‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 158 sur 321 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

effusions de l'oraison n'aient été sincères et fructueuses, si elles vous laissent zélés pour tous vos devoirs.

Art. 5. — Quand convient-il de passer à cette oraison ?

La volonté de Dieu doit être notre règle en cela comme en tout le reste. Il y a trois écueils à éviter '*.

1<» Vouloir de parti pris demeurer toujours dans lesoraisons précédentes, sous un prétexte d'humilité, ou par crainte des chemins moins battus. Dieu est ie niaitre et moi le serviteur, c'est à lui qu'il appaitient de fixer mon poste et d'ordonner mon travail. Le succès dépendant de lui, j'ai chance de réussir où il me veut, je suis assuré d'échouer là où il ne me veut pas. Bien fausse l'humilité qui se défie des desseins de Dieu et leur préfère nos pensées et notre volonté ! Quand Dieu parle, il n'y a plus rien à craindre, excepté de lui désobéir. Si les chemins où il nous introduit sont moins battus, sa main qui nous attire nous y guidera. D'ailleurs cette oraison de simplicité n'a rien de mystérieux ni de redoutable. 2° Le second écueil est de quitter trop tard les oraisons précédentes. Différer après que la volonté de Dieu m'est suffisamment connue, c'est rester où il ne me veut pas ; je désobéis et ne puis réussir. J'imite un écolier auquel ses maîtres n'ont plus rien

1. Courbon. Intfr. faniil. tur l'or, ment., î" part., 1* inst.

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à apprendre et qui s'obstine à n'en pas changer. Je perds forcément de mon temps et de ma peine ^ .

3' Le troisième écueil est de quitter trop tôt les oraisons précédentes. Tant que mes convictions ne sont pas encore profondes ni mon détachement assez marqué, j'ai besoin que raction patiente et persévérante des considérations fasse jaillir la lumière dans mon esprit, dégage mon cœur des choses créées, l'excite à l'amour divin et aux généreuses résolutions. Mal préparé à l'oraison de simplicité, je n'y saurais réussir, comme l'écolier qui monte dans une classe trop élevée pour lui.

Je ne dois donc pas quitter les considérations par caprice, par amour du changement, pour éviter la fatigue et l'ennui d'un travail toujours le même, ou pour m'élever par une sotte ambition à une oraison qui est au-dessus de ma portée. Je ne dois consulter en cela que la volonté de Dieu. Quelles en seront les marques ?

Le seul attrait ne serait pas une garantie suffisante, il faut voir s'il vient de Dieu. Deux signes montreront qu'on peut ou qu'on doit le suivre : le succès et le profit ; le succès dans l'oraison, le profit dans l'ensemble delà conduite. Il faut que l'oraison de simplicité me soit facile, et qu'elle m'aide à pratiquer les vertus, au moins autant que les oraisons précédentes. Pour le constater, il n'y a qu'un moyen,

1. S. Jean de la Croix, Montée, 1. II, c. xn et xin. — I* Nuit c. X.

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