui le type complet de la courtisane, sorte d'Aspasie moderne dont il avait vainement tenté jusque-là d'obtenir un regard afin de se poser d'un seul coup comme roi des viveurs.
Parmi les faux cultes qu'exigent en nous, dans certaines conditions de l'existence, l'exubérance de la vingtième année, il faut noter en première ligne cette sorte de
fascination qu'exercent les célébrités de la vie galante. Aussi Gabriel était-il ravi de son aventure, tout en se demandant s'il ne se faisait pas illusion sur son dénouement probable, en s'imaginant que le laconique billet de la Cagnotte était le premier pas fait par elle dans le sentier qui devait le conduire à la plus enviable de toutes les bonnes fortunes, selon lui.
Dans ces dispositions d'esprit, il ne s'était rendu rue de Provence que par convenance, tellement Gredinette lui semblait peu digne d'attention, depuis que Madeleine de Berny — que ce nom sonnait bien à ses oreilles ! — avait daigné le remarquer.
Ceci étant expliqué, le changement qui s'était traduit par la brusque sortie de Gabriel de chez Gredinette, n'a plus besoin de commentaire.
Pour une femme dans la situation de Madeleine, ce qu'elle avait fait l'étonnait elle-même.
Que d'années s'étaient écoulées depuis que son cœur n'avait plus battu, elle qui se trouvait heureuse avec le duc, qui n'avait plus pour elle qu'une affection platonique.
S'était-elle assez dit que tout ce qui ressemble à de l'amour était mort en elle pour jamais, et depuis quelques heures, la statue se sentait vibrante et avide, en proie à des langueurs qui la plongeaient dans un état fébrile, indéfinissable.
Ni de Brives, ni même Valbranche, n'avaient jamais produit sur elle l'effet de l'apparition de ce débauché de vingt ans, si gracieux dans son désordre, si adorable sous tous les rapports, malgré son état de complète ébriété*.
(ï) Voir le Pendu de la Forêt-Noire.
Ah! ce baiser qu'elle lui avait donné, ce long baiser» il lui brûlait encore les lèvres, et c'était en tremblant qu'elle avait attendu la réponse du jeune de Saint-Till.
Lorsque la buraliste de TOpéra-Comique lui eut remis le coupon de la baignoire, Madeleine remonta dans sa voiture, et désireuse d'être seule, de pouvoir rester muette; avide de rêverie", elle s'était fait conduire au bois, en donnant l'ordre à son cocher de ne suivre que les allées peu fréquentées et d'éviter celles qui avoisinent le lac.
L'état fébrile dans lequel se trouvait la Cagnotte résultait de la fatigue, de la frayeur et de la passion soudaine, irrésistible, foudroyante que lui avait inspirée Gabriel.
A peine avait-elle dormi quelques heures à son retour de la place de la Roquette où elle avait frémi devant l'insulte du misérable qui s'était approché de sa calèche, comme Polyte s'était approché de la Victoria de Mélie Lataupe, et depuis son réveil elle s'était tellement absorbée dans son souvenir de Gabriel qu'elle finit par compter les minutes qui la séparaient encore de l'heure du rendez-vous.
Puis un lointain souvenir lui revenant à l'esprit, elle se reporta au temps où elle quittait prestement l'appartement de son mari pour se rendre à l'Opéra-Comique assez tôt pour assister à l'entrée de Valbranche et recevoir, blottie au fond de sa loge, le regard chercheur du ténor qui allait droit à elle, tout en satisfaisant aux exigences du rôle qu'il remplissait.
Pourquoi avait-elle choisi l'Opéra-Comique pour y donner rendez-vous à Gabriel? parce qu'en ce temps-là la Dame Blanche ne faisait pas d'argent et qu'on donnait la Dame Blanche le soir, ce qui lui as-
surait la location de la baignoire désignée d'avance, et lui permettait d'espérer qu'elle ne serait vue en compagnie du jeune de Saint-Till, par aucune personne de l'intimité du duc ou de la sienne.
Gabriel n'était pas moins impatient que la Cagnotte d'attendre l'heure qui devait les réunir ; mais se disant qu'un empressement par trop accentué pourrait lui nuire dans l'esprit de M"* de Berny, il se jura de n'arriver au théâtre qu'à dix heures.
En rentrant chez elle vers cinq heures, Madeleine trouva un mot du duc qui l'invitait à dîner pour le jour même.
Le valet de chambre de d'Ambre attendait la réponse.
— Je suis souffrante et fatiguée, lui dit Madeleine, je vais m'enfermer et ne recevrai personne.
Cela fait, elle songea à sa toilette.
Après avoir fait apporter plusieurs robes par sa femme de chambre, elle se décida enfin pour un costume sombre, décolleté, mais en se réservant de se couvrir-le cou et les épaules d'un tissu léger très transparent qui, tout en répondant à l'ensemble sévère de sa toilette, lui permettrait d'étaler aux yeiix du jeune de Saint-Till, l'entière opulence d'une gorge adorable et les contours arrondis d'épaules dont la réputation de beauté était généralement établie.
Pour la première fois depuis bien longtemps, Madeleine arriva au théâtre quelques minutes après le lever du rideau.
La salle, aux deux tiers vides, répondait complètement à l'attente de la pécheresse.
Blottie au fond de sa loge, elle suivait d'un œil distrait le jeu des acteurs, et la musique de l'orchestre
n'arrivait à ses oreilles indifférentes que comme un bruit plus ou moins fort dont elle ne voulait ni ne pouvait comprendre l'intention et la portée.
Tout le premier acte se passa ainsi devant elle et complètement, en dehors d'elle.
Lorsque le rideau se baissa et que lorchestre se tut, il lui sembla sortir d'un songe bizarre, car pendant toute sa durée elle n'avait pas fait un seul mouvement sans se rendre aucunement compte de l'immobilité complète que lui avait imposée son attente préoccupée.
Pendant ce temps, Gabriel, attablé au café Riche, devant un flacon de chartreuse, cherchait vainement à lire les journaux, levant les yeux à chaque instant audessus du comptoir de la salle d'entrée, vers l'horloge dont les aiguilles, à son avis, étaient atteintes de paralysie.
Enfin dix heures sonnèrent.
— Allons, murmura-t-il, fier d'avoir eu assez de force sur lui-même pour se tenir parole, et aussitôt il traversa le boulevard et entra au théâtre.
Il était temps, Madeleine commençait à perdre patience et la pâleur de ses traits accusait toute l'étendue de l'émotion que lui faisait éprouver l'absence de Gabriel.
Sur l'ordre de ce dernier, l'ouvreuse fit tourner sa clef dans la serrure de la loge, et le jeune de Saint- Till y pénétra.
Madeleine se retourna à peine, le ténor venait d'entamer :
Viens, gentille dame, viens, je t'attends!
— Chut! dit-elle, asseyez-vous.
Gabriel obéit, et doucement il prit place à côté de la
Cagnotte qui sembla plus que jamais suivre avec un immense intérêt tout ce qui se passait sur le théâtre. Jusqu'à la scène de la vente elle demeura ainsi, feignant de n'être là que pour le spectacle.
Gabriel s'était remis petit à petit de son émotion et, loin de s'occuper de la pièce, il dardait ses deux yeux sur le visage et les épaules de la Cagnotte, avec toute l'ardeur de la jeunesse avide de possession et d'amour.
Lorsque le finale commença, Madeleine se tourna lentement vers lui, et l'enveloppant d'un regard fascinateur :
— Vous vous êtes fait attendre, murmura-t-elle. Gabriel était en toilette de bal.
Il s'était fait un devoir de se rendre au rendez-vous comme à une fête.
— Excusez-moi, madame, répondit-il à voix basse, mais je dinais en ville et votre gracieux billet m'est arrivé trop tard pour que je pusse me dégager.
— Je vous pardonne ; vous êtes là, c'est le principal.
— Je n'avais garde de manquer à ce rendez-vous.
— Vous êtes aimable.
— Je suis sincère.
Elle le détaillait pendant ce temps, le trouvant encore plus séduisant que la veille.
— Vous croyez devoir me répondre ainsi.
— Serais-je ici, si je pouvais vous répondre autre- ' ment?
— Enfant I reprit Madeleine comme finissant une pensée secrète.
Ce mot froissa de Saint-Till et l'embarrassa tout à la fois.
La femme la plus chique de Paris le considérait-elle donc comme un échappé du collège?^
— J'ai vingt ans passés, reprit-il d'un ton sec.
La Cagnotte ne répondit pas, elle le regardait toujours avec une ivresse attendrie et troublée par de sombres pressentiments.
plie se disait que les excès pouvaient tuer le beau jeune homme qui avait fait irruption dans le cabinet du duc, la derniè.rç nuit, dans l'état d'ébriété que Ton sait, et que la débauche ferait, en détruisant tant de charmes et de beautés, un bien sombre office ; elle se disait qu'il fallait sauver cet être adorable, cet enfant qui courait tant de dangers, et en même temps un secret pressentiment Tav^isSait que si elle ne renonçait pas à lui, si elle n'était pas assez forte pour vaincre son amour, de grands malheurs l'attendaient dans l'avenir.
N'était-elle pas presqu'une vieille femme, pour Gabriel?
Madeleine avait trop d'expérience de la vie pour ne pas faire cette réflexion grave qui la plongeait dans les hésitations les plus douloureuses, car elle avait l'intuition du pouvoir que le jeune Saint-Till exercerait immédiatement sur elle dès qu'eUe-serait à lui.
Elle comprenait que l'amour subit dont elle était atteinte, n'était autre que cette passion sacs bornes que rencontre parfois la femme vers la quarantaine pour un adolescent dont elle fait sa vie et son Dieu !
Toutes ces réflexions passèrent en quelques secondes dans l'esprit de la Cagnotte.
— Vingt ans I répéta-t-elle.
— Plus de vingt ans, je vais être majeur.
— Étiez-vous gris cette nuit , mon cher comte I reprit-elle d'un ton affectueux.
— J'étais pis que cela, j'étais ivre et je n'y comprends vraiment rien ; à un moment donné, j'ai été littéralement foudroyé.
— Oui, je sais. Ménagez-vous, ces excès tuent, surtout à votre âge.
— Toujours mon âge ; ne vous convient-il pas? reprit Gabriel avec un sourire cynique.
— Alors vous êtes un homme ?
— En douteriez- vous, chère belle >
— Parlons sérieusement, car je vous ai fait venir ici pour une chose sérieuse.
— Ah I fit Gabriel avec un désappointement marqué.
— Très sérieuse pour moi, reprit la Cagnotte.
— Et en quoi cette chose très sérieuse pour vous peut-elle me concerner ?
— Je vous crois franc, et il m'a pris la fantaisie de vous demander un conseil.
— Un conseil, à moi, que vous connaissez à peine !
— Le conseil que j'attends de vous est le plus sûr moyen défaire votre connaissance; puis j'avais des raisons particulières pour avoir recours à vous plutôt qu'à tout autre. Connaissez-vous ma position >
— Vous êtes la reine d'un certain monde, l'ignorer serait le fait d'un provincial.
— Eh bien, cette position me pèse.
— Vraiment.
— Me pèse de telle sorte que je veux rompre avec le duc.
— Ne vaudrait-il pas mieux le tromper ?
— D* Ambre n*est pas un homme comme les autres, je me ferais un scrupule de le rendre ridicule*
-^ Qui le saurait >
— Je ne veux rien avoir à cacher à personne, et la vie nouvelle que j'adopterai peut-être, je la veux mener au grand jour, avec fierté.
— Une vie nouvelle.
— Toute nouvelle pour moi.
En cet instant les chœurs et Torchestre contraignirent Madeleine et Gabriel à suspendre leur conversation.
— Attendons Tentr'acte, dit la Cagnotte.
Et lentement, elle ôta un de ses gants.
Puis, comme si c'eût été la chose la plus naturelle du monde, elle avança la main vers celle de Gabriel, qui s'empressa de saisir ce qu'on lui offrait.
Dès cet instant, la Cagnotte affecta une seconde fois de ne plus regarder que la scène ; mais par des pressions d'une exquise douceur, sa main vibrante entama avec celle de Saint-Till une conversation d'une éloquence capiteuse que ne pourra jamais égaler le plus remarquable orateur.
Décidément c'était bien un rendez-vous galant que celui qu'avait donné M"* de Berny à Gabriel ; celui-ci ne pouvait plus en douter.
Il y a dans l'amour passionné un côté magnétique très fort, indéfinissable, mais dont tous ceux qui ont traversé d'ardentes flammes ont subi l'enivrante puissance.
Au contact de la main du jeune comte, Madeleine se sentit tressaillir de la tète aux pieds, sous l'empire d'une volupté encore inconnue par elle jusque-là.
— Je n'ai donc jamais aimé jusqu'à présent? se ditelle.
Il est vrai que ses amours avec Paul de Brives n'avaient duré que trois jours !
Et seules dans les sensations de son passé, celles qu'elle avait ressenties pendant ces trois jours d'ivresse que le jeune officier de marine devait payer de sa vie, étaient du genre des impressions affolantes dont elle savourait le charme, en cet instant, avec un bonheur inouï.
Le rideau baissa, l'orchestre se tut.
Aussitôt Madeleine dégagea sa main, et s'étant levée gagna le fond de la loge où elle alla s'asseoir.
Lentement Gabriel la suivit et vint se mettre à côté d'elle.
Puis leurs regards s'étant confondus pendant quelques secondes :
— Je vous aime, dit-il.
— Bien vrai ?
Puis sur un autre ton :
— Prenez garde à ce que vous allez me dire, et sur votre honneur, jurez-moi de répondre sincèrement à mes questions.
— Sur mon honneur, sur mon amour, parlez, je vous écoute.
Elle lui prit les mains d'un geste brusque, plongea de nouveau ses yeux dans les siens, et d'une voix altérée par l'ardeur de sa tendresse passionnée :
— Moi, je suis folle de toi, dit-elle. Maintenant répondez, répondez à une femme qui vous ouvre son cœur et vous dit son secret pour vous mettre dans l'impossibilité de mentir. Vous n'étiez pas seul, cette nuit, au café Anglais ?
— Non, j'y étais avec la petite Antonia.
— Quelle Antonia ?
— Antonia du Percil.
— Je ne la connais pas.
— Une ancienne écuyère de l'Hippodrome; j'ai rompu avec elle aujourd'hui, à cinq heures.
— Rompu pour toujours ?
— Parbleu I
— Soyez franc, absolument franc, il en est temps encore ; dites-vous bien que je suis la plus jalouse de toutes les femmes et répondez en conséquence, mais loyalement.
— Pour toujours !
— Bien. Vous m'aimez, dites-vous?
— Oui, ardemment; vous avez fait circuler dans mes veines un feu qui m'enivre à me faire crier.
— C'est un désir, un caprice.
— Je vous dis mes impressions, je crois bien que c'est de l'amour, car jamais je n'ai ressenti rien de semblable.
— Vous vivez d'hier 1
— Ne me demandez pas alors ce que j'éprouverai demain.
— L'avenir n'est qu'à Dieu, c'est vrai.
Ils disaient tout cela sans effort, trouvant tous les deux des phrases qui jamais ne leur étaient venues à l'esprit.
Pendant longtemps ils restèrent absorbés sous l'empire d'une impression brûlante.
La passion les avait grisés tous les deux et le magnétisme dont nous avons parlé exerçait puissamment sur chacun son absorbante influence.
— Et ce conseil que vous vouliez me demander? reprit de Saint-Till.
— Ne le devinez-vous pas après ce que je vous ai dit ?
— Un peu-
— Soyez franc et loyal : Dois-je quitter le duc pour vous ? Réfléchissez bien avant de me répondre.
La perspective d'être publiquement l'amant de a Cagnotte remplit Gabriel d'un orgueil aussi grand que malsain.
— Oui, répondit-il.
— C'est bien.
L'entr'acte allait finir, déjà les musiciens ayant regagné leur pupitre accordaient leurs instruments.
— Partons, voulez-vous? cette musique m'agace.
— Je suis à vos ordres.
Ils quittèrent la loge et gagnèrent la rue.
— Votre voiture est-elle là? demanda Gabriel.
— Non, je suis venue en fiacre. Marchons, le temps est superbe.
Depuis quelques heures lèvent venait du Nord et un froid sec justifiait les dernières paroles de Madeleine.
Ils se mirent à suivre les trottoirs du boulevard du côté gauche et gagnèrent lentement les Champs-Elysées, sans fatigue et s'isolant au milieu des passants, de la présence desquels ils ne semblaient pas même se douter, tellement ils trouvaient de charme dans leur causerie, qui n'avait cependant rien d'extraordinaire.
— N'ètes-vous point lasse? demanda de Saint-Till, rue Royale.
— Marchons, marchons, répondit-elle, ravie d'être au bras de Gabriel, respirant à pleins poumons la froide bise qui calmait l'irritation nerveuse à laquelle elle était en proie depuis l'instant où elle avait remarqué Gabriel dans le Grand- 1 6.
Ils arrivèrent rue des Vignes, et Madeleine fit retentir le timbre de la porte de son hôtel qui s'ouvrit immédiatement.
yÔ LES COMPAGNONS DU GLAIVE.
Gabriel la suivit tout naturellement.
Lorsque la Cagnotte gravit les marches du perron, une femme de chambre vint à elle.
— Quoi, Nanine? lui demanda Madeleine.
— M. le duc attend madame dans son boudoir.
— Le duc, répéta M"« de Berny.
Puis après une seconde de réflexion :
— Conduis monsieur dans le. salon jaune, repritelle.
Et s*adressant à Gabriel :
— Un instant, mon ami.
— Je suis à vos ordres.
Et il suivit Nanine, à laquelle il confia sa pelisse avec la désinvolture assurée d'un homme qui se considère comme chez lui.
— Est-il joli, remarqua tout bas la camériste, à croquer vraiment.
Pendant ce temps Madeleine avait gagné le boudoir où d'Ambre s'était installé pendant son absence.
— Je suis souffrante et ne recevrai personne, avait répondu la Cagnotte au valet de chambre du duc, lorsque celui-ci était venu lui apporter l'invitation à dinar de son maître.
Reprenons d'Ambre à cet instant.
Comme par hasard le duc avait le projet de diner chez lui, en tète-à-tète avec sa protégée, en recevant cette réponse il s'était décidé à aller diner à son cercle; puis, un peu las d'avoir veillé jusqu'en plein jour, désireux de savoir si l'indisposition de Madeleine n'avait aucune gravité, le duc, vers neuf heures, remonta dans son coupé et se fit conduire rue des Vignes.
— Madame est sortie, lui répondit Nanine, à qui
Madeleine, toute à Gabriel, n'avait fait aucune recommandation.
— Comment, sortie ; elle était souffrante et voilà Lucas.
Lucas était le nom du cocher de la Cagnotte.
Le duc venait de l'apercevoir traversant la cour.
— Madame est sortie en fiacre, reprit Nanine.
— Tiens I fit d'Ambre assez étonné, les chevaux sont-ils malades ?
Et appelant :
— Lucas 1
— Monsieur le duc ?
— Savez-vous pourquoi madame est sortie en fiacre?
— Il me serait impossible de pouvoir le dire à monsieur le duc.
— Elle ne peut être longtemps dehors, en ce cas. Et s' adressant de nouveau à la femme de chambre :
— Je vais l'attendre.
Sur ces mots il alla s'installer dans le boudoir de Madeleine, où il s'étendit sur une chaise longue.
Petit à petit le sommeil le gagna, et il dormait profondément au moment où la Cagnotte, ayant donné l'ordre à Nanine de faire entrer de Saint-Till dans le salon jaune, entra dans le boudoir.
— Bonsoir, Olivier, dit-elle d'une voix sonore. Le duc avait le sommeil très léger.
Il se réveilla aussitôt.
— Tiens, je m'étais endormi. Te voilà, Madelon. Quelle heure est-il ?
— Près de minuit.
— Et tu rentres seulement ?
— Oui.
— D'où viens-tu?
mal.
Mon cher duc, voilà une question qui tombe bien
— Pourquoi cela ?
— Parce que de vous à moi elle est peu ordinaire et que ce n'est pas le moment de perdre la confiance dont vous m'avez toujours honorée.
— Et dont tu t'es toujours montrée digne, Madelon, je me plais à le reconnaître.
— Eh bien ! je vais m'en montrer digne, encore.
Et ayant prononcé ces mots sur un ton très sérieux, Madeleine se débarrassa de son chapeau et de son mantelet, après quoi elle prit un siège et vint s'asseoir en face de d'Ambre.
Le vieillard, qui jusqu'alors était resté étendu sur la chaise longue où il s'était endormi, se redressa et s'apprêta à écouter attentivement la Cagnotte.
— Mon cher Olivier, il y a une heure à peine voici textuellement ce que j'ai dit, en parlant de vous, à quelqu'un (elle souligna ce mot) : « D'Ambre n'est pas un homme comme les autres, je me ferais un scrupule de le rendre ridicule. » — Vous devez deviner pourquoi ?
— Je crains de le deviner ?
— Pas de phrases, allons au but. Une séparation entre nous, une séparation immédiate est nécessaire ; le hasard qui vous a conduit ici ce soir m'aura servi en me permettant de vous être fidèle jusqu'au bout, voilà la vérité.
— Ma chère Madelon, ce que vous me dites là me contrarie énormément; à mon âge on aime ses habi-
. tudes ; je ne vous cacherai pas que je vous verrais avec peine me fermer votre maison.
— Cela dépend.
— De qui?
— De lui !
— Et peut-on savoir le nom du nabab, du prince ou du sorcier dont vous parlez avec un tel accent d'enthousiasme tendre ?
— Oui et non. Oui si vous me promettez de m'épargner tout discours inutile, toute remontrance impuissante, car sachez que ma résolution est prise à ce point que dussé-je être certaine d'être tuée à coups de hache en sortant de ses bras, je me donnerais encore à lui !
— Vous êtes amoureuse, Madelon }
— A me tuer, si je devais renoncer à l'objet de mon amour !
Un sourire sceptique vint errer sur les lèvres pâles et légèrement contractées, en ce moment, du vieillard qui murmura :
— Il y a donc des miracles !
La Cagnotte affecta de ne point relever le mot.
Il y eut un silence.
Le duc le rompit le premier.
— Je ne vous fais ni discours, ni remontrances, Madelon. Le nom du sorcier ?
— Le comte Gabriel de Saint-Till !
— Le jeune homme de cette nuit ?
— Lui-même, vous voyez que je suis franche.
— Je vous en remercie.
— Ce n'est pas assez.
— Que vous faut-il de plus?
— Il faut me promettre de ne pas m'en vouloir, Olivier. C'est plus fort que moi, je cède à une passion irrésistible qui m'enivre et me terrifie toutàla fois, car tout ce que vous pourriez me dire pour la combattre, je me le suis dit avant que d y céder.
— Je ne vous en veux nullement, Madelon, je vous sais môme un gré infini de votre franchise, elle m'épargne le ridicule, comme vous le disiez, or le ridicule est ce que je redoute le plus, cela mérite une récompense.
Sur ces mots, il se leva à son tour, tira un carnet de la poche de son habit, en sortit un chèque payable au Comptoir d'Escompte, et s'étant approché d'une table sur laquelle se trouvaient plumes et encre, il le remplit, et puis cela fait, le tendant à la Cagnotte :
— Voici un bon à vue de cent mille francs, Madelon, je ne veux pas rompre avec vous comme un pingre et je désire vous prouver que si je ne puis plus être votre amant, mon vœu le plus cher est de rester votre ami ; vous le direz de ma part à M. de Saint-Till, ma toute belle, et j'espère qu'il sera assez fat pour comprendre que je ne puis lui inspirer ni jalousie ni méfiance.
— Olivier, vous êtes vraiment un grand seigneur, répliqua Madeleine en adressant au vieillard son plus gracieux sourire, et à moins d'événements que je ne puis prévoir, je crois pouvoir vous affirmer que ma porte vous sera toujours ouverte. Embrassez-moi, mon ami.
D'un geste rempli d'élégance et d'une distinction rare, affectant de ne pas voir que la courtisane lui tendait son front, d'Ambre lui saisit la main sur laquelle il appliqua ses lèvres, en disant :
— Au revoir.
Et il gagna le vestibule du rez-de-chaussée, où Nanine vint l'aider à mettre son paletot doublé de fourrures.
— Nanine, tu es une fille d'esprit.
— Oh ! monsieur le duc.
— Ne fais pas là modeste. Tu es une fille d'esprit et c'est pourquoi je me confie à toi. A dater de cette
LES VIVEUSES DE* PARIS. 8l
heure je ne suis plus rien ici, sache-le; seulement si le coup de tète qui change la situation tournait mal, viens m*en avertir tout de suite ; nous aimons tous les deux ta maitresse et nous devons vouloir avant tout son bonheur. Agis en conséquence , je ne serai point un ingrat.
Sur ces mots il regagna sa voiture.
Pendant ce temps Madeleine avait prestement revêtu un costume nouveau, composé d'un peignoir de soie brodée aux tons roses éclatants, fait d'une étoffe japonaise d'un grand prix, qui lui seyait à ravir et mettait en relief les vives couleurs de sa chevelure aux reflets chatoyants de l'eau d'or.
La voiture du duc venait de s'éloigner lorsqu'elle entra dans le salon où l'attendait Gabriel.
D'un pas hâté elle s'avança vers lui, et avant qu'il ait eu le temps de se lever, se laissant tomber sur un tabouret qui se trouvait près du canapé où le jeune de Saint-Till s'était assis en arrivant :
— Maintenant, lui dit-elle en lui prenant les mains,
n'y a plus ici qu'un maître, mon Gabriel, toi !