HISTORIQUE. — MÉTHODE AN ATOMO- CLINIQUE
Parmi les cas rapportés par ces auteurs, il en est qui sont particulièrement intéressants ; ce sont ceux où une opération ou un accident opératoire créent une lésion peu étendue de la zone motrice, et déterminent la production de troubles de la motilité et de la sensibilité prédominantes dans la partie du corps correspondante à la localisation. Ce sont entre autres : le 4e cas personnel de Dana, l'observation 24 de Henschen, les cas de Dunin (1), Knapp (2), Alberton i et Brigatti (3).
Cette conception de la zone sensitivo-motrice se retrouve dans d'autres publications : Charpy (4) dit qu'il paraît acquis que « les cbamps moteurs et sensitifs se couvrent complètement ; il n'y a plus de centres moteurs mais des centres sensitivo-moteurs ». M. Soury, qui dans un ouvrage antérieur (les Fonctions du cerveau, 1891) avait déjà fait un exposé critique des principales théories sur les localisations cérébrales, revient sur ce sujet plus spécial de la localisation corticale de la sensibilité; il cite d'abord (5) le trajet du nouveau faisceau sensitif, le ruban deReil médian, qui d'après Flechsig et Hôsel passe par la capsule interne et la couronne rayonnante et se termine dans les circonvolutions centrales ; puis il démontre (6), en s'appuyant sur les cas de Knapp, Dana, Dejerine, etc., que les centres moteurs se rapportent également à la sensibilité, au sens musculaire et aux phénomènes d'association, et il conclut en disant • « On n'a pas plus le droit de localiser par hypothèse le sens musculaire dans le lobe pariétal que la sensibilité cutanée dans le lobe falciforme. »
En revenant ainsi à la conception primitive des physiologistes qui admettaient que les zones excitables de l'écorce ont des fonctions complexes, on pouvait être tenté de chercher à reconnaître quels sont les éléments chargés de ces diverses fonctions. 11 suffira de citer ces ten-
(1) Dunin. Verhandlungen des X Internat, médical Congress, Bd IV, p. 11.
(2) Knapp. A contribution from brain surgery to the stvdy of the localisation of the sensory centres in the cérébral cortex. Boston, 1891. — Intracranial groroths, p. 61.
(3) Albertoni e Brigatti. Rvoîsta sperimentale di Freniatria, XIX, janvier 1893.
(4) Charpy. Traité d'anatomie humaine, t. III, 1894, p. 670.
(5) Soury. Le faisceau sensitif. Revue générale des sciences, 30 mars 1894.
(6) Soury. La localisation cérébrale de la sensibilité générale. Revue générale det sciences, 30 avril 1894.
LOCALISATION CORTICALE DE L'iiÉMIANESTHÉSIE
tatives qui sont encore du domaine de la physiologie psychologique. Les unes sont basées sur l'interprétation des résultats de la méthode de Golgi et Cajal et ont pour but d'attribuer à chaque variété de cellules ou de fibres une fonction déterminée; mais si on met à part les grandes cellules pyramidales qui semblent bien donner naissance aux cylindre-axes de la voie motrice, cet essai de localisation cellulaire n'a pu jusqu'à présent arriver à un résultat précis. D'autres ont comparé par l'anatomie pathologique l'étendue des lésions avec les symptômes ; c'est ainsi que Muratow (1) attribue les troubles du sens musculaire à une lésion profonde de l'écorce, impliquant une destruction des fibres d'association.
La superposition exacte des centres moteurs et sensitifs dans une même région empiétant plus ou moins sur le lobe pariétal, semblait donc, il n'y a pas longtemps, la solution la plus acceptable d'après la physiologie expérimentale et la pathologie humaine ; mais d'autres travaux, dont quelques-uns tout récents, ont fait renaître la théorie de la localisation de la sensibilité générale et du sens musculaire dans le lobe pariétal. Les uns n'ont qu'une valeur rétrospective et s'appuient sur des théories anatomiques anciennes. Sachs (2) admet que les voies motrices et sensitives, séparées dans la capsule interne, le sont encore dans la couronne rayonnante, et que les centres sensitifs sont pour cette raison placés en arrière des centres moteurs. Redlich (3) va plus loin et, entre la voie motrice et la voie sensitive il intercale dans la capsule interne et dans la couronne rayonnante une voie du sens musculaire; l'écorce comprendrait donc, d'avant en arrière, des centres moteurs, des centres du sens musculaire et des centres de la sensibilité cutanée. Il n'est pas nécessaire de répéter ici pour quels motifs une semblable hypothèse est en contradiction avec l'anatomie normale et pathologique.
D'autres, s'appuyant au contraire sur les données plus récentes de l'anatomie cérébrale, supposent que les neurones thalamo-corticaux qui transmettent la sensibilité générale se distribuent sur l'écorce
(1) MueATOW. —Arch.fiir Anat. u. Phys. Anat. Abt., 1893, p. 97. — Mur. Centralb., 1898.
(2) Sachs. Bau vnd Thabigheib des Grosshirncs. Breslau, 1893.
(3) Hedlich. Ueber Storungen des Muskelsiniies und des stereognostischen Sinnes bei der cerebralen Hémiplégie. Wiener KliiiischeWoclwnschrift, 1S93, p. 514.