CHAPITRE IX
teurs sont loin de s'accorder sur le sens qu'ils donnent aux mêmes expressions; certains auteurs demandent, en effet, tant de conditions pour la contemplation active qu'elle n'est guère acquise que de nom et diffère à peine de l'infuse.
Selon nous, la contemplation acquise est celle où l'on peut s'élever par sa propre industrie avec les grâces ordinaires d'oraison. — Tantôt elle est trunsitoire ; vivement saisi par la force des raisonnements, l'esprit fait silence et se repose dans la vérité possédée ; la volonté se tait pour aimer, comme une mère enveloppe son enfant d'un long regard silencieux et tout chargé d'amour, à moins que l'on ne se répande en effusions de tendresse. — Tantôt, cette contemplation passe en habitude ; les convictions sont faites, nul besoin de les demander au raisonnement ; lame éclairée et purifiée n'a qu'à regarder pour aimer; ses oraisons ne sont plus guère qu'un regard d'amour ou plutôt une série de regards muets, mais expressifs, à moins qu'elles ne soient un continuel entretien cœur à cœur.
Nous traiterons plus tard de la contemplation mystique: il nous suffira pour le moment de dire qu'elle est aussi une oraison de simple regard amoureux ; mais l'âme y est manifestement passive plus
pendant de la rejeter soutenant qu'en fait tout»^ oraison de simple regard est une oraison mystique, initiale et i-achée d'a!>ord, en attendant cju'elle se renforce e^ devieniK» t-iairement aperçue. Dans le système auquel nous avons cru devoir adhérer, la contemplation n'est appelée mystique que lorsque l'action divine est manifeste. — Ce dissentiment est purement spéculatif, et ne modifle en rien les conseils pratiques.
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ou moins, elle constate avec évidence quelalnmière et l'amour ne viennent pas de sa propre activité, elle les reçoit de Dieu qui opère en elle et lui fait sentir généralement sa présence d'une manière ineffable.
Art. 3. — Uoraison de simplicité est une contemplation non mystique.
Tant que l'oraison est seulement en train de se simplifier et n'est qu'imparfaitement débarrassée des raisonnements et de la multiplicité des actes, elle ne mérite pas le nom de contemplation. 11 en est autrement, lorsque, laissant là le discours, elle va droit à Dieu par un simple regard, qu'elle est parvenue à n'être plus qu'une pensée amoureuse, à se contenter de regarder et d'aimer.
Dieu commence-t-il à répandre secrètement dans l'âme sa lumière et son amour V On a peine à comprendre que Ton puisse persévérer sans cela dans une forme d'oraison si peu propre à captiver l'esprit. Mais cet éléuient mystique, s'il existe, demeure tellement caché qu'on n'en a pas conscience. De même, la difficulté à méditer, à produire des actes multiples et développés, sera fortement accentuée dans la nuit du sens; ici, elle est légère, on eu triomphe facilement. Tout se passe donc comme si l'âine entrait dans l'oraison de simplicité par son libre choix, comme si elle laissait le raisonnement et simplifiait ses affections quand il lui plaît et parce qu'elle le veut. Nous voilà donc bien loin encore de cette con-
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tpmplation passive, où l'âme constate avec évidence que Dieu opère et qu'elle reçoit. Quant à sentir la présence de Dieu comme dans une intime et ineffable possession, on comprend à peine ce que cela veut dire, parce qu'on ne l'a pas goûté.
L'oraison de simplicité, telle que nous l'avons décrite, nous semble donc être l'oraison active parvenue à sa dernière évolution, plutôt que l'oraison passive en train de naître. Nous le reconnaissons volontiers : pendant que l'âme en est encore à ce déféré de la prière, des phénomènes mystiques isolés pourront déjà se produire ; et, quand on côtoie les limites des oraisons actives et de la contemplation mystique, il est bien difficile, en pratique, de dire si l'âme est encore dans les voies communes, ou si elle a fait quelques pas dans un pays nouveau. Mais, en tlieone, l'oraison de simplicité nous semble être la frontière, par où les oraisons actives confinent à la contemplation passive.
Art. 4. — Avantagea de cette oraison.
l^Du côté de V intelligence. — L'esprit est plus éclairé que dans la méditation, et cela sans aucune peine. Je laisse le fatigant labeur des raisonnements, et cesse de battre le briquet, parce que je possède la lumière et le feu ; je me contente d'ouvrir les yeux et dembrasser mon sujet d'un coup d'oeil, cela suffit pjur raviver ma conviction et mettre le cœur en mouvement. La méditation ressemble à l'écolier
qui a besoin de beaucoup de temps et de fatigue pour étudier en détail, comprendre et retenir une thèse de théologie ; l'oraison de simplicité fait corrime le maître qui d'un regard rapide parcourt la leçon et la possède ; la première a besoin d'apprendre, la seconde n'a qu'à se souvenir ; l'une est en chemin, l'autre au but ; celle-là convient aux commençants, celle-ci aux âmes avancées.
C'est pourquoi le P. Balthasar Alvarez disait « que les commençants tenteraient Dieu, s'ils prétendaient faire oraison par les seules affections, laissant là tout raisonnement, à moins d'une mqtion spéciale du Saint Esprit, parce que ce mode est la perfection de cet exercice» ^. La règle, reconnue [Mil les auteurs spirituels, est celle-ci : la méditation aux commençants, l'oraison affective aux progressants, la contemplation active ou passive aux âmes plus avancées. S'il plaît à Dieu de brûler les étapes, on doit s'abandonner à l'action divine, après avoir fait contrôler ses attraits par le directeur ; aux lumières que la méditation eût fournies, on suppléera par de bonnes lectures.
2" Du côté du cœur. — L'oraison de simplicité est supérieure à la méditation sous le rapport des affections : elle y entre d'emblée, sans avoir besoin de s'y acheminer par des raisonnements : tout y est prière, car elle ne cesse d'adorer Dieu, de le remercier, de demander pardon, de solliciter des grâces ;