CHAPITRE I
y quitté pour Dieu, si l'on savait mieux les apprécier et s'y disposer. Mettons tous nos soins et notre courage à nettoyer parfaitement notre tnaison intérieure, à l'orner des vertus, spécialement de la foi vive et d'un ardent amour, à désirer « le royaume de Dieu qui est au dedans de nous b, à le chercher uniquement dans le silence, la solitude et la paix de l'âme, dans l'oraison et l'union habituelle à Dieu ; et quoique le divin Maître ne doive à personne ces grâces de choix, il ne se laissera pas vaincre en générosité.
Les âmes qui marchent dans ces voies, celles que Dieu semble y appeler, et les directeurs qui ont la redoutable mission de les conduire par ces sentiers aux hauteurs d'une perfection non commune, n'oublieront pas que les grâces mystiques obligent à vivre plus totalement pour Dieu, et présagent un compte à rendre plus rigoureux ; elles sont une voie, et non le terme, un merveilleux outil, non la sainteté elle même ; une oraison élevée ne sympathii-e pas avec des vertus vulgaires ; quelle que soit la voie, il faut toujours arriver à mourir à soi pour se remplir de Dieu. Les commençants, tous ceux qui sont imparfaitement purifiés et peu riches de vertus, ceux surtout qui reculent au lieu d'avancer, ne sont pas préparés aux faveurs célestes ; s'ils lisent ces pages, ils pourront du moins admirer les richesses de la bonté divine, ils se garderont « de blasphémer ce qu'ils ignorent », et ne trouveront pas mauvais que Dieu conduise d'autres âmes par des voies diflérentes des leurs. Les âmes pures et généreuses, qui
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seraient tout à Dieu sans jouir pourtant de la contemplation, ne troubleront pas Marie assise aux pieds de Notre-Seigneur, et « s'estimerontheureuses de le servir avec Marthe ». Marie est plus célébrée par le Sauveur lui-même, Marthe cependant fut sainte et son mérite est grand. Qu'elles écoutent pourtant cette exhortation de sainte Thérèse t « Faites tout ce qui dépend de vous ; préparez-vous par un entier détachement, par une parfaite humilité, par la pratique des autres vertus à mériter ce don précieux de la contemplation ; et le divin Maître, j'en ai la confiance, vous l'accordera » i.
Nous traiterons avec plus de développements l'entrée et les premiers pas dans ces voies ; et n'indiquerons que sommairement les degrés plus élevés qui ne se rencontrent guère. Nous espérons n'avancer rien qui puisse échauffer les imaginations et faire sortir les âmes de l'humililé. Nous décrirons les joies et les avantages des oraisons mystiques ; mais nous mettrons en relief le pénible labeur de la préparation active, le rude creuset des purifications passives, les souffrances qui résultent de la contemplation elle-même ; on verra sans peine que ces oraisons conviennent aux âmes généreuses prêtes à tout souffrir pour s'unir à Dieu, et non pas à celles qui seraient avides de jouir et de s'élever.
i. Ste Thérèse, Chemin, xvin.