‹ Les voies antiques de la région du RhôneChapitre 6 sur 15 · POL. III, XLIX · texte numérisé non relu

POL. III, XLIX

(2J L'^rudit Casaubon introduisit le mot "Apapoçdâiî^IesèditîôrtS de Polype; il aurait mieux fait d'y laisser le mot SxùSpaç, qui ttiMrait induit personne en erreur. La véritable correction est *l9(kp(xi;^ Isère. — Dauoé de Lavalette, op. cit.

Les manuscrits de Tite-Live (XXI, xxxi) présentent la même iriCeirtitude que ceux de Polybe. On f trouve Bisarar, Ibisdfd, qtfe k plupart des Ci^nmentateuf â, notaffftbcftf Quviefy. ùt&tnê^ vins, Crévier, Drakenborch, Weissenborn, Madvig ont lu avec beaucoup de vraisemblance « ibi Isara ». -— E). Desjardins, Gaule romaine, 1. 1, c. i , § i , p. 90, nofe.

DE LA REGION OU RhAnK ^5

le limite à TEst et lui donne assez bien la forme triangulaire d'un delta, comme le disait Polybe.

Tite-Live entre dans d'autres détails. 11 raconte les négociations d'Hannibal chez les AUobroges; il décrit la route qu'il suivit en longeant le pays des Tricastins, des Voconces et des Tricoriens (i). Ces indications sont précises. M. le commandant Hennebert s'en empare, les discute^ et, grâce à lui, le fil conducteur ne saurait plus nous échapper désormais.

Hannibal remonta l'Isère jusqu'à Grenoble. Cette ville, qu'on appelait alors Cularo, était l'une des priudpaleft places des AUobroges. L'armée y trouva un bon accueil, des vivres, des armes et des vêtements.

Si l'on en croit même M. Hennebert, Hannibal avait depuis longtemps noué des relations avec le brenn gaulois qui commandait à Cularo et avait habilement fait miroiter à ses yeux la perspective de son puissant appui contre Rome. Le chef barbare aurait été séduit, se serait mis à son service, lui aurait donné quelques éclaireurs pour lui indiquer sa route et lui permettre de s'engager sans crainte dans la vallée du Drac. Mais, après plusieurs marches, l'escorte allobroge dut prendre congé des Africains ; ceux-ci se trouvèrent dès lors seuls, san3 guides, engagés dans une vallée étroite, entourés et surtout dominés de tous côtés par des groupes armés de montagnards hostiles et en présence du mur formidable des Alpes qui se dressait menaçant devant eux.

(I) Sedatis eertaminibus AUobrogum, cumjam Alpes peteretf non recta regione iter instituit ; sed ad lamam in Tricastinos flexit; inde per Mtremam oram Vocontiorum agri tetendit in Tricorios^ haud usquam impedimenta via, priusquam ad Druentiam flumen pervenit . -^ Tite-Live, XXI, xxxi.

Il fallait marcher cependant. On passa.non sans coup férir et sans perdre beaucoup de monde.de la vallée du haut Drac dans celle de la haute Durance. On mit bientôt le pied sur le territoire de la tribu des Katoriges, composée de montagnards guerriers et solidement retranchés ; il fallut enlever de vive force leur petit oppi- 'dum, Chorges. qui barrait la route. On traversa ensuite Embrum et Briançon.

La vallée devint alors plus étroite, les rochers plus abrupts, le climat plus rigoureux. On ne put bientôt plus avancer qu'avec le secours du pic, et on dut faire sauter à chaque pas des pans de montagne, et combler des gouffres béants en y jetant d'énormes quartiers de roche.

A ces diflScultés matérielles vint se joindre une sorte de terreur superstitieuse (i). Ces grandes montagnes chauves^ couvertes de glaces étincelantes étaient, disait-on, le sanctuaire de déesses inviolables et terribles. On les appelait les Matrones, Maires, Beœ Matronœ.

L'épigraphie antique nous a laissé de curieux monuments de cette dévotion locale. Le culte des Matrones a en effet survécu longtemps à la conquête ; et l'image de ces divinités topiques, filles des neiges éternelles, est arrivée jusqu'à nous, parfaitement conservée sur un précieux bas-relief où Ton voit une rangée de femmes debout, à la figure sévère, vêtues de longues tuniques et se tenant par les mains deux à deux, de manière à op-

(1) Alpes..., remfama utique inexpertis horrendam

A Ipes. . . . metuebat multitiido .

TlTE-LlVE, XXI, XXIX.

poser une barrière à l'envahîsseur qui voudrait rompre cette chaîne continue (i).

Le mont Genèvre était le Mons Matronarum. C'était presque un sacrilège de fouler ce sol vierge ; et il ne fallut rien moins que le prodigieux ascendant d'Hannibal sur ses troupes pour raffermir leur courage ébranlé, et dissiper de dangereuses hallucinations.

Enfin on arriva au col.

C'est ici que Tite-Live croit devoir faire prononcer par Hannibal un de ces petits discours de circonstance, sur le mérite duquel on est depuis longtemps fixé, et que la plupart des historiens militaires ont d'ailleurs l'habitude de placer, avec plus ou moins de variantes, dans

(i) Le bas^relief est placé sur la face principale de l'autel votif et est surmonté de l'inscription suivante :

MATRONIS

TI . IVLIVS .PRISCI . L

ACESTES

BelotP this inscription is a sculpture, full-faced of five Ma^ fronce, erect, and holding hands. The central figure holds a hand of each of the two lastj whiie thèse and intervening figures again hold hands interchangeable, forming a complète chain. — Wylie. Proceedings of the Society of Antiquaries. April, i5, 1869.

Voir pour les inscriptions sur les divœ matres ou matronœ :

Carlo Promis. — Storia dell 'antica Torino, pass. ; Muratori, XCIII, m, IV, V, VI, VII, VIII ; XCIV, i, 11, m ; Orelli, 2074, 2075, 2086, 2096.

La plupart de ces inscriptions sont transcrites dans Hennebert, Hist. d'Hannibal, op. cit., et portent les mentions :

MATRONIS, — MATRONIS ET DUS DEABVS, — MATRONIS IVN0NIBV8, — SENO[nIBVS] MATRONIS, — DIVIS MATRONIS, etC...

avec les formules ou dédicaces :

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