SUBSTANCE GRISE ET FAISCEAUX BLANCS
passe aux points de détail, on voit combien varie d'un auteur à l'autre son application aux différents modes de la sensibilité.
C'est Edinger (1) qui a le plus explicitement affirmé l'existence d'une voie sensitive secondaire passant par les cordons antéro-latéraux; elle part de la substance grise des cornes antérieures et postérieures où elle est en connexion avec les fibres des neurones phériphériques, elle subit une décussation en passant par la commissure antérieure. Les cylindre-axes de ce faisceau sensitif croisé d'Edinger sont disséminés dans le cordon antéro-latéral, puis ils se condensent au niveau du bulbe dans le faisceau fondamental antérieur et rejoignent le ruban de Reil dans la couche interolivaire. D'autre part, dans le cordon postérieur passent des voies qui par leurs connexions avec le cervelet et avec les centres moteurs corticaux ont une influence sur la régularisation sensitive des mouvements et le tonus musculaire. C'est donc à la substance grise et à la voie secondaire qui en part qu'est due, d'après Edinger, la conduction des impressions de la sensibilité cutanée (tact, douleur, température).
Kôlliker (2) dit qu'on peut supposer, d'après la pathologie et l'expérimentation, que les cordons postérieurs conduisent le sens musculaire seulement ; la voie de transmission de la sensibilité cutanée (tact, douleur, température) passe par la substance grise et les cordons antéro-latéraux et il est possible qu'elle soit croisée. Kôlliker reconnaît d'ailleurs qu'il reste bien des points obscurs à élucider et en particulier quelle est la valeur relative des voies secondaires directe et croisée des cordons antéro-latéraux par rapport à la voie directe des cordons postérieurs.
Pour Van Gehuchten (3), la voie sensitive périphérique va directement et sans entrecroisement à la substance grise médullaire, les fibres longues des cordons postérieurs allant seules jusqu'au bulbe. Les voies centrales sont plus complexes et comprennent une voie principale et une voie secondaire, cette dernière passant par le
(1) Edinger. Einiges vom Verlauf der Gefiïhlsbahnen im centralen Nervensystem. Deutsolw meddxinisohe Wochemchrift, 1890, n° 20.
Vorlemngcn iibcr dm Ban der nerrosen Centralorgane, 5" édition. Francfort, 18!>G, p. 331 et suiv.
(2) Kôlliker. Jlandbueh der Gewebelehre, C>° édition, 2u volume, p. 118.
(3) Van Gehuchten. Anatomie du système nerveux de l'homme, 2° édition, pages 758 et 881.
THÉORIES PHYSIOLOGIQUES
cervelet; la voie principale comprend les fibres du faisceau sensitif croisé d'Erlinger, qui, dans les cordons antéro-latéraux, occupe le faisceau fondamental et se môle aussi au faisceau de Gowers ; les fibres longues de ce faisceau croisé rejoignent dans le bulbe le ruban de Reil qui représente la voie centrale des cordons postérieurs. D'après Van Gehuchten, les fibres longues des cordons postérieurs servent à la conduction de la sensibilité tactile, tandis que les impressions se rapportant aux sensibilités douloureuse et thermique sont transmises par les fibres longues des cordons, en majorité croisées; les impressions de la sensibilité musculaire sont conduites par le faisceau cérébelleux au cervelet, et par les cordons postérieurs au bulbe, d'où elles peuvent aussi être renvoyées au cervelet par le pédoncule cérébelleux inférieur.
Il est cependant quelques auteurs qui ne pensent pas qu'on puisse émettre une théorie précise sur le trajet et le rôle physiologique des voies sensitives médullaires. Charpy (1), entre autres, enseigne qu'au point de vue anatomique, il existe une voie longue allant sur les cordons postérieurs aux noyaux des cordons de Goll et de Burdach d'où repart une voie croisée, le ruban de Reil; en outre, on doit admettre un grand nombre d'autres voies de transmission : les fibres courtes et moyennes du faisceau de Burdach, les fibres des cordons directes ou croisées, à court ou à long trajet, et enfin la substance grise elle-même par ses petites cellules à cylindre-axe court. « Mais au point de vue physiologique, dit Charpy, ce n'est que sous forme d'hypothèses qu'on peut indiquer les chemins suivis par les sensibilités tactile, douloureuse, thermique, musculaire ».
Ces extraits des principaux ouvrages publiés récemment montrent combien les théories physiologiques actuelles sont peu univoques pour le sujet qui nous occupe. On remarque que lorsqu'elles cherchent à donner une conclusion positive, elles ne tiennent pas toujours compte des faits anatomiques que l'on peut considérer comme définitivement acquis. C'est le cas pour l'hypothèse de la voie sensitive secondaire qui, après avoir subi un entrecroisement par la commissure antérieure conduirait directement les impressions de la sensibilité cutanée par les cordons antéro-latéraux vers le cerveau ou le cervelet.
(1) Charpy. Traité d'anatomie humaine de Poirier, t. III p. 242-243.