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CONCEPTION ACTUELLE DE LA SENSIBILITÉ GÉNÉRALE

de douleur, de température, de contact et d'activité musculaire sont essentiellement distinctes et diffèrent entre elles autant que celles de lumière, de son, d'odeur et de saveur ». Landry faisait rentrer le chatouillement et la pression dans le sens du contact, tandis que Landois et Mosler (1), un peu plus tard, classent le chatouillement dans la sensibilité générale et la pression et la température dans les sensations tactiles. Les progrès de la neurologie ont d'ailleurs permis de subdiviser encore en vue de l'observation clinique les sensations du tact, de la douleur, de la température et du sens musculaire ; mais au point de vue théorique on s'en tient à la distinction de ces quatre sensibilités fondamentales, et cette hypothèse adaptée aux recherches expérimentales et pathologiques a été considérée comme la meilleure preuve de l'existence de plusieurs voies de transmission dans la moelle, la voie des cordons postérieurs devant être affectée au sens musculaire, celle de la substance grise ou des cordons antéro-latéraux aux sensibilités douloureuses et thermique, tandis que le tact est annexé à l'une ou à l'autre suivant les auteurs.

Cette théorie de la spécificité des sensations tactiles, douloureuses, thermiques et musculaires, et son corollaire la multiplicité des organes de perception et de transmission sont en désaccord avec la physiologie et l'anatomie. Pour la sensibilité douloureuse, par exemple, on ne peut sans exagération créer une fonction distincte, et comme le fait remarquer Richet(2), « toutes les sensibilités qui constituent dans leur ensemble le toucher (sensibilité musculaire, thermique et tactile) peuvent, si l'excitation est trop forte ou le nerf trop excitable, devenir des sensibilités a la douleur ». S'il est impossible de dire à quel moment physiologique une sensation de contact se transforme en sensation douloureuse, il en est de même pour une sensation dite thermique, qu'il s'agisse du froid ou du chaud.

Le sens musculaire, désigné par Weber comme un sens spécial, a subi les mêmes objections ; aujourd'hui il n'est plus considéré que comme la combinaison de sensations périphériques ayant des origines multiples (3) (surface cutanée, muscles, ligaments, tendons, os, etc.).

(1) Landois et Mosler. Berliner lilinischc Woohensohrift, 1868, p. 21.

(2) Richet. Tteoherohe* expérimentales et cliniques sur la sensibilité. Thèse de Paris, 1877.

(3) Claparède. I)ulsens musculaire. Thèse de Genève, 1S97.

CONCLUSIONS

On revient donc à l'idée que les diverses impressions dites sensitives sont créées par des excitations plus ou moins intenses agissant à la périphérie. Les fibres nerveuses ne l'ont que transmettre ces excitations, et à la périphérie comme dans les centres la transmission de la sensibilité générale peut être abolie en totalité ou partiellement ; de même qu'une lésion médullaire peut s'opposer à la conduction d'un des modes de la sensibilité, de môme l'action nocive d'un élément infectieux ou toxique sur les nerfs périphériques peut, comme dans la lèpre par exemple ou dans certaines formes de l'intoxication éthylique, intéresser davantage la conduction des sensibilités thermique et douloureuse, et créer une anesthésie qui rappelle la dissociation syringomyélique.

En résumé, les divisions et subdivisions de la. sensibilité générale n'ont de raison d'être que dans V observation clinique.

D'autre part, on admet dans la théorie que nous avons résumée tout à l'heure que chaque fibre radiculaire postérieure (protoneurone sensitif centripète) se met en relation dans la moelle avec un autre neurone (deutoneurone) affecté à la même fonction, et qu'ainsi une sensation de contact, de douleur ou température se transmet de proche en proche par les cellules et les cylindre-axes qui lui sont réservés. Cette théorie en engendre même une seconde : La substance grise de la moelle est le premier relai central des sensations périphériques et elle peut être divisée en une série de segments ou métamères correspondant à autant de segments à la périphérie (Théorie de la métamérie spinale) .

Cette conception schématique est séduisante par sa simplicité ; malheureusement il est difficile de la mettre d'accord avec les connaissances actuelles sur l'anatomie de la moelle.

En effet, si chaque neurone périphérique devait être suivi d'une chaîne de neurones secondaires passant par les cordons antéro-latéraux ou par la substance grise, les voies sensitives s'accumuleraient progressivement dans la moelle depuis le cône terminal jusqu'au bulbe, reproduisant en sens inverse la disposition du faisceau pyramidal. On sait qu'au contraire les variations de volume de la moelle épinière sont locales et proportionnelles à l'importance des racines rachidiennes de chaque région, et il a été démontré que les fibres

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