CHAPITRE m
xions aussitôt qu'elles auront provoqué les affectioDs et les demandes ; puisque roraison est à proprement parler dans ces actes de la volonté, je m'y tiendrai aussi longtemps que je le pourrai, et ne reprendrai des considérations qu'autant qu'il en faudra pour ramener, maintenir et activer les affections.
Cela varie beaucoup selon l'état de l'âme. Tout d'abord les convictions sont faibles, les passions et les fautes obscurcissent l'esprit, les créatures l'occupent et l'absorbent, les choses divines ont de la peine à y entrer ; le cœur est froid pour Dieu, la volonté difficile à mouvoir, mille attaches la retiennent sur la terre. Il faut donc un long et pénible travail de méditation pour faire luire la lumière parmi tant de ténèbres, et pour allumer les saintes affections dans un cœur encore saturé de la sève des passions. Mais avec le temps, l'oraison produit cette quadruple pureté dont nous avons i-arlé; et cette pureté, à mesure qu'elle augmente, fait que l'esprit est plus tôt convaincu, le cœur vite échauflé, et la volonté prompte à se mouvoir. En conséquence, on laisse d'abord une large place aux considérations ; puis celles-ci vont en diminuant progressivement, et on s'achemine peu à peu vers cet état meilleur, où l'oraison devient plus affective que méditative, où l'âme, déjà mieux purifiée, n'a plus guère qu'à tenir son œil intérieur amoureusement fixé sur Dieu pour converser cœur à cœur avec lui.
Il est tout naturel que, da-ns nos cloître?, l'ànieait besoin dès le principe de moins de co.aiidératioos,
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et qu'elle arrive plus tôt aux oraisons affectives, parce que nos abondantes lectures, Toffice divin, l'audition de la parole de Dieu, l'habitude de penser aux choses célestes remplissent l'esprit et le saturent de pieuses réflexions, tandis que nos austérités, purifiant le cœur, lui facilitent l'union à Dieu. Si l'on considère dans leur ensemble les âmes qui en sont encore à la simple méditation, une petite moitié de l'oraison pour la préparation et les considérations sera largement suffisante. Même dès le début, il est utile que ces considérations soient entremêlées de quelques pieuses affections et demandes, pour qu'elles soient un commencement de conversation avec Dieu et qu'elles ne dégénèrent pas eu une simple étude.
§ III. Manière pratique de faire les considérations.
Les considérations se font différemment selon qu'il s'agit d'un fait ou d'un mystère sensible qui parle à l'imagination ou d'une vérité purement spirituelle.
I. Si le sujet de la méditation est un fait ou un mystère sensible, comme la mort, le jugement, le ciel, l'enfer, la vie et la Passion de Notre-Seigneur et autres choses semblables, j'essaierai de me représenter le sujet avec ses diverses circonstances, comme si le fait avait lieu sous mes yeux ; j'éviterai toutefois de me fatiguer la tête et les nerfs par la contention ; je garderai mon imagination contre