AGRICOLE COLONIAL
Ainsi que nous Tavons déjà indiqué, la zone qui s étend, au bord de la mer, entre Tamatave et Andevorante est recouverte d'une série de lagunes et forme une nappe d'eau de 100 kilomètres de longueur, coupée de loin en loin par des monticules sablonneux que les Malgaches appellent « pangalanes ».
La Revue mensuelle, publiée à Madagascar par les soins du général Gallieni, nous fournit sur Thistorique du canal des Pangalanes des renseignements qu'il nous paraît intéressant de résumer. On verra ainsi combien il faut de temps et de patience pour réaliser aux colonies — et même dans la métropole, hélas ! — des projets dont l'exécution est ardemment réclamée par l'opinion publique.
Depuis longtemps, les difficultés qu'éprouvent les voyageurs à marcher dans le sable mouvant des grèves et à traverser des terrains marécageux ont fait souhaiter d'utiliser la voie d'eau et de pratiquer des tranchées dans les « Pangalanes », qui constituent le seul obstacle à une navigation ininterrompue le long des côtes; d'ouvrir, en un mot, un canal permettant à des péniches de circuler sans arrêt et sans transbordement de Tamatave à Andevorante.
Bien avant l'occupation de Madagascar par la France, les
ii LES VOIES DE COMMUNICATION
Hovas avaient commencé des travaux au pangalane de Ta/înotsy, mais la légende nous apprend qu'ils s'enfuirent épouvantés quand leurs « Angady » (leurs pioches) atteignirent le banc des roches argileuses, rouges et bleues, qui forment le sous-sol du coteau. Ils crurent que le sang des ancêtres jaillissait du sol pour leur reprocher leur sacrilège. Cette légende est sans doute très poétique, mais nous croyons plutôt que les Hovas hésitèrent à poursuivre une œuvre dont le résultat eût été de faciliter aux étrangers Taccès de leur capitale.
Les événements qui survinrent prouvent, du reste, que notre supposition est vraie.
Après l'expédition de 1884-85 et le mouvement commercial assez actif qui s'ensuivit, de nouvelles tentatives furent faites, mais la mauvaise volonté du gouvernement hova les enraya; — en 1889, une société se forma régulièrement pour r exploitation des transports par eau de Tamatave à Andevorante^ mais les tracasseries du premier ministre — de célèbre mémoire — l'obligèrent à se dissoudre. A partir de cette époque, l'hostilité du gouvernement hova allant toujours grandissant, il ne pouvait plus être officiellement question du creusement du canal; mais notre colonie de Tamatave caressait toujours l'espoir de son exécution. Aussi, dès la fin de la campagne de 1894-95, un colon, M. Deloute, se rendit en France pour s y charger de l'entreprise et formula auprès du gouvernement une demande de concession. D'autre part, on se préoccupait avec raison, en France comme dans la grande île, de faciliter le ravitaillement de nos troupes casernées à Tananarive ou réparties sur divers points, et on désirait ardemment la prompte ouverture du canal. On a vu, en effet, ce que coûtait le transport d'une tonne de marchandises et combien insupportables étaient devenues les exigences des « bourjanes ». Aussi M. Palu, conducteur des ponts et chaussées, reçut-il l'ordre du gouvernement, dès son arrivée à Tamatave, de procéder aux études définitives pour l'exécution du canal, et M. Wiart, inspecteur des travaux publics, conclut à l'urgence de l'exécution des plans dressés par M. Palu. Dès le 30 mai 1896, les travaux de percement furent commencés, mais on ne tarda pas à s'apercevoir — ce qu'il était facile de prévoir — que le budget de la colonie ne permettait pas de les mener à bonne fin. Le général Gallieni se rendit sur les lieux, résolut de s'adresser à une entreprise particulière et
ET LES MOYENS DE TRANSPORT A MADAGASCAR. iy
écrivit dans ce sens à M. le ministre des Colonies. A la date du 6 octobre 1897, M. le Minisire concéda à la Compagnie française de Madagascar la construction et l'exploitation d'une voie navigablcy dite canal des Pangalanes, à établir le long des côtes de Madagascar, entre Tamatave et Andevorante,
Aux termes du cahier des charges, le concessionnaire a jusqu'au 1®** juin 1899 pour la mise en exploitation. La largeur minimum de la voie navigable doit être de quinze mètres au plafond et sa profondeur de 1 mètre.
Les tarifs à percevoir sont établis comme suit :