‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 10 sur 321 · Ib., c. u · texte numérisé non relu

Ib., c. u

nous a paru bon d'en distraire l'oraison mentale et de l'étudier ici avec tous les développements que comporte un si grave sujet

L'oraison mentale est, en effet, l'âme de la vie contemplative. Tous nos autres moyens de nous unir à Dieu, c'est eWj qui les féconde, les anime, et décuple leur efPcacité. Sans elle, le saint office, qui remplit une bonne partie de nos journées et ramène toujours les mêmes formules, risquerait d'engendrer la routine, l'égarement des pensées, le dégoût et l'ennui ; mais, après que le feu de la méditation a enflammé notre âme, la sainte liturgie n'est plus lettre morte, elle parle à l'esprit et au cœur, tout en nous chante les louanges de Dieu. De même, sans le goût de Dieu puisé dans l'oraison mentale, la lecture est froide et presque infructueuse ; avec lui, les livres spirituels nous touchent, et, non contents de présenter la lumière à notre esprit, ils la font pénétrer jusque dans le cœur et la volonté. Il n'y a rien de plus puissant que le saint sacrifice et les sacrements ; mais jamais ils ne produisent autant de fruit que lorsqu'une fervente oraison a largement ouvert l'âme aux effusions de la grâce. C'est la vie d'oraison qui élève le religieux au-dessus des mesquines pensées de la terre et des petites préoccupations de la nature ; c'est elle qui nous fixe en Dieu el nous fait vivre dans le recueillement et la vigilance sur nous-mêmes ; c'est elle qui nous

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communique l'esprit surnaturel et la dévotion, vivifiant ainsi nos jeûnes, nos veilles, nos travaux et toutes nos œuvres ; sans elle, nos observances, si admirablement conçues, risqueraient d'être un corps sans âme.

Dès lors que l'oraison mentale est un élément si capital de notre vie contemplative, nous devons l'estimer, l'aimer et nous y appliquer avec une sainte ardeur. Mais c'est un art divin, et non des moins difficiles. Les commençants ont besoin d'apprendre l'oraison méthodique, comme l'ouvrier même le plus intelligent doit être initié aux secrets de sa profession ; ils auront profit à connaître les divers procédés qui peuvent remplacer la méditation, pour ne pas rester désœuvrés quand elle fait défaut. Ceux qui progressent et ceux qui sont plus avancés ont besoin de savoir quand il convient de passer à l'oraison affective ou à la contemplation active, et comment il faut s'y comporter. Plus tard, s'il plaît à Dieu d'élever les âmes aux degrés divers de la contemplation mystique, — et cela ne devrait pas être rare parmi les religieux et surtout dans un Ordre contemplatif , — il est nécessaire que le chemin soit bien éclairé et qu'un guide éprouvé dirige nos pas. Autrement l'âme serait ouverte à toutes les illusions. Voilà ce qui fait que beaucoup de bons sujets demeurent en chemin et piétinent sur place au lieu d'avancer ; ils ne possèdent pas suffisamment cet aride Forai-

son qui doit être le fond de leur vie. Il serait injuste de dire que tout le mal vient de l'ignorance, les faiblesses de la volonté y ont une grande part; mais l'ignorance est le premier des fléaux, et, pour ainsi dire, un mal fondamental.

Il est vrai que les bons livres qui traitent de l'oraison mentale abondent et sont dans toutes les mains. Toutefois, la plupart des auteurs ne parlent guère que de l'oraison méthodique qui est propre aux commençants ; on a déjà de la peine à trouver un exposé clair et précis des oraisons qui conviennent aux âmes plus avancées, sans pourtant sortir des voies communes. Beaucoup d'auteurs ont embrouillé comme à plaisir cette matière cependant bien simple ; ils ont créé une confusion déconceriante parleurs descriptions parallèles de la contemplation acquise et de la contemplation infuse. Surtout, quand on sort des oraisons communes pour entrer dans les oraisons plus élevées, (•'est presque un labyrinthe ; il faut étudier patiemment les auteurs, les rapprocher, les contrôler l'un par l'autre, tâcher de les mettre d'accord et démêler la vérité parni des systèmes si divers. Une étude aussi ardue a tout ce qu'il faut pour rebuter môme d'excellents esprits.

L'auteur de ce modeste travail a donc cru faire œuvre utile en offranl à ses frères un exposé clair, simple et court de toute cette matière, un petit directoire dans les voies de l'oraison, un manuel

OÙ ils trouveront des conseils pratiques pour tous leurs besoins à mesure qu'ils avanceront dans les oraisons communes, et même, s'il plaît à Dieu, dans la contemplation mystique ; de sorte qu'ils auront toujours sous la main, dans un rapide exposé, les renseignements qu'il leur eût fallu cher cher dans vingt livres divers.

Ce travail n'offre aucun appareil de science et ne renferme rien de bien neuf, sauf peut-être sa disposition. L'auteur a mis à contribution les traités d'oraison qu'il a pu se procurer ; tantôt il les cite, tantôt il les résume et les combine, et il n'a presque rien dit de lui-même, semblable à Tabeille qui va butinant de fleur en fleur, cueillant son miel partout oii elle le trouve.

Il désire uniquement provoquer les âmes à l'oraison mentale, leur rappeler les chemins battus et les voies moins explorées qui mènent àl'unicn divine, leur remettre en mémoire les dispositions qui assurent le succès de la prière, la manière de s'y comporter, les fruits qu'il faut en retirer, la nécessité de faire toujours aller de pair l'oraison et la perfection ; imprimer ainsi un nouvel élan dans notre Ordre à la vie contemplative, et, par elle, aux hautes vertus dont elle est la meilleure école ; car, c'est dans sa méditation que le Psalmiste échauff*ait son cœur et s'enflammait de l'amour divin.

Dieu veuille bénir ce modeste travail, et luicom-

muniquer la grâce de raviver dans beaucoup d'àmes le zèle pour l'oraison mentale 1

L'ouvrage sera divisé en trois parties, où nous étudierons successivement l'oraison en général, les oraisons communes, et les oraisons mystiques.

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