‹ Les voies centrales de la sensibilité générale [electronic resource]Chapitre 7 sur 45 · DOCUMENTS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

DOCUMENTS ANATOMIQUES

suivre par la méthode de Marchi la dégénérescence ascendante de quatre faisceaux : les deux principaux sont les tractus cérébelleux (faisceau cérébelleux direct et faisceau de Gowers), les deux autres sont représentés par quelques fibres seulement ; l'un passe par le faisceau de Gowers puis par le ruban de Reil latéral et enfin se joint au ruban de Reil médian ; l'autre, faisceau spino-thalamique, passe par le faisceau fondamental de la moelle, puis dans la formation réticulée du bulbe et de la protubérance et se joint au faisceau précédent dans la région sous-thalamique. Tschermak (l),qui cite aussi ces cas, rappelle l'existence du système ascendant spino-cérébral, passant par le faisceau longitudinal postérieur dont il a observé la dégénérescence ascendante.

Nous avons tenu à signaler ces publications ; elles montrent, ce qu'on était en droit de supposer, qu'on peut suivre des fibres dégénérées continuant dans le sens ascendant le trajet des cordons antérolatéraux ; mais ces fibres ne sont qu'en petit nombre et doivent rentrer dans le cadre des fibres d'association longitudinales.

En résumé : 1° Les dégénérescences secondaires démontrent que les fibres des racines postérieures se terminent dans la substance grise de la moelle du même côté, c'est-à-dire sans entrecroisement. Parmi ces fibres, quelques-unes seulement arrivent au bulbe et se terminent dans les noyaux des cordons de Goll et de Burdach.

La méthode de Golgi complète cette description par des faits importants : la division de ces fibres radiculaires en deux branches, ascendante et descendante, la présence de nombreuses collatérales sur le trajet des fibres des cordons postérieures et la terminaison des cylindre-axes et des collatérales par des arborisations autour des cellules de la substance grise.

2° Les fibres endogènes qui naissent des cellules de la substance grise sont ascendantes et descendantes ; l'étude de leurs dégénérescences secondaires nous montre qu'à l'exception des faisceaux destinés au cervelet, la presque totalité de ces fibres n'a qu'un trajet intra-médullaire plus ou moins étendu ; elles ne forment pas de voie

(1) Tschermak. Ueber den centralen Verlauf der aufsteigenden Hinterstrangbahnen und deren Beziehungen zu den Bahnen im Vorderseitenstrang. ArcMv fur Anatomie und Physiologie, Anat. Abth., 1898, p. 291.

THÉORIES PHYSIOLOGIQUES

longue établissant une communication directe entre l'axe gris de la moelle depuis son extrémité inférieure et les segments supérieurs de l'axe cérébro-spinal. Cette formule s'applique aussi bien aux fibres commissurales qui traversent la ligne médiane qu'aux fibres d'association qui restent du même côté de la moelle.

La méthode de Golginous montre que ces fibres endogènes émettent sur tout leur trajet de nombreuses collatérales rentrant dans la substance grise et traversant même parfois la ligne médiane.

Toutes ces fibres endogènes ne peuvent donc servir qu'à relier entre eux les différents étages de la moelle, mais leurs connexions doivent être très complexes.

§ 2. — Théories physiologiques de la conduction de la sensibilité dans la moelle.

Nous ne pouvons songer à faire un historique, même sommaire, de ces théories ; nous nous bornerons à indiquer les idées en cours actuellement sur ce sujet et basées sur les connaissances anatomiques acquises récemment.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, toutes ces théories cherchent à résoudre deux problèmes encore fort discutés : la détermination du rôle fonctionnel de la substance grise et des faisceaux blancs et l'hypothèse d'une décussation des voies sensitives dans la moelle.

Transmission de la sensibilité par la substance grise et par les faisceaux blancs (cordons postérieurs et cordons antéro-latéraux). — Schiff (1), en 1853 et dans les années qui suivirent, fit un grand nombre d'expériences qui l'amenèrent à donner les conclusions suivantes : les cordons blancs postérieurs servent à conduire les impressions de contact, la substance grise conduit les sensations de douleur et de brûlure. Cette théorie fut acceptée par les uns (B r o w n- Séquard), repoussée par d'autres et en particulier par Vulpian ;

(1) Schiff. Sur la transmission des impressions sensitives dans la moelle épiniôre, Académie des Sciences, 22 mai 1804. Ses communications ultérieures [Berner naturforsehendc Gesellscliaft, 24 janvier 1857, et Vermmmlnng deustcher Katurforso/ier, Karlsruhe, 1858), sont rapportées , ainsi que d'autres travaux sur le même sujet, dans le 3° volume du Recueil des mémoires physiologiques de M. Schi ff. Lausanne 1896, p. 260, 262, 268, 270, etc.

THÉORIES PHYSIOLOGIQUES

elle devait être remise en évidence plus tard par la découverte de la syringomyélie.

Il n'entrait d'ailleurs pas dans les vues de Schiff de supposer des voies de transmission bien définies pour chaque modalité de la sensibilité générale ; on sait en effet avec quelle ardeur il chercha a démontrer expérimentalement que la sensibilité persiste après une série de sections ou de résections alternantes pratiquées sur la moelle épinière, conclusion à laquelle sont arrivés presque tous les physiologistes et que Vulpian résume en disant qu'il n'y a pas de route déterminée dans la substance grise pour la transmission des impressions sensitives « ou du moins il n'y a pas de roule indispensable, exclusive (1) » .

En étudiant les théories actuelles, on voit au contraire dominer la préoccupation, consciente ou inconsciente, de faire passer les différentes sensations par des systèmes de fibres bien définis. En utilisant la théorie des neurones, on prend comme point de départ le neurone périphérique (protoneurone sensitif centripète) qui, par les fibres radiculaires, aboutit aux cordons postérieurs et à la substance grise de la moelle ; de cette dernière part une voie de deuxième ordre, qui subit une décussation partielle ou totale suivant les auteurs, et dont les cylindre-axes, suivant les cordons antéro-latéraux, vont rejoindre dans le bulbe une autre voie de deuxième ordre, le ruban de Reil qui fait suite aux cordons postérieurs de la moelle. Pour ceux qui admettent que les voies sensitives sont représentées par des neurones à long trajet, il suffit d'en mettre deux ou trois bout à bout pour aller de la périphérie au sensorium commune ; si, au contraire, on admet des relais en diverses régions, comme la formation réticulée du bulbe et de la protubérance ou dans la couche optique, il faut un plus grand nombre de neurones (voies secondaires, tertiaires, etc.). D'autre part, pour expliquer les phénomènes de suppléance, on est amené par cette manière de voir à supposer l'existence de voies principales ou de moindre résistance et de voies collatérales, comme les voies cérébelleuses par exemple.

Telle est, esquissée dans ses grandes lignes, la doctrine actuelle de la conduction de la sensibilité dans la moelle; mais lorsqu'on

(1) Vulpian. Dict. enoyclop. des sciences médicales. Article Moelle (Physiol.), page 397.

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