‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 137 sur 321 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

aimé passionnément sans rien perdre de son respect... etc.

L'époque, — C'est après plus de quatre mille ans d'attente, où tous les cœurs le désiraient, les prophètes l'annonçaient, les événements le figuraient et préparaient sa venue, etc., etc.

On voit comment un sujet, ainsi contemplé plus avec le cœuret par la foi que pardes raisonnements compliqués, est capable d'exciter l'amour, la reconnaissance, l'admiration, la joie, la louange et mille autres sentiments pieux ; la volonté est attirée aux plus généreuses résolutions, pendant que le cœur s'épanche en colloques affectueux avec Dieu le Père, avec Notre-Seigneur et sa sainte Mère.

II. Application des sens. — «Par l'imagination, on se rend un objet présent, on le voit pour ainsi dire, on l'entend, on le touche, on le goûte... Or appliquer cette faculté de l'âme et nos sens à une vérité de la foi, autant qu'elle en est susceptible, ou à un mystère de N.-S.J.-G.,c'est faire ce qu'on appelle TappZication des sens. Cet exercice consiste donc en ce que l'âme, par l'imagination, se figure entendre des paroles, toucher des objets ; par exemple, baiser les pieds de Notre-Seigneur,... ce qui ne doit se faire qu'avec un grand respect. On applique l'odorat au parfum qu'exhale telle ou telle vertu, le goût à en savourer la douceur... Ce sera tout le contraire s'il est question d un vice. Conibiendechosesl'âme peut se représenter comme étant douces ou amères, d'une odeur agréable ou repoussante ! Cette application des sens ne doit cependant pas être séparéede toute

178 DE l'oraisoï»

espèce de réflexion, seulement elie est le moyen principal » '* par lequel on s'occupe du mystère.

Si c'est à des choses spirituelles, comme les vices ou les vertus, qu'on fait cette application des sens, est-il besoin de dire qu'il faut soigneusement éviter tout ce qui serait subtil et forcé?

Si c'est à des faits ou à des mystères sensibles, l'application des yeux et de l'ouïe ne diffère en rien de ce que nous avons décrit ci-dessus dans la contemplation ; celle-ci, toutefois, se contente de regarder les personnes et leurs actions et d'écouter leurs paroles ou ce qu'on suppose qu'elles disent. Dans l'application des sens, on fait encore intervenir l'odorat, le goût et le toucher.

Ainsi, dans la naissance de Notre-Seigneur, je puis toucher la crèche, la paille, les pauvres langes, baiser les pieds sacrés et les petites mains de Jésus, — et respirer l'air froid et glacé, la mauvaise odeur de retable. Je puis aussi odorer spirituellement le parfum des vertus que pratiquent dans la grotte Jésus, Marie et Joseph, et goûler de même la joie de Marie et de Joseph, les humiliations de Jésus, ses souffrances, ses larmes, son dévouement, pour exciter ma foi et enflammer les afïections et les résolutions.

« Il y a une différence bien marquée entre cet exercice et la méditation, celle-ci est plus du ressort de l'intelligence, le raisonnement s'y exerce davantage. Elle discourt et sur les causes et sur les

\. P. Chaignon, Méd. rel., t. i, inlrod.

Page 1