‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 155 sur 321 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

repos actif, quiétude active, contemplation active ou acquise. Nous nous borneroiis à exposer cette dernière acpeliation.

Art. 2. — Contemplation active,

La contemplation, prise en général, est une oraison de simple regard amoureux sur Dieu et les choses de Dieu ; elle ne cherche pas la vérité comme la méditation, elle la possède et s'y repose avec amour.

11 serait très exagéré de dire qu'elle comporte toujours cette vive admiration qui tient l'intelligence suspendue dans la stupeur, — l'ardeur de l'amour qui jette la volonté dans les transports, — et la joie qui envahit Pâme et les sens. La stupeur de l'admiration, l'ivresse de l'amour et les transports de la joie sont un maximum d'intensité rarement atteint; le plus souvent, la contemplation demeure sans grandes émotions, ou même elle se passe dans une monotone et désolante aridité. Comme l'oraison discursive, la contemplation a ses vives lumières, ses suavités, son calme et ses fatigues, et n'a pas fixé sa tente sur le Thabor.

Toute son essence, selon nous, tient dans ces deux mots : elle regarde et elle aime.

Ce n'est plus le travail de rimagination,de la mémoire et de l'entendement ; ces facultés sont bien occupées, mais plus simplement ; au lieu de cherclier la vérité par les longs et pénibles circuits du raisonnement, elles ont fini de parcourir le chemin et sont arrivées au but ; l'esprit, possédant

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la vérité, la contemple par un acte direct, il en jouit sans effort*. C'est une simple attention, un souvenir, un regard, une intuition. La lumière est l'aile, ia conviction bien assise, l'évidence telle qu'oji perçoit les choses de Dieu à peu près comme on perçoit les premiers principes : on se souvient, on regarde, on prête attention, et cela suffit. Cela n'empêche pas cette vue d'être tantôt plus lumineuse, tantôt plus taible et voilée. Il est dans sa nature d'avoir quelque chose d'obscur et de confus, parce qu'elle procède en général par vues d'ensemble et ne s'arrête pas aux détails, à peu près comme on embrasse d'un seul coup d'oeil tout un paysage.

Ce simple regard est toujours accompagné d'amour, amour presque imperceptible ou ardent, calme ou violent, amer ou savoureux. Cet amour est même ce qu'il y a de principal dans la contemplation : c'est à la fois la source d'où elle procède, la fin où elle tend, le fruit qu'elle porte ; on regarde parce qu'on aime, on regarde pour aimer, et l'amour s'alimente et s'ennamme en regardant.

L'amour ne va pas sans la connaissance : on ne peut aimer Dieu, si l'on ne sait qu'il est aimable ou si l'on n'y pense point ; cette connaissance étant générale et indistincte, l'amour a aussi quelque chose d'obscur et de confus Parfois la lumière domine, et la contemplation eai diérubique; plus souvent c'est Tamour, et elle est séraphique. Certains auteurs font davantage ressortir la lumière, d'autres l'amour ;

t. Saint François de Sales, Amour de Dieu, 1. IV, c. iv.

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en réalité, les deux éléments sont indispensables. L'objet de la contemplation, c'est Dieu en lui-même ou dans ses œuvres ; Dieu est l'objet premier ; les choses de Dieu, l'objet secondaire. En Dieu, ce qui charme, c'est sa beauté, sa bonté, son amour. Notre- Seigneur attire spécialement le contemplatif. N'estil pas Dieu, Dieu plus près de nous, Dieu mis à notre portée. Dieu amant de nos âmes et paré d'un charme que nous comprenons mieux? Pourquoi ne pourrions-nous pas le saisir de ce simple regard amoureux qui constitue la contemplation ? Et si Dieu veut nous élever, qui l'empêchera de verser en nous lumière et amour pour nous faire partager les complaisances qu'il prend en son Bien-Aimé ? Sainte Thérèse *, ayant lu que la sainte Flumanité était un obstacle à la parfaite contemplation, le crut d'abord et voulut s'en détourner ; elle se plaint amèrement de son erreur, qu'elle appelle une grande trahison : « Oh ! quel mauvais chemin je suivais, Seigneur I ou plutôt j'avais perdu tout chemin... C'est cent et cent fois que je l'ai vu par expérience, et je l'ai entendu de la bouche même de N.-S. » Son humanité sainte est l'appui de notre pensée, son amour appelle notre amour, il est la porte par où l'on entre dans les secrets de la divinité. « Ainsi ne cherchez pas d'autre route, fussiez-vous au sommet de la contemplation. On marche sûrement par cellelà. » La sainte cite ensuite de « grands contemplatifs

4. Vie, XXII, en entier — CItdtcaii, wi* dem., c. vu, passim. Saint Jean de la Croix, Montée, 1. III, c. i et xiv.

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qui n'allaient pas par un autre chemin. Saint François nous en donne la preuve par les stigmates ; saint Antoine de Padoue, par son amour pour l'Enfant Jésus ; saint Bernard trouvait ses délices dans la sainte Humanité ; sainte Catherine de Sienne et beaucoup d'autres en faisp,ient autant ^ ». Ailleurs ^ elle raconte que N.-S. lui fut promis et donné « comme un livre vivant, qui laisse imprimé dans l'âme ce qu'on doit lire et faire. r>

Ainsi l'âme, cessant « de méditer, de produire des actes à /brce de raisonnement », pense simplement à Dieu, « par une attention amoureuse, simple, et fixée uniquement sur son objet, à peu près comme quelqu'un qui ouvre les yeux pour regarder avec amour ^. y> Pendant que l'œil intérieur demeure fixé uniquement sur Dieu, la volonté se porte vers lui par un mouvement d'amour ou par des actes : tantôt l'âme demeure silencieuse dans ce regard admiratif et cette disposition d'amour, tantôt elle se répand en un saint coiioijued'amour, de confiance, d'abandon, d'humilité, etc. Mais toujours la fin de cette oraison de contemplation est l'union de plus en plus intime de l'âme avec Dieu.

Il y a deux contemplations, l'acquise et l'infuse *, ou, si l'on préfère, l'active et la passive. Les au-

\. Vie. XXII.

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