CHAPITRE I
valeur ; or Dieu veut que ses dons soient appréciés ; les doiniera-t-il jamais à qui les méprise? On n'y entre guère que par le désert des purifications passives; au milieu de ces désolantes épreuves, l'âme qui .le sera pas instruite et soutenue par un bon directeur, pourra se méprendre sur l'action de Dieu, se croire perdue, et reculer découragée. Ceux qui ont mission de la conduire, s'ils ne sont pas initiés à ces voies par l'étude ou l'expérience, s'exagérant les dangers et les illusions qu on y peut rencontrer, prenant les grâces d oraison pour des opérations miraculeuses, seront tentés d'en fermer l'entrée par une fausse prudence et une apparence d'humilité qui contrarient les desseins de Dieu.
Toutes les âmes sont à lui ; il a le droit de les conduire par telle voie qu'il voudra ; personne ne serait assez téméraire pour oser redresser la sagesse divine et l'empêcher de mener ses amis comme elle entend. Le Saint-Esprit est le souverain directeur; que pourrait-on craindre en suivant un guide infiniment sage? Le rôle de ses ministres est de reconnaître l'action divine et de la seconder ; dès lors qu'elle est constatée, nous n'avons jamais le droit de la contrecarrer et de la tenir en suspicion.
La contemplation mystique offre des périls qu'il ne faut pas exagérer ; l'oraison commune a les siens qu'il convient de ne pas oublier. La crainte des dangers n'empêche pas qu'on ne s'adonne à la méditation à cause de ses avantages ; elle n'est donc pas une raison suffisante de mettre la contemplation à l'index, d'en fermer les voies par système à qui
230 DE l'oraisopI
Dieu les ouvre, de retenir malgré lui les âmes emprisonnées dans les oraisons communes où il ne les veut plus. Quel profit pourraient-elles y fairp contre sa volonté? Le plus grand danger pour le directeur, n'est-il point d'entrer en conflit avec le Saint-Esprit ; et pou*: le dirigé, d'être hors de la volonté divine, hors des grâces de choix ; de ne plus trouver les avantages de la méditation et de perdre les trésors delà contemplation? Les oraisons mystiques sont une mine d'or, exploitons-la; elles ofîrent des périls, veillons à notre sécurité ; suivons docilement l'attrait divin, tout en évitant les pièges de l'ennemi. Après tout, l'expérience nous aura vite appris que, si les âmes contemplatives ont à redouter la fumée de l'orgueil et la séduction des jouissances, le découragement est bien plus à craindre; elles ont besoin d'être éprouvées, humiliées et surtout réconfortées ; elles participeront plus souvent au crucifiement du Calvaire qu'à la gloire et aux joies du Thabor.
Voilà pourquoi nous avons cru bon de mettre en lumière les voies de la contemplation mystique. Ceux qui les ignorent et disposent de peu de temps en goûteront peut-être un précis court et substantiel. Ceux qui ont pâli sur ces matières ardues se sont heurtés à tant de divergences et de confusion ! Dieu veuille que notre modeste résumé donne dea notions justes et précises, éclaire les points demeurés obscurs, et dissipe les préventions 1 a C'est un grand bonheur pour une âme, dit sainte Thérèse, de voir la peinture de ce qu'elle éprouve, elle reconnaît clairement la voie où Dieu la met. Je dis plus :