‹ Les voies centrales de la sensibilité générale [electronic resource]Chapitre 21 sur 45 · ROLE PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ROLE PHYSIOLOGIQUE

riquele faisceau scnsitif de Meynert et cette nouvelle localisation semblait également s'accorder avec la remarque faite par Nothnagel(l), que l'anesthésie existe lorsque les lésions empiètent non seulement sur les parties latérales de la protubérance, mais aussi sur celles qui se rapprochent du plancher du quatrième ventricule.

Dans cette théorie, c'est uniquement en raison de sa continuité avec les cordons postérieurs de la moelle que le ruban de Reil devenait le faisceau de la sensibilité générale et on ne tenait pas compte des autres voies sensitives spinales. Cette lacune a été comblée et nous avons vu comment on admet aujourd'hui la conjonction dans la couche interolivairede deux systèmes de fibres : la voie des cordons postérieurs (sens musculaire), qui s'entrecroise dans le bulbe, et le faisceau sensitif croisé (tact, douleur, température), qui vient par les cordons anléro-latéraux de la moelle (Edinger, van Gehuchten).

Mais l'hypothèse qui fait du ruban de Reil le faisceau de la sensibilité générale a eu le même sort que celle du faisceau sensitif médullaire ; tous ceux qui ont mis cette description schématique en face des faits anatomiques, physiologiques et pathologiques ont été forcés défaire des restrictions.

1° Parmi les physiologistes qui ont étudié cette question en associant l'observation expérimentale et la recherche des dégénérescences secondaires, il faut citer en première ligne Mott, Ferrier et Turner. Leurs expériences faites sur des singes vérifient les conclusions de Brown-Séquard et de Vulpian qui insistaient sur l'instabilité des troubles sensitifs consécutifs aux hémisections du bulbe et de la protubérance.

Ferrier et Turner (2) font d'abord remarquer que la destruction des noyaux des cordons postérieurs ne produit pas de troubles de la sensibilité. Le fait avait été signalé par B echterew (3) qui n'observait à la suite de cette lésion que quelques troubles de la station ; il est encore confirmé par Mott (4) qui par le même procédé ne déter-

(1) Nothnagel,. Traité clinique, du diagnostic des maladies de Venoèphale. Edition française, 1885, p. 126.

(2) Ferrier et Turner. Loc. cit. Philos. Trans., 1894, p, 761.

(3) Bechterew. Neurol. Central!)., 1890, p. 82.

(!) Mott. Expérimental enquiry upon the afférent and efferent tracts, etc. lirai». 1895, p. 1.

LE HUitAN DE RE IL ukhia.n

mine chez le singe qu'un léger degré d'inhabileté dans les mouvements de la main, la sensibilité cutanée restant absolument intacte; et cependant dans ces cas l'examen histologique montre une dégénérescence ascendante complète du ruban de lieil médian.

Ferrier et Turner (1), dans une autre série de recherches, pratiquent l'hémisection de la calotte dans la région des tubercules quadrijumeaux ; ils observent alors une hémianesthésie et une hémianalgésie presque complète du côté opposé du corps, ces troubles sensitifs montrent bientôt une amélioration notable; ils ne peuvent être attribués au ruban de Reil seulement puisque sa dégénérescence est totale et permanente, et d'après Ferrier et Turner c'est en première ligne aux fibres courtes de la calotte que revient la conduction de la sensibilité. Ces voies courtes représentent pour Turner (2) une formation analogue à celle de la substance gélatineuse de Rolando qui disparaît à la hauteur du noyau sensitif du trijumeau.

Mott (3) revient encore sur ce sujet dans un article récent ; il signale les résultats chez le singe d'une section unilatérale de la calotte, il se produit des troubles transitoires delà mobilité et de la sensibilité et une hémianopsie qui est le seul symptôme permanent. L'autopsie, pratiquée trois ans après, montre que la section avait porté sur la calotte du pédoncule et empiété sur le thalamus. La dégénérescence du ruban de Reil médian, dans ce cas, est complète et dans le sens descendant elle va jusqu'aux noyaux des cordons postérieurs du côté opposé qui sont atteints d'atrophie secondaire. Les troubles de la motilité, transitoires comme ceux de la sensibilité, ne peuvent, d'après Mott, être attribués qu'à l'altération des voies sensitives de la calotte, car la voie pyramidale était intacte.

Ces objections faites aux théories actuelles se retrouvent encore dans d'autres publications ; Wertheimer (4), dans le nouveau dictionnaire de physiologie, suppose qu'à côté des voies directes (cordons postérieurs, ruban de Reil médian) il faut admettre l'existence de voies secondaires, et qu'en particulier les fibres courtes placées sur

(1) Ferrier et Turnbh. Loc. cit. Philos. Transactions,!^, p. 26.

(2) Turner. Brain, 1895, p. 231.

(3) Mott. Unilatéral descending atrophy of the fillet, etc. Brain., Sumuier, 1898, p. 180.

(4) Wertheimer. Dictionnaire de Physiologie, article Bulbe, p. 287.

HOLE PHYSIOLOGIQUE

tout le trajet de la substance grise peuvent aussi être chargées de transmettre la sensibilité consciente.

2» Pour la pathologie humaine, nous avons vu l'importance que l'on attribua d'abord au faisceau sensitif de Meynert, puis au ruban de Reil médian ; la fonction sensitive de ce dernier est déjà admise par Spitzka, par Starr(l); elle est confirmée par nombre d'auteurs, par Kossolimo (2) entre autres qui pense que le ruban de Reil contient surtout des fibres destinées à conduire la sensibilité de la moitié opposée du corps. Mais bientôt on fait des réserves sur la valeur des localisations établies d'après l'examen des cas anatomo-cliniques ; on fait valoir la complexité des lésions notées dans les autopsies et on cite des faits indiscutables de dégénérescence du ruban de Reil sans troubles appréciables de la sensibilité générale ; mais comme cette notion est relativement récente et que le nombre des observations suivies d'autopsie est restreint, on doit se borner à analyser des documents souvent incomplets à ce point de vue.

MœlietMarinesco (3), en passant en revue tous les cas de lésions protubérantielles ou pédonculaires, avec ou sans troubles de la sensibilité générale, donnent comme conclusion que les troubles de la sensibilité se manifestent lorsqu'il y a une lésion du ruban de Reil médian et de la partie ventrale de la formation réticulée de la calotte.

Van Oordt (4), reprenant le même sujet quelques années après, arrive par le même procédé à une conclusion un peu plus explicite : la couche interolivaire et le ruban de Reil médian qui lui fait suite servent à conduire le sens musculaire et le sens de coordination, la sensibilité cutanée passe par la formation réticulée, les voies vasomotrices suivent le même chemin.

(1) Starb. Journal of Nervous and Mental Diseases, 1884.

(2) Eossolimo. Arch. fur Psychiatrie, XXI, 3. Analyse dans : Archives de Neurologie, 1891, 2* partie, p. 120.

(3) Mceli et Marinesco. Erkrankungen in der Haube der Briicke mit Bemerkungenûber den Verlauf der Hautsensibilitiit. Archiv fiir Psychiatrie, 1802, Bd XXIV, p. 682.

(4) Van Oordt. Beitrag zur Lehre von. der apoplectiformeu Bulbilrparalyse mit beBonderer Beruchsichtigung der Scblingliihmungund derHeaiianasthesie.-DflîtÉsc/ie Zeitsohrift fiir Nervenhcillmnde, 1896, Bd VIII, p. 220.

LE UUbAN DE HIÏ1L MÉDIAN

Schlesinger (1) remarque que dans un certain nombre de cas de dégénérescence totale du ruban de Reil médian, la sensibilité tactile est restée normale ; dans les cas les plus démonstratifs, le sens musculaire lui-môme est intact ; le ruban de Reil ne peut donc servir à la sensibilité tactile ni au sens musculaire, et Schlesinger se demande s'il ne conduit pas la sensibilité thermique et douloureuse. On peut répondre à cette hypothèse que cet auteur se base sur des observations de syringomyélie et que la lésion de gliose médullaire peut suffire à expliquer cette anesthésie pour la douleur et la température. En effet, Dejerine et Thomas, dans une observation déjà citée (2), ont trouvé une intégrité absolue de la sensibilité thermique et douloureuse clans un cas de syringomyélie malgré la destruction d'une partie de la substance grise de la moelle et la dégénérescence ascendante du ruban de Reil médian ; l'examen clinique révélait des troubles très légers de la localisation cutanée et de la coordination des mouvements dans la station debout, mais les lésions médullaires complexes (cornes postérieures et cordons postérieurs) ne permettaient pas de mettre en cause le ruban de Reil seulement.

Dernièrement, Gee et Tooth (3), en rapportant l'observation anatomo-clinique d'une lésion protubérantielle, soutiennent aussi l'opinion que le ruban de Reil médian est bien une voie afférente, mais que, comme les cordons postérieurs, il ne doit pas être regardé comme l'unique voie de conduction de la sensibilité.

3° Les anatomistes aussi ont cherché à élucider cette question, mais si le ruban de Reil est à présent bien connu, il n'en est pas de même pour les systèmes complexes des voies courtes qui sont placées à côté de lui. La substance grise, fragmentée dans le bulbe par l'entrecroisement des fibres pyramidales et des fibres arciformes, est néanmoins en continuité directe avec la substance grise de la formation réticulée et des noyaux des nerfs crâniens; non seulement elle ne diminue pas de volume, mais elle s'étale dans le bulbe et plus haut dans la calotte de la protubérance et du pédoncule; on trouve

(1) Schlesinger. Beitriige zur Kenntniss der Schleifenclegenerationen. Tramum du laboratoire d' Obertsteiner. Vienne, 1896, p. 63.

(2) Dejerine et Thomas. Loc. cit. Société de biologie, 10 juillet 1S97.

(3) Gee and Tooth. Heuiorrhage into Pons, etc. Brain, Spring, 1898.

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