SYNDROME DE BRO WN-SÉQUARD
de la sensibilité ne subissent pas d'entrecroisement dans la moelle [Mott(l), Gutch et Ilorsley (2)] ; on trouve cependant quelques publications neurologiques récentes dans lesquelles l'ancienne hypothèse anatomique est encore défendue [Brissaud (3), Lloyd (4)], mais on reconnaît que son application à l'anatomie et à la pathologie est de plus en plus difficile. M. Brissaud suppose qu'il est nécessaire de distinguer d'après le siège des lésions deux variétés d'hémianesthésie : une hémianesthésie homologue, du même côté que la lésion, si cette dernière porte sur les cornes postérieures au point d'arrivée des fibres de la sensibilité thermique et douloureuse, et une hémianesthésie croisée si la lésion n'atteint que les cordons antérolatéraux où passe, d'après M. Brissaud, le deutoneurone sensitif. Les fibres de la sensibilité tactile seraient elles-mêmes croisées et leur deutoneurone centripète remonterait par les cordons postérieurs du côte opposé.
M. Raymond (5) reconnaît que les seules fibres qui pourraient constituer une voie sensitive croisée sont les rares collatérales du neurone périphérique que Cajal a décrites, se détachant des fibres radiculaires postérieures et passant par la commissure grise ; or devrait avec cette hypothèse n'accorder qu'un rôle secondaire aux fibres longues des cordons postérieurs ; aussi M. Raymond donne-t-il comme également admissible l'explication du syndrome de Brown- Séquard par une action dynamogénique à distance.
M. Dejerine soutient au contraire plus affirmativement la théorie de Vulpian et de Brown-Séquard ; dans un travail récent (6), en collaboration avec notre collègue et ami Thomas, il résume les arguments qui s'opposent à la théorie de l'entrecroisement sensitif ; on trouve également dans une de ses publications antérieures (7) un
(1) Mott. Philosophical transactions of the Royal Society, 1891.
(2) Gutch et Hohsley. Philosoph. Transactions, 1891.
(3) Bkissaud. Lê double syndrome de Brown-Séquard dans la syphilis spinale. Progrès médical, 1897, n08 29 et 51.
(4) Lloyd. Brain, Spring, 1898.
(5) Raymond. Iconographie de la Salpêtrière, 1897, page 321. — Clinique des maladies du système nerveux. Année 1896-1897. Paris, 1898, page 558.
(6) Dkjeiunk et Thomas. Un cas d'hêmipaniplôgie avec anesthésio croisée. Aroh. de physiol., n° 3, 1898.
(7) Dejerine et Sottas. Sur un cas de syringomyélic unilatérale et à début tardif suivi d'autopsi.-. Soo. de biologie, 23 juillet 1892.
CONCLUSIONS
cas de syringomélie unilatérale dans lequel les troubles de la sensibilité siégeaient du même côté que la lésion de la substance grise centrale.
En résumé, Vhypothese de l'entrecroisement des voies sensitives n'est pas confirmée par la physiologie et par la pathologie.
§ 3. — Conclusions.
Pour expliquer la conduction de la sensibilité dans la moelle, on se trouve donc en présence de deux théories principales. L'une cherche à expliquer la transmission de la sensibilité par l'articulation d'un certain nombre de neurones placés à la suite du protoneurone périphérique centripète ; l'autre, se basant sur les enseignements de l'anatomieet de la physiologie, voit dans la moelle un organe particulier qui reçoit, élabore et transmet par des voies encore mal définies les impressions perçues à la périphérie ; pour arriver à cette dernière conclusion, il est nécessaire de rappeler comment s'est formée la première théorie et de résumer les objections qu'on peut lui opposer.
C'est en se basant sur l'observation clinique que l'on est arrivé à supposer que le sens du toucher, considéré jusqu'alors comme le premier des cinq sens dont l'homme est doué, ne représente pas une fonction unique. Beau (1), reprenant les recherches cliniques de Bouillaud(2) et de Gerdy (3), établit une distinction fondamentale entre les sensations de contact et de douleur ; à la même époque Weber (4) fait également un sens spécial du sens musculaire connu depuis Ch. Bell. Cette tendance à l'individualisation des sensations s'accentue encore avec Landry (5) pour qui « les quatre sensations
(1) BEAU. Kechercbes sur l'anesthésie. Archives générales âe médecine, 184S.
(2) BotriLLAUD. Archives générales de médecine, 1825. — Journal hebdomadaire de médecine, 1830.
(3) Gerdy. Académie de médecine, 1S37-3S, 1841-1842.
(4) Weber. Tastsinn und Geineingefiihl. Wagner's Handbuch der Physiologie, 1848, t. III. Abtheilung 2.
(5) Landry. Kecherches physiologiques et pathologiques sur les sensations tactiles. Archives générales de médecine, 1852, t. XXX, page 53.