CONCLUSIONS AN ATOMIQUES
endogènes (fibres commissurales et fibres d'association), dont cette théorie fait des neurones sensitifs secondaires, n'ont en réalité qu'un trajet médullaire relativement court.
D'un autre côté, on ne peut admettre des localisations spinales de la sensibilité en dehors des localisations radiculaires ; le contingent de chaque racine rachidienne postérieure ne se met pas en relation avec un segment déterminé de la substance grise; les dégénérescences secondaires et la méthode de Golgi s'accordent pour démontrer que les fibres exogènes ascendantes de chaque racine (fibres courtes, moyennes et longues et fibres collatérales) ont avec la moitié correspondante de l'axe gris des connexions ininterrompues depuis leur point de pénétration dans la moelle jusqu'au bulbe, et bien qu'on ne connaisse pas exactement la longueur de la branche descendante des racines postérieures, on sait cependant qu'elle établit dans le sens rétrograde des connexions analogues.
En tenant compte des faits démontrés par l'anatomie, on arrive ainsi à des conclusions fondamentales :
1° L'élément essentiel de la moelle épinière est la, substance grise.
2° Les fibres centripètes de chaque racine postérieure se mettent en relation avec la moitié correspondante de cet axe gris sur une très grande étendue dans le sens ascendant et dans le sens descendant.
3° Parmi les fibres endogènes de la moelle, les fibres commissurales et les fibres d'association établissent des connexions ascendantes et descendantes, directes et croisées entre les divers étages de l'axe gris.
On est loin, on le voit, de la conception d'un faisceau sensitif direct passant par les cordons postérieurs, secondé par un faisceau sensitif croisé passant par la substance grise ou par les cordons antéro-latéraux. Mais il n'est pas possible, dans l'état actuel de la science, d'aller plus loin sans rentrer dans le domaine des hypothèses.
Les diverses catégories de sensations établies théoriquement par l'observation clinique correspondent à des excitations périphériques dont on ignore encore la nature et le mode d'action. Transmises à la substance grise de la moelle épinière, ces « impressions sensitives »
CONCLUSIONS
doivent subir une transformation. Cl. Bernard (1) disait déjà : « La transmission de la sensibilité se fait dans la moelle par la substance grise qui communique nécessairement avec les fibres des racines postérieures », et en faisant valoir les réactions expérimentales différentes de la moelle et des nerfs périphériques, il ajoutait : « Il est impossible d'admettre que la sensibilité se transmette de la périphérie au centre par une fibre continue. A son arrivée dans la substance grise, la fibre sensitive s'y perd ; les cellules deviennent l'intermédiaire entre la perception et le cerveau. Cet élément conducteur est insensible, c'est un organe nouveau. »
Vulpian (2) formule une hypothèse analogue : « On peut se demander si les impressions arrivant dans la substance grise n'y provoquent pas une impression centrale, médullaire, qui peut être transmise à l'encéphale par une voie quelconque en conservant une empreinte originelle qui permet au sensorium de reconnaître le point de départ et la nature de l'excitation périphérique. »
La transmission périphérique et la transmission centrale ne sont donc pas comparables dans leur totalité. L'étude anatomique et physiologique de la conduction de la sensibilité dans la moelle se résume dans ces propositions que nous aurons l'occasion de rappeler :
1° Il existe dans la moelle pour les impressions sensitives venues par les racines postérieures des moyens de transmission complexes, la substance grise centrale en est Vêlement fonctionnel principal ;
2° Il n'y a pas lieu d'admettre que les sensations dites tactiles, douloureuses, thermiques, musculaires, constituent autant de fonctions distinctes et que leur conduction médullaire se fait par des systèmes de neurones spécialement affectés a chacune de ces fonctions ;
3° Il n'y a pas lieu d'admettre que la conduction de la sensibilité est croisée dans la moelle.
(1) Cl. Bernard. Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, 185S, p. 338.
(2) Vulpian. Diet. encyclop. des sciences médicales. Moelle, p. 517.