CHAPITRE III
les vaines rêveries et les distractions, et ne prendrai point toutes ses créations pour des réalités. Pendant qu'elle fera revivre l'ensemble et les détails de l'événement ou du mystère, mon esprit tâchera d'en retirer les enseignements qu'ils contiennent et de m'en taire l'application pratique. Je pourrai parcourir de la sorte les diverses circonstances remémorées par le fameux vers latin :
Quis9 Qiiid? Ubi 9 Quihus auociliis 9 Cur 9 Quomodo 9 Quando 9
Si je fais, par exemple, mon oraison sur la Passion, je me demande: Quis9 Quel est celui qui souffre ? — C'est le Fils de Dieu. — Quid ? quelles peines endure-t-il ? Là je me représente la multitude et l'immensité de ses douleurs. — Ubi9En quel lieu ? Je me transporte en esprit dans les divers endroits où N-S. a souffert : au jardin, dans les prétoires, sur le Calvaire, etc. — Quitus auxiliis ? Par quels moyens ? L'abandon de son Père, la désolation de sa Mère, la fuite des Apôtres, la trahison de Judas, le reniement de saint Pierre, la haine et les perfidies des juges et des témoins, l'émotion populaire, la faiblesse de Pilate, la rage des bourreaux, etc. — Cur 9 Pourquoi ? L'amour de N-S. pour la gloire de son Père et pour notre salut, sa haine du péché, nos fautes finalement, etc. — Qnomodo 1 Comment? Il abandonne volontairement son corps et son âme à la souffrance, se livre de son propre gré à ses ennemis, et choisit la mort la plus ignominieuse, etc. — Quando9 Quand ? Ce fut le temps de la Pâque, quand les étrangers, les habi-
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tants de toute la Judée, les auditeurs de N-S. et les témoins de ses miracles affluaient à Jérusalem, etc *.
On voit que ce procédé d'envisager le sujet avec ses circonstances diverses fournit une matière inépuisable, capable d'occuper des heures entières, et demandant souvent à être divisée.
II. Dans le second cas, c'est-à-dire si le sujet est purement spirituel, je fais travailler mon imagination tout au plus pour me figurer que je vois N-S. me donner l'exemple et que je l'entends me formuler le précepte ; je me contente donc de me rappeler ce que la foi et la raison m'enseignent sur ce sujet ; j'en considère les divers aspects pour en saisir toute la portée; j'essaie de le graver dans mon esprit, de l'approprier à mes besoins actuels, detirer des conclusions pratiques, en pesant les motifs qui me sollicitent, en examinant quelle a été sur ce point ma conduite passée, et quelle doit être ma résolution pour l'avenir.
Car toute l'oraison doit, nous le répétons, aboutir à nous réformer sur un point spécial, par exemple, tel péché d'habitude à corriger, telle vertu à pratiquer. Considérations, affections, demandes et résolutions, les détails et l'ensemble de l'exercice sont des soldats et une armée qui manœuvrent pour atteindre ce but ; la stratégie qui règle tous nos mouvements dans l'oraison ne doit jamais perdre de vue cet objectif.
1. Abbé Saudreau. Degrés de la vie spirituelle, 1. II, c. ni, art. 2.