‹ Les voies antiques de la région du RhôneChapitre 2 sur 15 · HOM. //. 1. III. V · texte numérisé non relu

HOM. //. 1. III. V

plaine basse et pierreuse). Un peu plus loin, dans les Alpes-Maritimes, on retrouve la trace d'Hercule escaladant les derniers contreforts de la chaîne qui sépare la Provence de la Ligurie et ébauchant au pied de la Turbie cette célèbre route de la corniche qui a été pendant si longtemps l'itinéraire classique de tous les touristes (i). Une ville portant le nom d'Hercule, Heraclea Caccabaria, existait au fond du golfe St-Tropez (2) ; et cette dé* signalion de Caccabaria rappelle un des plus anciens noms de la ville phénicienne de Carthage, Kakkabé (3). Une autre Héraclée a longtemps prospéré sur les rives du petit Rhône et fut le berceau du port et de la ville de St-Gilles dans le Gard (4).

(0 Hercules porro e Galliain Italiam contendens, dum per Alpium montes iter facit, asperas transituque difficiles vias stravit et aperuit, ut militaribus copiis cum impedimentis transitusper illos pateret, — Diod. Sic. liv. IV, trad. Dîd.

Primant viam Thebanus Hercules..., prope maritimas composuit Alpes. — Amm. Marc. XV.

Primus inexpertas adiit Tyrinthius arces.

Scindentem nubes, frangentemque ardua montis. Spectarunt Superi, longisque ab origine sceclis Intemerata gradu, magna vi, saxa domantem.

SiL. Ital. Punie, v. 496-499.

bellis labor acrior, Alpes.

SiL. Ital. Punie. I. III, v. 92.

A sinu Sambracitano Heraclea Caccabaria, portus. mpm.XVI Ab Heraclea Caccabaria Alconis ..... •mpm.XIL

Itiner. marit.^ éd. Parthey et Pinder, Berlin, 1849,

(3) Voir Académ, des Inscriptions et Belles-Lettres, 16 mars 1877,

(4) Sunt auctores et Heracleam oppidum in ostio Rhodani fuisse. — Plin, 1. III, c. y.

Monaco enfin, portus Her cuits Monœci, situé à Textrémité de la côte ensoleillée de Provence et dont le rocher pittoresque se découpe en presqu'île comme Gibraltar, l'ancienne Ca/;?^ phénicienne^ où se trouvaient les célèbres colonnes d'Hercule^ était autrefois couronné par le temple du dieu ; et son nom caractéristique de Monaco, rappelle le Melkarih tyrien, le dieu seul, le dieu fort et sans rivaux qui ne souffrait, dit M. Renan^ ni émules, ni voisins (Monoïcos, (i.({voç oixô, seul dans la maison), et dont le culte n'était associé dans son temple à celui d'aucune autre divinité (i).

Sainct-Gilles^ qu^aucuns estiment estre celle que Pline appelle Heraclea.... — César de Nostradamus, Hist, et Chron. de Trovence, 1624.

Quant au temps du changement de ce nom de Heraclea en celuy de Sainf-Gilles^ il arriva sans doute vers Pan 52o, à Poccasion de la demeure de ce Saint, vivant en hermite, au terroir de cette ville. — Honoré Bouche. — Chorogr, de Provence^ 1664.

Voir Germer- Durand. — Inscriptions grecques trouvées à Saint' Gilles (Héraclée). Mémoires de PAcad. du Gard, 1868- 1869).

(i) Ptolémée mentionne même sur cette partie de la côte ligurienne deux ports distincts : Pun dans la rade de Villefranche, Tautre dans le petit havre de Monaco.

MaaaaXiwitov Ntxaia 28® » ... .43°, 5 '

'HpaxX^ouç Xi{iî)v 28° 15'. .•.42^,45'

TpoTuaia SeSaaiou 28° 30 ' 42 ' 30 '

Movofxou Xi{i)iv 28** 28 ' 42'*'4o'

Ptol. Géogr. III, 2.

Herculei ponto cœpere existere colles Et nebulosa jugis attollere saxa Monceci.

Sjl. Ital, Punie. I, v. 568.

L^abbé J. J. L. Barges. — Recherches archéologiques sur les colonies phéniciennes établies sur le littoral delà Celto-Ligurie. Paris, 1879.

Ch. Lenthéric. — La Provence maritime ancienne et moderne, c. X, XI. Paris, 1880.

11 est à peine besoin de dire que le divin Hercule n'a jamais réellement existé et que tous les exploits légendaires ou fabuleux auxquels on a attaché son nom et qui sont devenus en quelque sorte classiques sous le nom des douze travaux d'Hercule, — construction de routes, détournement du cours des fleuves, extermination des brigands et des animaux nuisibles — ne sont qu'une fiction poétique^ représentant les efforts de l'humanité à son premier âge pour dompter la nature rebelle. Ces travaux multiples d'une société naissante ont été si nombreux et ont eu pour théâtre tant de pays si éloignés les uns des autres, qu'il eût été bien difficile, on en conviendra, de les attribuer à un seul homme, quelque héros ou demi-dieu qu'on ait pu le supposer autrefois. Mais les mythologues n'ont pas eu de peine à sortir de cet embarras et ont

imaginé autant d'Hercules que cela leur a paru nécessaire.

La plus grande confusion régnait d'ailleurs dans l'esprit des anciens au sujet d'Hercule. Une sorte de syncrétisme religieux, bien antérieur à l'histoire écrite, avait réuni, dès la plus haute antiquité, sur un seul personnage et fondu en quelque sorte dans un même moule le héros thébain, fils d'Alcmène^ qui a peut-être existé réellement et est considéré comme la personnification de la race dorienne, deux divinités à la fois bienfaisantes et guerrières. Tune d'origine égyptienne, l'autre d'origine phénicienne^ et toute une série de types légendaires assez confus et de fictions naturalistes, dont on retrouve le vague souvenir chez tous les peuples d'origine tyrienne (i).

Mais, quand on y a regardé d'un peu plus près, il a fallu nécessairement faire un partage de tous les exploits du demi-dieu et les diviser entre plusieurs Héraclès de diverses provenances.

La division a même été poussée à l'extrême -, et tandis queDiodore de Sicile reconnaissait trois Hercules, Cicéronen comptaitsix,etVarron n'hésitait pas à en admettre jusqu'à quarante-trois, sans compter un grand nombre de guerriers de différentes nations qui se joignirent à eux (2). On ne saurait y mettre plus de complaisance. Chaque peuple a voulu avoir le sien. Les mythologies de l'Orient et de l'Occident nous parlent tour à tour d'un Hercule

(i) Plutarque. — De Herodot malign, C. XIV.

(2) 'G 8 *ouv 'HpaxXrjç lia^ {lev 'lÔTfpwv Tcap^Bcoxe t))V ôaaiXe^ov toÎç ap^Ttotc T(5v EY/^copfcov, «ÛtÔ; 8 'àvaXa6(ov X7]y Syyafjiiv xoci xaiavTrJaaç eiç T7)v KeXtixtjv . . .

Diop. Sic, L IV, c XIX.

DE LA RÉGIOiN DU RHÔNE It

égyptien, fils du Nil, d'un Hercule crétois,d'un Hercule lydien, d'un Hercule persan, d'un Hercule indien, d'un Hercule latin et même d'un Hercule germain, tous conquérants, voyageurs, grands redresseurs de torts, grands pourfendeurs de monstres, et portant à qui mieux mieux les mêmes attributs, la peau de lion, la massue, l'arc et les flèches, représentant, en un mot, la domination et la

force, pivi Hpax^YifiYï (i).

Le plus important de tous ces Hercules, — le plus réel même, serions -nous tenté de dire, si l'on peut appliquer un pareil mot à un personnage mythique, — est celui dont les poètes et les géographes nous ont raconté le merveilleux voyage depuis la chaîne du Caucase jusqu'aux rivages de l'Ibérie et de la Celtique (Gaule méridionale), et qui a parcouru successivement la vallée du Danube et toutes les côtes de la Méditerranée. Peut-être n'est-il pas téméraire de voir dans cet Hercule la personnification delà race péiasgiqueen Occident (2), et Tindice delà grande migration de cette race primitive, depuis le Caucase où Prométhée lui trace d'avance le programme de ses travaux et Titinéraire qu'elle doit suivre jusqu'au Danube, du Danube à l'Adriatique, de l'Adriatique aux Alpes, des Alpes au Rhône, du Rhône aux Pyrénées (3).

Il est cependant plus rationnel de le considérer comme

(i) Hesiod. — Scutum Herculis, passim.

(2) Voir P. BiAL — Chemins, habitations et oppidum de la Gaule au temps de César. Besançon, 1864.

(3) ^Tri^i youv HpofjLrjOsùç Tcap ' «jtw, xa07)YOU[xgvo5 'HpaxXet twv oBdiv twv aKO KauxàdO'j Trpoç xàç 'Eajrsp^Ôaç*

TjÇsiç 8à AiyuMv eîç aTap6T)Tov orpaiov, 5VÔ' o'j •fxà)(^T)ç, adf* oi8«, xai Ooupoç Tuep'wv

Strab. Geog. 1. IV, c. i.

le symbole du peuple phénicien. Melkarth était la divinité polyade de Tyr. La légende du dieu nous le représente visitant d'abord les côtes méditerranéennes de TAsie et de l'Egypte, parcourant ensuite le Nord de l'Afrique, puis séparant par une sorte de prodige cette Afrique de la partie méridionale de TEurope^ (c'est le détroit de Gibraltar moderne), mettant le pied en Espagne, important la civilisation en Gaule, prolongeant son séjour dans la vallée du Rhône, semant tout le long de ces rivages un collier de villes florissantes et laissant enfin comme souvenir de son passage la route la plus ancienne dont les hommes aient conservé le souvenir.

Cette magnifique épopée du Melkarth tyrien n'est que la traduction poétique des grandes entreprises phéniciennes, qui remontent au treizième ou au quatorzième siècle avant notre ère.

Il est très probable que nous ne connaîtrons jamais qu'imparfaitement l'histoire intérieure de la Fhénicie; et les plus savantes explorations modernes ont pu à peine jeter quelque jour sur ce territoire jadis célèbre, qui ne nous offre aujourd'hui de son passé que des ruines émiettées, des nécropoles plusieurs fois violées et des cendres sans nom (i). Mais nous connaissons mieux la vie extérieure de ce peuple essentiellement voyageur; et nous possédons déjà quelques idées assez nettes sur la marche de ses expéditions maritimes, sur l'épanouissement de son commerce et le développement de ses colonies.

Pressés entre deux des plus puissantes monarchies de

(I) Ernest Renan. — Mission de Phénicie, T862. — E. Vinet. — L'art et r archéologie, 1 874,

DE LA REGION DU RHÔNE li

l'ancien monde, l'Egypte et T Afrique, adossés à la grande chaîne du Liban qui limitait d'une manière bien étroite leur occupation territoriale^ ne possédant en somme qu'une mince lisière de côtes d'une cinquantaine de lieues à peine, les Phéniciens ne pouvaient prétendre à être des conquérants. Mais la mer s'ouvrait devant eux, et ce fut leur véritable domaine. Cette Méditerranée, qui est la grande mer de la Bible, de Tlliade et de TO- . dyssée, est restée pendant de longs siècles le véritable foyer de la vie antique. Son rôle semble à peine avoir changé depuis plus de 3ooo ans. C'est encore la mer historique par excellence, le grand bassin central où s'agitent et se transforment à chaque instant les passions, les intérêts et la fortune du monde civilisé moderne.

Aucun peuple/dans aucun temps, n'a mieux exploité la mer, dans le sens pratique et industriel du mot, que le peuple phénicien. Elle leur a, pour ainsi dire, appartenue pendant près de six siècles, et avec elle tous les rivages qu'elle baigne, toutes les rivières qui en sont tributaires, tous les fleuves qui l'alimentent.

Ne trafiquant que par voie d'échange avec les nations demi barbares de la région méditerranéenne pour lesquelles les moindres produits de l'industrie phénicienne étaient considérés comme des merveilles d'art et de fabrication, ils établirent partout des escales, des comptoirs et des entrepôts -, et tout en amassant d'énormes richesses, ils ouvrirent le monde à la civilisation.

Ces marchands tyriens eurent réellement le génie de la mer. Après avoir occupé la Propontide et le Pont Euxin, c'est-à-dire la mer de Marmara et la mer Noire modernes, ils mirent pied tour à tour sur toutes les îles de la mer Egée. La Crète, Chypre, Rhodes, leur appar-

tenaient ; le groupe des Cyclades et des Sporades était pour eux comme une seconde patrie. De là, ils passèrent sur les côtes de Grèce, d'Egypte, d'Italie, de Sicile, de Sardaigne et du nord de T Afrique, où ils fondèrent Utique et Carthage. Ils s'emparèrent des Baléares et vinrent occuper la partie du sud de la Bétique — l'Espagne moderne — alors presque sauvage ; et, sur cette côte ibérique, ils établirent, d'après Strabon, plus de 200 colonies^ dont la plupart ne nous ont même pas laissé leur nom, mais parmi lesquelles on peut encore citer Malacca, Gadès (Cadix), Tartessas. Ils en tiraient du plomb, de l'étain, du fer, de l'argent, même de l'or ; ils en exportaient du blé, des fruits, de la cire, de l'huile. Ils traversèrent les premiers le détroit de Gibraltar, où la légende place les célèbres colonnes d'Hercule, pénétrèrent résolument dans l'Océan ; et, si l'on en croit encore Strabon, plus de 3oo villes auraient été fondées par eux sur les côtes de l'Afrique occidentale (i).

On les retrouve d'une manière beaucoup plus certaine sur toute la côte méditerranéenne, doublant le cap de Creux qui forme le dernier chaînon des Pyrénées-Orientales, s'arrêtant dans toutes les criques de la Gaule, nouant des relations avec les Ibères et les Ligures, puis s'arrétant aux embouchures du Rhône, jetant à Marseille les fondations d'un comptoir qui devait s'élever en peu de temps à un si haut degré de prospérité, remontant

(I) Strabon est ici évidemment exagère. L'expédition sur la côte d'Afrique est cependant certaine ; et l'on sait même que les Phéniciens remontèrent les côtes de POcéan Atlantique vers le Nord jus* qu'aux îles Gassitérides (îles Sorlingues)^ où ils exploitaient Pétain sur une large échelle^ et qu'ils pénétrèrent même dans la Baltique^ où ils allaient chercher l'ambre jaune.

t)E LÀ REGION OU RHÔNE i5

la vallée du grand fleuve gaulois, pénétrant même dans celle de la Saône (i), redescendant en Provence^ franchissant la chaîne des Alpes, et, après avoir couvert la côte du golfe de Lyon de leurs colonies et de leurs comptoirs, élevant sur le rocher de Monaco un temple à leijr dieu Melkarth, comme le trophée de leurs conquêtes pacifiques et le souvenir glorieux de leurs merveilleuses expéditions.

11 est donc facile d'expliquer historiquement la grande légende dn dieu tyrien. Les Grecs, qui ont tout embelli et tout poétisé, en ont fait leur Héraclès, et Font approprié à leur polythéisme plus délicat et plus raffiné que celui des religions tout à fait primitives. Mais THercule grec n'a été qu'une transformation adoucie du Melkarth phénicien, et sa légende est manifestement tissée sur la même trame {2).

Cette légende orientale, nous Tavons dit déjà, n'est qu'un symbole. L'Hercule phénicien ne saurait être sérieusement considéré ni comme un personnage réel, ni même comme un personnage fabuleux ou une abstraction poétique. Voyageur intrépide, posant et reçu-

(I) La légende d^Hercule lui attribue même la fondation d^un oppidum au mont Auxois sur remplacement oti Ton devait bâtir plus tard VAlesia celtique^ Tun des derniers boulevards de la résistance gauloise à la conquête romaine — aujourd'hui Ste- Reine (Gôte-d'Or).

Accidit autem ut Hercules^ in bello adversus Geryonem in Celticam deflectens, Alesiam ibi condidit — Diod. Sic, 1. V, XXIV, trad. Didé

(2) Ka\ yàp 'Hpocxkéa t6 -f^voç Aiyututiov ovta, 8t ' âvSps^av e^ceXOeîv rtoXXijv

t^Ç 0ÎX0U{Jl^V7);, Xpcl TTJV 67C\ TTJÇ Al6u7)Ç O^dOai TCTÎXtjV * tiTZÏp OU TCSlpbJVXai Xaç «TCO- Si^ÇsiÇ TSapfll XWV *EXX7[vift)V XocfjiSdivsiv.

DlOD. Sic, h 1, c. XXIV.

l6 LES VOIES ANTIQUES

lant tour à tour les bornes du monde, fondateur de villes tyriennes^ conquérant de pays subjugués par les armes tyriennes, le dieu n'est en réalité que le peuple lui-même qui a exécuté ces grands travaux. Le récit de ses courses dans la Gaule permet de suivre la marche,

les luttes, le triomphe et la décadence de la colonie dont il n'est que la représentation et le symbole -, c'est en définitive le génie tyrien personnifié et déifié, et la légende du dieu n'est autre que l'histoire même de ses adorateurs (i).

On peut donc regarder aujourd'hui comme absolument acquis à la science que, dans la période comprise entre le dix-neuvième et le treizième siècle avant notre ère, les Phéniciens avaient entouré d'une ceinture de colonies tout le bassin de la Méditerranée, depuis l'archipel de la mer Egée jusqu'à Gibraltar. On est aussi très fondé à croire que cette occupation ne fut pas limitée à quelques points du littoral ou à quelques comptoirs échelonnés dans la région maritime des grands fleuves. La présence de leurs monnaies dans les vallées supérieures démontre qu'ils colonisèrent assez avant dans les terres^ et qu'ils y firent un séjour prolongé. Ce qui le prouve mieux encore c'est la fondation de ces villes héracléennes c'est-à-dire tyriennes, — Heraclea du Rhône, Heraclea Caccabaria du Var, Portus Hercuits Monœci des Alpes Marïtimes, etc.. -- et surtout l'existence encore reconnaissable de la grande route qui partait du sud de l'Espagne, traversait les Pyrénées, côtoyait une partie de la Méditerranée gauloise, remon-

(i) Ch. Lenthéric. — La Grèce et P Orient en Provence ^ c. X, VI.

DE LA RÉGION DU RHÔnE l'J

tait la vallée du Rhône, franchissait les Alpes au col de Tende et pénétrait en Italie (i j.

(0 ..^.Trafiquant d^une main et combattant de l'autre, ils pénétrèrent dans rintérieur pour exploiter les mines d'or et d^argent que recelaient à fleur de terre les Pyrénées, les Cévennes et les Alpes; ils contruisirent, pour le service de cette exploitation, une route d'une hardiesse et d'une solidité merveilleuses, qui partait des Pyrénées-Orientales et allait descendre en Italie par le col de Tende.

H. Martin. — Hist. de France, t. I.

Cf. Amédée Thierry. — Hist. des Gaulois^ t. I.

rS LÈS VOIES ANTIQUES

Cette route magistrale est de beaucoup la plus longue et la plus ancienne de l'Europe occidentale. Ce ne fut dans le principe qu'un simple frayé, pratiqué dès les premiers âges historiques par les migrations pélasgiques; plus tard le même frayé fut suivi et peut-être rectifié par les tribus ibériennes et ligures qui oscillaient le long de la région littorale dans un va-et-vient un peu confus. Les Phéniciens s'emparèrent ensuite de ce chemin rudimentaire et le transformèrent bientôt en une route régulière qui assura par terre la continuation entre tous les ports naturels ou artificiels de la côte. Ce fut en réalité la doublure de leur ligne de cabotage.

Elle existait, d'après Polybe, bien avant la seconde guerre punique. Hannibal dut la trouver toute tracée lorsqu'il traversa la Gaule^ et elle était déjà empierrée, peut-être même pavée^ suivant la méthode carthagi*

noise, qui n'était qu'une tradition tyrienne (i). Les Grecs de Marseille, qui, dès le 6* siècle avant notre ère^ commençaient à se substituer aux Phéniciens dans le bassin occidental de la Méditerranée, ne manquèrent pas de l'utiliser à leur tour pour le service de leurs colonies échelonnées sur les côtes de Tlbérie et de la Cehique. Strabon et des géographes classiques, en nous laissant la liste à peu près complète de ces colonies (2} nous ont donné par là l'itinéraire et les principales stations de cette route gréco-phénicienne, qu'on ne tarda pas dès lors à améliorer d'une manière sensible. Les commerçants massaliotes étaient d'ailleurs les fidèles alliés de Rome. Pour se ménager sa protection contre les tribus barbares qui peuplaient le Sud de la Celtique, ils s'étaient constitués en quelque sorte les hommes d'affaires et les entrepreneurs de transport des armes romaines. Dans ce but, ils exécutèrent à la route littorale de nombreux redressements, ce qui lui permit de mieux desservir une plus grande étendue de territoire. Ils plantèrent de 8 stades en 8 stades des bornes pour indiquer les distances parcourues (3) ; ils assurèrent ainsi la marche régulière des convois de la république ; et ce fut sur ce tracé déjà très perfectionné que les Romains établirent peu de temps après et d'une manière définitive leurs deux grandes routes militaires du Midi delà Gaule, la via Domitia et la via Aurélia (4).

(1) Primum Posni dicuntur lapîdibus vias stravisse : postea Ro* maniper omnem pêne orbem disposuerunt..., Istdor. Sev. De origin. 1. XIV.

(2) Voir pièce justificative I.

(3) Tocuta yàp T(Ôv f^sSr^UjixifJXOLi, xat aza7i\ul(a':oLi xàl xaià ozoï^io'jç oxTcii ^ik

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