FAISCEAUX ACCESSOIRES DESCENDANTS
jumeaux postérieurs (Freud, Bruce). Ferrier el Turner (1) n'ont pas pu les retrouver dans les dégénérescences ascendantes étudiées avec la méthode de Marchi et supposent que ce sont des fibres du ruban de Reil latéral; par contre, ils décrivent des fibres s'arrêtant dans les tubercules quadrijumeaux antérieurs réunis ainsi pour une voie croisée aux noyaux des cordons postérieurs.
Bechterew (2), en se basant sur l'étude de la myélinisation des fibres et Held (3) par la méthode de Golgi, attribuent au ruban de Reil médian des connexions latérales avec le noyau central inférieur du bulbe, le nucleus reticularis tegmenti pontis, la formation réticulaire de la calotte et de la région des tubercules quadrijumeaux et plus haut avec la substance grise centrale et les noyaux du nerf moteur oculaire commun.
Plus haut encore, on a décrit des fibres allant au corps de Luys et au noyau lenticulaire par l'anse lenticulaire, et même un entrecroisement partiel du ruban de Reil par la commissure postérieure et la commissure de Meynert(Flechsig, Rechterew, D arkschewitsch et Pribytkow) (4) destiné à le mettre en relation avec les noyaux gris du côté opposé, le globus pallidus en particulier. Ces connexions n'ont pas été vérifiées par l'examen des dégénérescences secondaires, expérimentales ou pathologiques.
Faisceaux accessoires descendants. — Ces faisceaux sont beaucoup plus importants ; jusqu'à une époque relativement récente, on leur a attribué un trajet ascendant et un rôle sensitif (Meynert, Fie chsig, Rechterew, Obersteiner, Schlesinger).En effet, tous ceux qui ont étudié le ruban de Reil ont trouvé des fibres qui s'en détachent pour passer dans le pied du pédoncule central. Ces fibres, auxquelles on donne la dénomination générale de Fusschleife ou de pes lemniscus, ont une disposition et une importance très variables. Elles restent en général intactes au milieu des dégénérescences ascendantes du ruban de Reil et Schlesinger (5), qui en a fait une
(1) Ferrier et Turner. Loc. cit. Philos. Tmns., 1894, p. 759.
(2) Bechterew. Ueber die Sehleifensckicht, etc. Archiv fur Anat. n. Physiol. Anat. Abt., 1895, p. 379.
(3) Held. Beitriige zur feineren Anatomie des Kleinhirns und des Hirnstammes. Arch. fiir Anat. und Phys. An. Abt. 189C, p. 435.
(4) Darkschewitsch u. Pribytkow. Ueber die Fasersysteme aui Boden des dritten Ventrikels. IVeur. Centralb., 1891, n° 14.
(5) Schlesinger. Log. cit., p. 42.
LE RUBAN DE REIL MEDIAN
étude spéciale, décrit deux variétés principales : 1° des fasicules qui occupent la parLie moyenne et le segment externe du ruban de Reil médian dans la protubérance, et qui plus haut se joignent à la partie externe du pied du pédoncule, ce sont les faisceaux disséminés de Bechterew (1) ou les fascicules protubérantiels latéraux de Schlesinger ; 2° des faisceaux qui occupent la partie interne du ruban de Reil, près du raphé médian de la protubérance et qui passent dans le pied du pédoncule cérébral selon la description donnée par Flechsig (2), Bechterew, Obersteiner (3) (Fusschleife, mediale Schleife, Bûndel von der Schleife zum Fuss); mais en arrivant au segment interne du pied du pédoncule, ils s'enroulent en général autour de sa face antéro-inférieure et gagnent le segment externe; ils correspondraient ainsi au faisceau arciforme ou faisceau en écharpe, décrit par Féré (4) comme une anomalie anatomique assez fréquente, formée par des fibres contournant plus ou moins obliquement la face inférieure du pédoncule cérébral, et constituant même parfois un avant-pont qui masque les dégénérescences sous-jacentes.
Pour tous ces auteurs, ces faisceaux devaient représenter la voie centrale des nerfs crâniens sensitifs et en particulier du nerf trijumeau. Bechterew mentionne cependant leur dégénérescence descendante.
Puis Redlich (5), en étudiant les dégénérescences secondaires consécutives aux lésions expérimentales de la zone motrice, trouve que ces faisceaux y participent, et bien qu'il ne soit pas possible, même avec la méthode de Marchi, de suivre leurs fibres jusqu'aux noyaux des nerfs crâniens, il leur attribue une fonction motrice. Redlich rappelle à ce sujet qu'on ne voit pas non plus les fibres de la voie pyramidale aller directement aux noyaux des nerfs crâniens ou aux cornes antérieures de la moelle et il n'est pas éloigné de supposer, comme v. Monakow, qu'il existe un neurone intercalaire.
Hoche (6), qui insiste aussi sur la dégénérescence descendante de
(1) Bechterew. Loc. cit. Arch. fur Anat. u. Phys, 1895.
(2) Flechsig. Zur Lehre vom centralen Verlauf der Sinnesnerven. Keur. G-ntralb., 1886, n° 23.
(3) Obersteiner. Anatomie des centres nerveux. Edit. française, 1893, p. 305.
(4) FÉRÉ. Anatomie médicale du système nerveux, 1SS6, p. 185.
(5) Redlich. Ueber die anatotiiischen Folgeerscheinungen ausgedehnter Exstirpationen der motorischen Rindencentren bei der Katze. Neurol. Centralb., 1897, p. 818.
(6) Hoche. Beitriige zur Anatomie der Pyramidenbahn und der oberen Scbleife, etc. Arch. fur Psychiatrie, 1898, Bd XXX, Heft 1.
PES LEMNISCUS
ces faisceaux accessoires du ruban de Reil, décrit au contraire des fibres qui s'en détachent et qui vont se terminer dans les noyaux des nerfs moteurs des deux côtés, dans ceux du facial et de l'hypoglosse en particulier. Il retrouve le môme mode de terminaison dans les cornes antérieures de la moelle.
Nous pensons qu'il est préférable de considérer cette question des fibres descendantes du ruban de Reil à un point de vue plus général, et qu'il importe d'abord de chercher comment se comporte le ruban de Reil médian dans les dégénérescences descendantes du pied du pédoncule, sans préjuger de la fonction de ces faisceaux accessoires.
Dans les dégénérescences descendantes d'origine cérébrale, la voie pyramidale émet sur tout son trajet des fibres latérales qui expliquent son amincissement progressif ; il est certain qu'elle se met en relation avec la substance grise du locus niger et de la protubérance annulaire, et qu'en outre, parmi ces faisceaux aberrants, pédonculaires ou protubérantiels, il en est qui se mêlent au ruban de Reil. Ces faits sont faciles à vérifier, grâce à la méthode de Marchi, et avec notre maître M. Dejerine, nous avons publié il y a quelques mois le résultat de nos premières recherches sur ce sujet. Nous rappelons ici les conclusions auxquelles nous arrivions après examen de 5 cas de lésions cérébrales récentes (1) :
1° Le locus niger reçoit du pied du pédoncule cérébral de nombreuses fibres qui s'arborisent autour de ces groupes cellulaires ; ce fait confirme les recherches antérieures de Meynert, Monakow, Dejerine, Redlich.
2° Dans son trajet protubérantiel, le ruban do Reil reçoit des libres verticales de l'étage antérieur de la protubérance, un certain nombre de fascicules arrondis, qui expliquent en partie au moins son accroissement de volume dans celle région.
Les faits (pie nous rapportons montrent que le ruban de Reil reçoit, en outre, des fibres soit profondes, soit superficielles du pied du pédoncule cérébral. Les profondes suivent le trajet du pes lemniscus de Meynert, les superficielles celui du faisceau en écharpe de Féré, que quelques ailleurs désignent (Oberstciner,
(1) Dejerine et Long. Sur quelques dégénérescences secondaires du tronc encéphalique de l'homme, étudiées par la méthode de Marchi; ruban de Reil, pes lemniscus, locus niger, faisceau lenticulaire de Forel, anse lenticulaire, corps de Luys, commissure de Meynert. Société de biologie, 30 juillet 1898.
LE RUBAN DE REIL MEDIA-N
Henschen) également sous le nom de pes lemniscus. Dans le tome II de VAnatomie des centres nerveux, publié par l'un de nous et actuellement sous presse, nous désignons ces fibres pour éviter toute espèce de confusion dans la terminologie, sous le nom de£)es lemniscus prof vnd et de .pes lemniscus superficiel. Le pes lemniscus profond est constant ; le superficiel pont faire défaut, et il semble exister une sorte de vicarianec entre ces deux faisceaux : lorsque le superficiel est absent ou peu développé, le profond est très volumineux, et vice versa. Les fibres du pes lemniscus profond et superficiel forment, avec les libres protubérantielles, un seul et même système de fibres : le système des fibres aberrantes du pied du pédoncule cérébral qui rentrent en partie dans la pyramide bulbaire, participent à l'entrecroisement moteur, mais non à l'en ti rcroisement sensitif.
Nos recherches montrent crue, suivant leur origine, ces trois groupes de fibres occupent, dans le ruban de Reil et dans la couche interolivaire, une situation distincte. Les fibres aberrantes protubérantielles se placent, comme Schlesinger l'a indiqué, dans l'angle qui sépare le ruban de Reil médian du latéral. Les libres aberrantes pédonculaires superficielles (pes lemniscus superficiel) se placent à la partie interne du ruban de Reil, n'entrent pas dans la constitution de la couche interolivaire, mais s'accolent dans la partie supérieure du bulbe à la face profonde de la pyramide ; les fibres aberrantes pédonculaires profondes (pes lemniscus profond) pénètrent dans la partie externe du ruban de Reil médian, occupent dans le bulbe la couche interolivaire, surtout sa partie antéro-interne, puis entrent dans la pyramide bulbaire au niveau de l'entrecroisement moteur.
Contrairement à ce qu'a avancé Hoche, nous n'avons pu suivre, jusque dans les noyaux des nerfs crâniens, les fibres dégénérées qui, se détachant de la pyramide et passant par les fibres arciformes externes et antérieures, pénètrent ensuite dans le raphé, au niveau duquel elles passent de l'autre côté. Nous avons du reste obtenu le même résultat négatif pour les fibres pyramidales dégénérées dans la moelle épinière que nous n'avons jamais pu suivre jusqu'aux cellules des cornes antérieures.
3° Dans la substance grise du pont, les grains très fins et très nombreux que nous avons observés dans deux cas indiquent une dégénérescence des fibres collatérales et terminales à ce niveau, et ce fait nous rend compte de l'atrophie de la substance grise du pont que l'on observe dans les dégénérescences anciennes du pied du pédoncule cérébral. Il s'agit ici de connexions directes, tandis que les rapports de cette substance grise avec le cervelet sont, au contraire, croisés et s'effectuent par les voies du pédoncule cérébelleux qui y prend son origine.
Ces résultats ont été confirmés et complétés par l'examen de plusieurs autres cas de dégénérescences récentes, et en résumant nos recherches, personnelles exposées plus loin, nous pouvons conclure :
1° Le système des fibres aberrantes du pied du pédoncule céré-
PES LEMNISCUS.
H1ÎSU LTA.TS PERSONNELS
bral se met d'une façon constante en relation avec le ruban de Reil médian, mais il existe de nombreuses variétés individuelles dans le nombre et la disposition de ces faisceaux.
2° Le faisceau du pes lemniscus superficiel, qui rappelle la description du faisceau en écharpe de Féré, est probablement une variété anatomique peu fréquente ; il ne parcourt d'ailleurs pas, de debors en dedans, toute la face antéro-inférieure du pédoncule cérébral et nous l'avons observé dans deux cas où la dégénérescence descendante était limitée à un segment restreint de la région moyenne du pied du pédoncule (cas X et Xll).
3° On trouve aussi quelquefois des fibres superficielles qui contournent la face inférieure du pédoncule cérébral, mais elles suivent une direction opposée à celle des précédentes et passent, de dedans en dehors, sur le segment externe du pied du pédoncule. Elles pénètrent probablement au milieu des fibres du ruban de Reil dans la région du sillon pédonculo-protubérantiel (cas III et X).
4° Les fascicules que l'on voit se détacher de la face profonde de la voie pyramidale sont plus constants. Les uns proviennent du pied du pédoncule (pes lemniscus profond), et passent par le locus niger; les autres sont des fascicules refoulés en arrière, de l'étage antérieur de la protubérance jusque dans le ruban de Reil, par les faisceaux transverses des pédoncules cérébelleux moyens.
5° Toutes ces variétés de fibres aberrantes restent annexées au ruban de Reil médian pendant un trajet plus ou moins long ; parfois elles descendent jusque dans le bulbe et occupent la partie antérieure de la couche interolivaire; mais elles ne prennent pas part à l'entrecroisement sensitif et rentrent dans la pyramide (cas VI, VIII, X) ; plus souvent elles s'épuisent rapidement dans la partie supérieure de la protubérance (cas III, IV, VII, IX, XI et XII); elles peuvent même être simplement accolées à la face antérieure du ruban de Reil médian, et retourner bientôt se mêler aux faisceaux verticaux de l'étage antérieur du pont.
Quant au rôle physiologique de ces faisceaux accessoires descendants, il est certain qu'on ne peut plus les considérer comme la voie centrale des nerfs sensitifs crâniens; mais nous ne pensons pas non plus qu'on puisse leur attribuer, comme unique fonction, l'innervation des noyaux des nerfs moteurs. Leurs connexions terminales ne sont
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pasencore connues, et on peut aussi bien les considérer comme un des nombreux modes de terminaison de la voie pyramidale ; celte dernière subit en effet, dans le pédoncule cérébral et la protubérance, une diminution de volume remarquable en raison des nombreuses fibres et collatérales, qu'elle abandonne à la substance grise de l'étage antérieur et de la calotte et dont la fonction n'est pas encore exactement connue.
11 existe d'ailleurs d'autres fibres qui se détachent du faisceau pyramidal dans la protubérance et le bulbe et qui suivent une direction horizontale et non plus verticale ; nous en reparlerons dans nos observations personnelles. On les trouve constamment dans les dégénérescences secondaires récentes et on les voit s'entrecroiser dans le raphé médian. Quoiqu'on ne puisse pas les suivre jusqu'aux noyaux des nerfs moteurs crâniens, il serai! tout aussi logique d'admettre qu'elles constituent la voie centrale destinée à ces derniers.
§2. — Rôle physiologique du ruban de Reil.
Ainsi que nous l'avons fait remarquer, on a dû, pour l'étude des voies sensitives allant de la partie inférieure du bulbe au cerveau, se contenter d'interpréter les documents fournis par l'anatomie normale et pathologique, et on a utilisé les doctrines de chaque époque sur la physiologie médullaire. Aussi retrouve-t-onici des hypothèses et des théories sur la valeur desquelles nous nous sommes déjà expliqué, et en particulier une tendance générale à attribuer à un faisceau direct, homogène, la transmission de la sensibilité dans l'isthme de l'encéphale et la base du cerveau.
Pour ce faisceau dit sensitif on a admis pendant quelques années la description de Meynert ; on a même trouvé, dans l'étude des lésions de la protubérance et du pédoncule, des arguments en faveur de cette, localisation ; c'est ainsi que Couty (1), analysant un certain nombre de cas de lésions du mésocéphale, conclut que l'anesthésie se manifeste lorsqu'elles siègent dans la partie latérale de la protubérance, au côté externe de la voie pyramidale.
Ensuite le ruban de Reil estvenu remplacer dans cette fonction théo-
(1) Couty. De l'hémianesthésie mésocéphalique. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1877, n° 30 ; 1878, n° 1 .