CHAPITRE II Ï
rer ces choses, mais plutôt les rejeter. Quand elles viennent de Dieu, elles opèrent leur effet passivement, sans même que l'âme ait besoin d'y const'ntir. Après qu'elles sont passées, il est inutile et même nuisible d'en embarrasser son esprit, de compter sur elles, d'en « faire un trésor et une réserve de souvenirs ^ ». Cependant « ce soin de se dépouiller de la connaissance et du souvenir de toutes choses ne va jamais jusqu'à Jésus-Christ et à sa divine Humanité ^ ... ni à ce qui appartient purement à Dieu et peut conduireàsa connaissance simple, universelle et confuse » ^. De même, si le souvenir des faveurs divines réveille en nous son sa.mi amour, nous y pourrons penser à cet effet, nous attachant au seul amour et non à l'écorce et aux douceurs *. « On ne doit jamais, non plus, omettre la pensée de ses devoirs et le souvenir des connaissances nécessaires; il suffit pour que ces choses ne produisent aucun dommage, qu'on n'ait point d'afïection à leur endroit ^ » Sauf ces exceptions, vidons l'esprit et la mémoire des connaissances, souvenirs, impressions et images distinctes ^ , pour les arrêter sûr Dieu seul et la sainte humanité de Notre-Seigneur. La grande voie pour aller à l'union divine, c'est la
i. MonléeAiv. II, xi, xxm, xxiv, elc.-S. Lïg., Praxis, ii3. y. IbiU., liv. III, c. I et XIV.
S. ma., liv. III, c. u.
i. Ibid., liv. III, c. xu, xm cl xiv. 5. Ibid., liv. III, c. xu, xm et xiv.
0. Ibid., liv. Il, c. IV, etc.. passim - et Vive flam., 3» str. 3* ver.s, pa:î.s;m.
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foi qui n'a pas besoin de voir et de comprendre pour croire ; c'est l'espérance, qui oublie la terre pour ne se souvenir que de Dieu ; c'est la charité, qui laisse le créé pour concentrer sur Dieu seul toute sa puissance d'aimer ^.
Cette doctrine nous semble s'harmoniser pleinement avec le fameux texte de Denys-le-Mystique 2 , que saint Bernard ^ et tout le moyen âge ont si fidèlement suivi.
3' Il faut développer la pureté du cœur. C'est aux cœurs purs que la vue de Dieu est promise* , et «celui qui aime la pureté du cœur aura le Roi pour ami » ^ Si l'on veut réussir dans une oraison qui procède principalement de l'amour, le cœur doit être un sanctuaire vide de toute idole et rempli de Dieu. Rien n'est aimant comme les saints : ils ont des trésors d'affection délicate et de généreux dévouement pour tout ce qui les entoure. Leur cœur n'est pas un égoïste en quête de jouissances î>i un esclave tyrannisé par ses caprices ; parfaitement libre et dégagé, il se sert de tout pour s'élever à Dieu, c'est Dieu qu'il demande à toutes choses et à chacun, c'est en Dieu seul qu'il s'arrête ; dès lors, rien ne le trouble, sa paix est perpétuelle. Voilà le secret de l'union divine. Comment prétendre aux faveurs et à Tintimité de l'Époux, si notre cœur le délaisse pour ai-