LA ZONE SENSITIVO-MOTRICE
cérébrale dans une zone dépassant dans tous les sens les limites de la zone motrice : ils iraient plus particulièrement au lobule pariétal inférieur (v. Monakow).
D'autres enfin se basant sur des observations anatomo-cliniques défendent la théorie déjà ancienne de Nothnagel sur les fonctions sensitives du lobe pariétal. Bruns (1) publie un cas de tumeur qui, en comprimant de dehors en dedans le lobe pariétal, avait provoqué surtout des troubles du sens musculaire et de la sensibilité cutanée ; il en conclut que les troubles de la sensibilité et l'ataxie sont en relation avec les lésions de cette région ; il lui semble que la localisation des fonctions motrices diminue d'avant en arrière dans les circonvolutions centrales, tandis que la localisation de la sensibilité s'accentue dans le même sens, et il n'est pas éloigné d'admettre que la circonvolution frontale ascendante est purement motrice, la pariétale inférieure purement sensitive, tandis que le circonvolution intermédiaire, la pariétale ascendante, serait mixte.
Ces travaux et d'autres encore semblent mettre en doute la valeur des résultats acquis précédemment, et M. Soury(2) signale cette nouvelle évolution en disant : « Les troubles qui résultent des lésions du lobe pariétal sont des anesthésies, des hyperesthésies ou des paresthésies tactiles, l'écorce du lobe pariétal est la sphère sensitive du cerveau comme celle du lobe occipital et celle du lobe temporal sont les sphères de la vision et de l'audition mentales. »
Conclusions. — La localisation corticale des centres delà sensibilité générale a subi bien des modifications successives, et actuellement encore ce n'est pas seulement la place que peuvent occuper ces centres qui reste en discussion, mais aussi leur valeur physiologique. Il est cependant possible d'arriver à des conclusions plus affirmatives en réunissant ce que l'anatomie, la physiologie et l'observation clinique donnent d'indications précises sur ce sujet.
1° Au point de vue anatomique, on sait assez exactement quelle est l'étendue de la zone dite motrice de l'écorce cérébrale ; elle répond sur le lobe frontal et le lobe pariétal à la région dont les fibres de
(1) Bkuns. Zwei Fâlle von Hirntumor mit genauer Lokaldiagnose. Neurolog. Centralb., 1898, n°a 17 et 18.
(2) Souey. Les localisations cérébrales des centres corticaux de la sensibilité générale. lie vue générale des Sciences, 15 mars 1898.
LOCA.LISA.TION CORTICALE DE l'hÉMIA-NESTHESIE
projection passent par le genou et le segment postérieur de la capsule interne et descendent dans le pied du pédoncule cérébral. Cette zone motrice ne comprend pas seulement les circonvolutions rolandiques, et M. Dejerine a montré que la partie postérieure du pied des première et deuxième circonvolutions frontales et la partie antérieure du lobe pariétal en l'ont partie. Le pli courbe n'en fait pas partie, on \e sait de source certaine, car il n'envoie pas de fibres au pied du pédoncule; mais en avant de ce point extrême, il est probable que le lobe pariétal en grande partie rentre dans la zone motrice ; c'est un point qu'il sera utile d'élucider, et la métbode de Marchi, applicable aux cas de lésions récentes et peu étendues, permettra sans doute défaire plus exactement cette délimitation.
En tout cas, la séparation théorique des circonvolutions rolandiques motrices et des circonvolutions pariétale (pariétale supérieure et pariétale inférieure) sensitives, n'est pas conforme à la réalité.
II0 En physiologie expérimentale, on doit admettre non pas des centres distincts pour la motilité et la sensibilité, mais une zone sensitivo-motrice. La lésion de cette zone ne produit pas une paralysie et une anesthésie complètes, et les phénomènes de déficit sont d'autant plus marqués que l'animal appartiennent à une espèce plus élevée. La motilité et la sensibilité ne représentent pas en effet une fonction unique, mais chacune d'elles comporte un grand nombre de processus physiologiques plus ou moins perfectionnés et plus ou moins localisés.
III0 Ces conclusions sont importantes pour la pathologie humaine. En effet, les observations anatomo-cliniques neîouvmssent -pas de cas démonstratifs d'anesthésie par lésion corticale avec intégrité complète de la motilité. L'hystérie seule peut réaliser ce syndrome clinique, mais l'hystérie ne peut servir d'argument pour établir des localisations cérébrales.
D'autre part, l'anesthésie par lésion corticale n'est jamais absolue, et quand on suit l'évolution delà maladie on voit presque toujours les symptômes s'atténuer progressivement, mais cette amélioration se fait dans des proportions qui varient avec chaque individu. Il est permis de se demander si la nature, le siège et l'étendue de la lésion en largeur et en profondeur, sont les seules explications de cette variabilité des symptômes; l'âge du malade, en particulier, n'est pas indifférent ;
LA ZONE SENSITIVO-MOT1UCE
dans l'hémiplégie cérébrale infantile ; la suppléance des fonctions, si remarquable pour les troubles du langage, existe aussi pour les troubles de la motilité et de la sensibilité, et chez l'adulte cette suppléance fonctionnelle est plus rapide que chez le vieillard, à égalité de lésions.
Il faut considérer aussi que les différentes parties du corps ne bénéficient pas également de cette amélioration, et dans cet ordre d'idées il semble bien qu'il y a un parallélisme manifeste entre les troubles moteurs et les troubles sensitifs. En effet, de môme que la paralysie des muscles de la face, de la langue, du pharynx n'est pas définitive si la lésion cérébrale est unilatérale, de même on voit rarement l'hémianesthésie persister à la face dans les mêmes proportions que sur les membres ; la même remarque pourrait être faite pour le tronc, et c'est en somme aux extrémités supérieures et inférieures que les troubles de la motilité et de la sensibilité persistent en général avec le plus d'intensité; on sait aussi que presque toujours, dans les cas de monoplégie brachiale ou crurale, l'anesthésie,si elle existe, a la même distribution périphérique que la paralysie.
Dans cette anesthésie, ou, si l'on préfère, dans cet affaiblissement de la perception des impressions sensitives, les différents modes de la sensibilité ne sont pas également touchés ; et il existe dans les observations cliniques presque autant de variétés que de sujets. La sensibilité au contact, étudiée avec un pinceau fin, peut paraître, dans un cas donné, notablement altérée alors que la piqûre d'une épingle produit pour la même région une sensation douloureuse très vive ; et inversement la piqûre légère avec une épingle peut ne pas éveiller de sensation douloureuse, mais seulement une sensation de contact moins vive que le simple chatouillement avec un pinceau. On s'accorde à admettre qu'un mode d'excitation périphérique peut ne provoquer aucune réaction, tandis qu'une autre excitation agit encore sur les centres, mais comme cette dissociation apparente des troubles sensitifs est des plus variables dans ses manifestations, il est peu d'auteurs qui aient songé à l'utiliser pour supposer une localisation distincte pour les impressions de contact et de douleur.
11 n'en est pas de même pour la fonction plus complexe du sens musculaire. Beaucoup de neurologistes actuels lui attribuent une
LOCALISATION COHTICALE DE l'hÉMIANESTHÉSIE
représentation corticale spéciale, en dehors de la zone motrice, etla localisent surtout dans le lobe pariétal ; les uns admettent l'ancienne théorie de Weber et font du sens musculaire un sens distinct, les autres l'expliquent par une association des divers processus moteurs et sensitifs, association qui se ferait dans des régions particulières de l'écorce cérébrale. Aux premiers on peut répondre que le sens musculaire n'est en réalité que la résultante d'un grand nombre des sensations diverses qui font partie de la sensibilité générale superficielle et profonde; aux autres on peut faire cette objection qu'il n'est pas indispensable que les phénomènes d'association s'effectuent dans une autre région que la zone sensitivo-motrice. Et d'ailleurs, dans la pratique ces hypothèses ne pourraient être discutées que si on vient à prouver qu'une lésion corticale, du lobe pariétal par exemple, peut produire des troubles du sens musculaire sans qu'il y ait des phénomènes de déficit pour la motilité et la sensibilité générale.
Il est une catégorie de lésions qui a fourni des arguments contre l'hypothèse d'une zone sensitivo-motrice, ce sont les tumeurs intracrâniennes ; parfois elles se comportent comme une lésion de ramollissement et donnent des symptômes en foyer selon les lois des localisation cérébrales ; mais parfois aussi elles restent latentes ou donnent une symptomatologie anormale. On a pu de cette façon utiliser des observations de néoplasmes intracrâniens contre la théorie des localisations cérébrales, ou encore établir des hypothèses nouvelles sur les fonctions de certaines régions. Nous nous abstiendrons de reprendre l'analyse de ces cas et de chercher l'explication des anomalies symptomatologiques observées. Si une tumeur comprimant la zone motrice donne par exemple des troubles moteurs sans troubles de la sensibilité ; si, dans un autre cas, la compression du lobe pariétal semble produire des symptômes de déficit prédominant dans le domaine de la sensibilité, on ne peut cependant utiliser ces faits pour rétablir une règle générale ; en effet, il serait facile de citer d'autres observations apportant des conclusions diamétralement opposées. La physiologie pathologique des tumeurs est complexe, il n'est pas possible de faire la part des phénomènes de déficit et des phénomènes d'inhibition ou d'excitation à distance. Ces lésions ne peuvent donc, dans la grande majorité des cas, servir à l'étude exacte des localisations cérébrales.
CONCLUSIONS
En résumé, la méthode anatomo-clinique et la méthode expérimentale prouvent que la motilité, la sensibilité générale et le sens musculaire ont la même localisation corticale.
La région dite motrice de Vècorce cérébrale est une zone sensitivo-motrice.