‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 13 sur 321 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

apparence sans realité. Le moyen donc de provoquer la prière, de l'animer, delà rendre fervente, d'en faire un cri qui jaillit des profondeurs de Vâme et pénètre jusqu'au ciel, c'est de faire naître le désir, de l'exciter, de le rendre plus vif; car la ferveur de la supplication sera en rapport avec la vivacité du désir ; ce qu'on a peu à cœur, on le demande mollement, si même on le demande ; ce qu'on veut de toute son âme, on le sollicite avec des paroles enflammées, on plaide cette cause auprès de Dieu avec une véritable éloquence.

§ II. — Prière vocale et prière mentale.

Laissant de côté tout ce qui ne vient pas à notre sujet, nous nous bornerons à dire que la prière se divise en vocale et mentale.

La prière vocale est celle qui se fait en employant des paroles ou des signes, ou peut-être plus exactement en recourant à une formule fixée d'avance qu'on lit ou qu'on récite ; tels sont l'office divin, le chapelet, l'Angelus, le Benedicite, les Grâces, ttc.

La prière mentale est celle qui se fait sans employer ni paroles ni formule. Nous la nommerons habituellement Oraison pour abréger.

Une large part est faite à la première dans chacune de nos journées : les textes liturgiques sont imposés par les préceptes de l'Église ; nos règles nous enjoignent aussi quelques prières vocales ; et d'autres, comme le chapelet, sont d'un usage tellement universel, qu'un bon religieux ne voudrait pas les omettre. Il ne faut pas mépriser la prière

vocale ; car, si elle est bien faite, elle donne à Dieu les hommages de notre corps avec ceux de notre âme ; le cœur plein de dévotion déborde tout naturellement en paroles et en signes qui traduisent au dehors ses sentiments intérieurs ; au contraire, quand il a besoin de se remplir, les pieuses formules fixent l'attention de l'esprit et provoquent la dévotion du cœur. Et « c'est pourquoi, dit saint Thomas *, dans la prière privée, il faut user de ces paroles et de ces signes autant qu'il est utile pour exciter intérieurement l'esprit; mais s'ils aboutissent à le distraire et à lui créer un empêchement quelconque, il faut cesser d'en user ; ce qui arrive surtout en ceux dont l'esprit est suffisamment préparé à la dévotion sans ces signes».

Cette dernière observation de saint Thomas nous indique la mesure qu'il convient que chacun donne à la prière vocale en dehors des formules de précepte ou de règle, A ceux qui ne sont pas appelés à une prière plus élevée, selon Schram 2, la prière vocale bien faite peut suffire pour vivre chrétiennement et même avec perfection, surtout si une âmey est poussée par un mouvement spécial de Dieu, ce qui pourra se reconnaître aux effets... Bien plus, saint Bonaventure prescrit des prières vocales à ceux qui sont plus dévots, afin qu'ils les ruminent par l'effet d'une bonne coutume quand ils n'ont pas une plus grande dévotion.

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