VOIE CENTRALE DES NEUFS CHANIENS SENSITIFS
dans ces régions des amas de cellules au milieu desquelles passent des voies longues (faisceau pyramidal, ruban de Reil, faisceau longitudinal postérieur, voies cérébelleuses) et des fibres plus courtes dont on connaît peu le trajet et la longueur, et dont on doit cependant tenir compte aussi bien que des fibres commissuraleset d'association de la moelle.
On a cherché à reconnaître le trajet bulbaire et protubérantiel du faisceau fondamental antéro-latéral de la moelle. Pour B echterew (1), il se termine dans le noyau centrai de Roller, dans le nucleusreticularis tegmenti pontis et il envoie même des fibres à la calotte du pédoncule cérébral. Kôlliker (2) insiste sur ces fibres courtes, qu'il nomme voies sensitives de 2e ordre et qui remontent depuis la moelle dans le bulbe et la protubérance; il donne le nom de nucleus magnocellularis diffusus à la substance grise au milieu de laquelle cheminent ces fibres et qui se continue par la substance réticulée de la calotte. Parmi ces fibres, il en est qui doivent, d'après Kôlliker, former des voies d'association réflexes entre les noyaux des nerfs spinaux et les noyaux des nerfs crâniens, mais ce n'est là qu'une explication partielle, et sur le rôle fonctionnel de toutes les autres fibres courtes on ne peut émettre que des hypothèses.
Par analogie avec la théorie de la physiologie médullaire, quelques anatomistes attribuent la conduction du tact et du sens musculaire à la couche interolivaire et au ruban de Reil médian et celle des sensations thermiques et douloureuses et des excitations vaso-motrices à la formation réticulée (Flechsig, Bechterew), mais cette hypothèse n'est pas plus confirmée par la pathologie nerveuse que celle d'Edingeretdevan Gehuchten, qui font du ruban de Reil l'aboutissant de toutes les voies spinales de la sensibilité.
On admet qu'il existe une voie de conduction centrale pour les nerfs crâniens sensitifs et qu'elle doit rejoindre dans son trajet bulbo-thalamique la voie centrale de la sensibilité du tronc et des membres. Nous avons vu qu'on crut un instant avoir démontré son existence en décrivant le pes lemniscus auquel on attribuait un trajet ascendant,
(1) Bechterew Ueber Liingsfaserzuge der Forinatio rcticulnris Neurol. Central!)., 1835, p. 337.
(2) Kôlliker. Tlandhvch der Gemebelehre, Bd II, p. 303 et suiv.
LE RUBAN DE RE IL MÉIMAN
tandis que ces fibres accessoires du ruban de Reil ont au contraire un trajet centrifuge. En réalité, on ne sait que fort peu de cbose sur ce sujet et ce n'est guère que pour le trijumeau qu'on a pu recueillir quelques documents anatomo-cliniques.
Les troubles de la sensibilité dans la sphère du trijumeau peuvent se manifester dans deux conditions différentes : si la lésion porte sur les neurones périphériques de ce nerf ou si les voies centrales sont interrompues. Dans le premier cas, l'anesthésie faciale est directe, du même côté que la lésion, et si cette dernière atteint en môme temps dans la protubérance les voies centrales de la sensibilité générale, on observe une hémianesthésie alterne (anesthésie faciale d'un côté, anesthésie du tronc, des membres et quelquefois aussi de la face de l'autre côté). Ce fait est bien connu et nombre d'auteurs en ont fait valoir l'importance pour les localisations cérébrales (Nothnagel, Vulpian, etc.). Dans le second cas, une lésion qui atteint une moitié du bulbe, de la protubérance ou des régions situées plus haut dans le cerveau, intéresse en même temps les voies centrales de la sensibilité du tronc et des membres, et celles de la face qui doivent venir des noyaux sensitifs du trijumeau ; ces noyaux sont étalés sur une grande hauteur, car la racine descendante de ce nerf parcourt la protubérance et le bulbe et va jusque dans la partie supérieure de la moelle cervicale.
Quelques auteurs tendent à admettre une voie centrale des nerfs sensitifs crâniens (trijumeau, glosso-pharyngien, pneumogastrique) placée dans la formation réticulée à côté de la voie centrale de la sensibilité du tronc, mais suffisamment distincte pour qu'une lésion puisse atteindre l'une et laisser l'autre intacte. C'est l'opinion de Hôsel (1) et de van Oordt (2). Ce dernier auteur pense que dans le bulbe la voie sensitive du trijumeau est très rapprochée de celle des autres nerfs et qu'elle émet sur tout son trajet des fibres qui croisent le raphé médian et vont aux noyaux de la racine descendante du côté opposé ; il fait d'ailleurs remarquer que dans les observations cliniques l'anesthésie de la face et l'anesthésie du tronc et des membres s'associent dans des proportions très variables.
(1) HÔSEL. Eia weiterer Beitrag zum Verlauf der Rindenschleife und centraler Trigeminusfasern beim Menschen. Archiv fur Psychiatrie, 1893.
(2) Van Oordt. Loc.oit., p. 225.
CONÇU SI ON S
A ce propos, il est peut-être utile de rappeler qu'au point de vue fonctionnel chaque hémisphère cérébral n'exerce pas son action motrice et sensitive uniquement sur la moitié opposée du corps. Le rôle moteur bilatéral de l'écorce cérébrale, certain pour le facial supérieur, probable pour les muscles de la déglutition et de la phonation, doit l'être aussi dans des proportions encore indéterminées pour le tronc et même pour les membres. Pour la sensibilité spéciale on admet que l'audition, le goût, l'olfaction ont une représentation corticale bilatérale, car on ne connaît pas de fait anatomo-clinique montrant une abolition complète unilatérale de ces fonctions à la suite de lésion cérébrale. Pour la sensibilité cutanée, l'observation clinique enseigne également que l'hémanesthésie d'origine organique est souvent moins complète et moins permanente à la face que sur le tronc et les membres. Il est donc possible que la représentation corticale de la sensibilité cutanée ne soit pas exactement la même pour la tête, pour le tronc et pour les membres, et c'est peut-être là qu'il faut chercher l'explication de certains faits relevés par la clinique.
En tout cas, rien jusqu'à présent ne confirme l'hypothèse d'une voie centrale isolée pour le trijumeau. L'anatomie normale et pathologique n'ont pas encore donné de description précise sur sa situation, son trajet et son entrecroisement avec celle du côté opposé. Il est probable qu'elle se confond en grande partie avec celle qui fait suite aux voies sensitives de la moelle ; il est possible aussi qu'elle envoie des fibres longues qui se joignent au ruban de Reil médian pour aller directement à la couche optique.
| 3. — Conclusions.
1° Au point de vue anatomique, le ruban de Reil médian représente un système complexe. La partie la plus importante de ce faisceau est formée par des fibres longues centripètes allant des noyaux des cordons postérieurs au centre médian et au noyau externe de la couche optique. Dans ce trajet il émet des fibres qui s'arrêtent en différents points de la substance grise. Il est possible qu'en échange d'autres fibres ascendantes viennent se joindre à lui.
CONCLUSIONS
Il contient, d'autre part, des fibres accessoires descendantes qui viennent de la voie motrice du pied du pédoncule et dont le nombre et la disposition sont variables.
2° Au point de vue physiologique, le ruban de Reil médian constitue par sapartie essentielle ( fibres longues ascendantes) une voie centripète qui fait suite aux fibres longues des cordons postérieurs de la moelle.
Aucun fait anatomique, physiologique ou pathologique ne permet actiLellement d'en faire la voie unique de transmission de la sensibilité générale dans l'isthme de Vencéphaleet la base du cerveau. D'autre part, on ne peut accepter sans réserves les théories qui définissent le rôle respectif des voies longues, des voies courtes et de la substance grise dans la transmission des diverses sensations tactiles, douloureuses, thermiques, musculaires.